Après le choc de l’entrée en vigueur de la loi de financement de la sécurité sociale de mars dernier, supprimant l’exonération de cotisations patronales dont bénéficiaient les armateurs français depuis 2016 pour favoriser leur compétitivité, la compagnie havraise Towt (TransOceanic Wind Transport), spécialiste du transport par cargo-voiliers, qui avait dans un premier temps envisagé de quitter le pavillon français, espère une évolution législative et poursuit le développement de sa flotte.
"Le retrait de cette exonération entraine une augmentation de 20 % des charges sociales qui nous coûte 20 000 euros de plus par mois, ce qui a abîmé notre trésorerie. On ne sait pas ce qui va se passer, nous attendons la fin de l’année pour prendre une décision sur un éventuel changement de pavillon. Cette loi tire sur nos propres marins. L’espoir, c’est que la proposition de loi visant à accélérer le développement du transport maritime à propulsion vélique, initiée et portée par la députée havraise Agnès Firmin Le Bodo (députée du groupe Horizons et indépendants, NDLR) soit déposée d’ici la fin d’année", estime Guillaume Le Grand, président-fondateur de Towt.
Le développement de la compagnie maritime est également perturbé par un contexte géopolitique international instable qui lui fait perdre des parts de marché. "La réalité de l’exercice 2024-2025 c’est une annus horribilis. Il y a évidemment Trump le climatosceptique et la guerre commerciale, ce qui rend le contexte très négatif pour notre activité avec des clients qui ne vont plus aux USA. Nous perdons un tiers de nos volumes avec ce pays, c’est un marché ou il y a une vraie chute des flux", assure Guillaume Le Grand.
Un leader mondial
Active depuis 2012, la compagnie havraise dispose de deux navires de classe Phénix. Des voiliers capables de convoyer chacun l’équivalent de 180 EVP (unité de mesure du transport maritime de conteneurs) en réduisant de 95 % les émissions de CO2 par rapport à un navire moyen sur les lignes transatlantiques.
Le pionner du transport de marchandises par cargo-voilier emploie une cinquantaine de salariés dont 35 marins (l’armateur vise 60 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2028). Il compte déjà à son actif 25 transatlantiques "pour un total de 20 000 tonnes transportées et autant de CO2 économisé", se félicite Guillaume Le Grand, président de Towt. Et malgré les difficultés créées par la loi de mars dernier, le dirigeant poursuit le développement de sa flotte avec un troisième voilier attendu dès 2026, livré par le chantier naval breton Piriou. La flotte de Towt devrait ensuite compter 8 voiliers dès la mi-2027.
Une diversification de l’offre et des routes de l’export
Vins et spiritueux, mode, produits manufacturés, blé, cosmétiques… Malgré les difficultés rencontrées par ces produits, la direction de Towt continue de croire à sa bonne étoile. "On garde le moral car il y a un véritable engouement pour notre activité", souffle Guillaume Le Grand, qui diversifie les types de marchandises transportées sur ses voiliers d’une longueur de 82 mètres au total ("hors tout") et qui ne nécessite que 7 marins pour les manœuvrer.
Transport de passagers
Outre des marchandises, l’entreprise achemine également des passagers. Des cabines pour passagers sont ainsi accessibles au grand public depuis décembre 2024 avec des destinations comme New York. Depuis le mois de juin, les cabines sont ouvertes à la réservation pour des traversées vers des ports internationaux au Guatemala, en Colombie, ou encore à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe.
La compagnie maritime diversifie également son offre de routes maritimes en misant sur les routes du café via la Colombie et le Brésil et annonce l’ouverture prochaine des routes vers la Guadeloupe et la Guyane. "Les futurs navires de notre flotte croiseront en Atlantique et en Méditerranée (en 2026, NDLR) et bientôt également dans le Pacifique", annonce Guillaume Le Grand.
Une propulsion essentiellement vélique
"La propulsion des navires est à 95 % vélique (distances effectuées à la voile, NDLR), et nous allons plus vite que les cargos transatlantiques classiques vers New York avec une vitesse qui peut atteindre 13 nœuds pour 10 jours de traversée. De plus, nous évitons les congestions portuaires, car comme nous ne transportons pas de conteneurs mais des palettes (capacité de 900 palettes par voilier soit 1 300 tonnes, NDLR), nous disposons de nos propres moyens de déchargements avec des entrepôts dédiés qui nous font gagner du temps", explique Guillaume Le Grand.
"Une décarbonation drastique" grâce au cargo à voiles
Plus rapides que les porte-conteneurs, les voiliers de Towt sont aussi beaucoup plus décarbonés avec un ratio de 2g de CO2 par tonne de marchandise transportée et par kilomètre parcouru, quand celui d’un porte-conteneurs atteint les 100g par tonne et par kilomètre et un avion 1 000g par tonne et par kilomètre. "Notre proposition permet une décarbonation drastique du transport de marchandises qui fonctionne bien sur les grandes routes maritimes", souligne le président de Towt.