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Pour ne plus laver les bateaux à l’eau potable, Monawa désalinise l’eau de mer
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Pour ne plus laver les bateaux à l’eau potable, Monawa désalinise l’eau de mer

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L’entreprise azuréenne Monawa a mis au point des "écostations" permettant de laver les bateaux non plus avec de l’eau potable mais avec de l’eau de mer désalinisée. Après avoir équipé Fréjus au printemps dernier, c’est dans le port de la Napoule près de Cannes, que plaisanciers et professionnels du nautisme et des chantiers navals peuvent désormais en bénéficier.

Wilfried Point est le fondateur et le dirigeant de Monawa (groupe Azure Trend) — Photo : Olivia Oreggia

Pour laver leurs bateaux, plaisanciers et professionnels du nautisme utilisent de l’eau potable. 200 litres en moyenne. Mais est-ce encore acceptable quand les épisodes de sécheresse se multiplient et vont aller en s’accentuant ? Pour Wilfried Point, fondateur et dirigeant de Monawa, la réponse est clairement non.

"Il y a un chiffre : le un. Il y a 1 % d’eau potable dans le monde, explique-t-il. Et sur les 150 litres d’eau potable qu’un Français consomme chaque jour, seul 1 % est utilisé pour boire. Pour tout le reste, nous n’avons pas besoin d’eau potable et pourtant…"

Réinventer la désalinisation

À la tête du groupe Azure Trend (entre 30 et 40 collaborateurs selon la saison, 2,5 M€ de CA), basé à Mouans-Sartoux dans les Alpes-Maritimes, il élabore depuis des années des solutions au service du nautisme, s’attaquant peu à peu à la pollution, notamment celle causée par les liquides rejetés en mer. Avec sa filiale Ecotank, il a notamment mis au point une barge pour récupérer ces polluants. Puis "il y a trois ans, des ports, qui connaissent mon côté inventeur, m’ont demandé de chercher une solution pour faire face aux restrictions d’usage de l’eau", raconte-t-il. Ainsi est né Monawa (5 collaborateurs), nouvelle filiale du groupe dédiée au développement "d’écostations" permettant d’utiliser de l’eau de mer pour nettoyer les bateaux.

Deux "éco stations" de Monawa équipent désormais le port de la Rague à Mandelieu (Alpes-Maritimes) pour que plaisanciers et professionnels du nautisme lavent leur bateau de façon plus responsable — Photo : Monawa

"Nous n’avons pas inventé la désalinisation, mais nous avons réinventé la manière de l’utiliser au niveau portuaire, avec notamment des filtrations particulières. Désaliniser de l’eau pour un bateau, ce n’est pas la même chose que de le faire pour un port. Il faut qu’il y ait le moins de maintenance possible", détaille-t-il.

Faire évoluer les comportements

Deux de ces écostations fixes ont été installées au port de la Rague, à Mandelieu, après avoir été lancées dans le Var à Fréjus, avant l’été où 500 plaisanciers en ont bénéficié depuis, avec un accompagnement des équipes portuaires. Car au-delà de la solution apportée, aussi simple et accessible soit-elle comme ici, il faut encore qu’elle soit adoptée.

"On propose d’abord de mouiller les bateaux à l’eau de mer, ce qui constitue déjà un petit blocage, rapporte Thomas Boisson, responsable technique et conception chez Monawa. Peu à peu, ils y viennent, surtout quand ils voient que désormais, il n’y a plus de traces de calcaire puisqu’elle est déminéralisée. C’est important de faire évoluer les comportements car il ne s’agit pas simplement de désaliniser mais de réduire les consommations d’eau."

L'intérieur d'une "éco station" de Monawa sur le porte de la Rague — Photo : Olivia Oreggia

De 200 litres d’eau potable à 40 litres désalinisés

Si la solution de Monawa est économiquement intéressante, permettant aux ports d’assurer une continuité de service en cas de restriction préfectorale, ses équipes visent surtout un bénéfice environnemental. "Avant on utilisait 200 litres d’eau potable pour laver un bateau, maintenant, on peut utiliser 160 litres d’eau de mer pour le laver et 40 litres d’eau désalinisée pour le rincer. Et non pas 200 litres d’eau désalinisée, insiste Wilfried Point. Car la désalinisation consomme de l’énergie et induit un impact, même s’il est ultra-réduit et que nous n’utilisons aucun produit chimique dans l’ensemble du processus."

Pour laver leurs bateaux, plaisanciers et professionnels du nautisme utilisent de l’eau potable, 200 litres en moyenne — Photo : Olivia Oreggia

Monawa est ainsi à des années-lumière des gigantesques usines de désalinisation, ultra-énergivores, en Arabie saoudite ou à Dubaï (il y en a 22 000 dans le monde) qui brassent des millions de mètres cubes d’eau chaque jour et déversent dans l’océan autant de saumures et de produits chimiques.

Du sel de mer sur des courts de tennis

Wilfried Point travaille en outre sur un projet de "chaussette géotextile" qui permettra de capturer davantage de sel encore pour le revaloriser. "Nous avons des projets en cours, brevetés, pour transformer ce sel récupéré en futures ressources pour d’autres filières : l’entretien de voirie, des adoucisseurs d’eau, des courts de tennis en terre battue…, énumère Olivier Laporte, responsable d’exploitation et développement de l’entreprise. Il y a de nombreuses applications possibles, et le tout localement. Nous sommes au début d’une belle histoire."

En attendant, de nombreux ports, en Méditerranée comme en Bretagne, en France comme à l’étranger se montrent intéressés par ces stations de désalinisation. Des campings de bord de mer aussi.

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