Après deux années d’études, Colmar Agglomération s’apprête à distribuer, via la Colmarienne des Eaux, une eau potable dénuée de chlore au courant du mois de mars. Symboliquement, Eric Straumman, président de la collectivité et maire de la préfecture du Haut-Rhin, a procédé, mercredi 26 février, à l’arrêt de la chloration du réseau depuis le puits du Neuland, situé à Colmar, qui alimente en partie les communes de Colmar, Horbourg-Wihr, Houssen, Ingersheim, Turckheim, Wintzenheim, Wettolsheim et Niedermorschwihr représentant un bassin d’environ 90 000 usagers. "On avait l’impression de boire de l’eau de piscine", a confié l’élu qui souhaite "améliorer sa qualité gustative" afin d’encourager sa consommation au robinet.
Une baisse de consommation d’eau potable de plus de 8 %
Pour rappel, la chloration préventive de l’eau potable découle des attentats du 11 septembre 2001 et la mise en place du plan Vigipirate dans l’optique d’annihiler tout risque d’attaque bactériologique. Ce principe était en vigueur afin de détruire les bactéries, les germes vivants et les matières organiques avant la distribution de l’eau dans les habitations. Depuis ce traitement, la collectivité avait enregistré une baisse de 8,1 % de la consommation de l’eau du robinet. Exploité par la Colmarienne des Eaux, société publique locale (SPL) depuis 2022 qui emploie 80 collaborateurs pour un chiffre d’affaires de 11,50 millions d’euros en 2023, le réseau de distribution d’eau potable a anticipé la mise en place du plan de gestion de la sécurité sanitaire des eaux potables (PGSSE) qui sera obligatoire en 2027 pour tous les distributeurs d’eau dans l’Hexagone. À Colmar, ce dispositif a occasionné l’embauche de trois personnes pour renforcer la surveillance du réseau et des analyses bactériologiques, avant sa validation de la part de l’Agence Régionale de Santé (ARS), ainsi qu’un surcoût de l’ordre de 2 centimes par mètre cube pour les usagers. "C’était un non-sens que la population boive de l’eau en bouteille", poursuit M. Straumann qui, outre son impact environnemental, répond aux demandes de certains viticulteurs estimant que la présence de chlore altère la qualité de leurs millésimes.
Après le chlore, le calcaire ?
Colmar Agglomération entend prolonger cette démarche qualitative en réduisant la teneur en calcaire de son eau qui présente une dureté moyenne de 34°. "C’est un autre enjeu d’une autre envergure. Le coût au mètre cube aurait un impact plus significatif au niveau de la facture des usagers", souligne Éric Straumann qui compte s’inspirer de l’usine de production d’eau potable de Montigny-lès-Metz (Moselle) exploitée par Veolia. Cette orientation, qui doit encore être soumise au vote des élus communautaires, nécessiterait alors un investissement de plusieurs millions d’euros pour la construction d’une zone de traitement. Mais cet équipement renforcerait la durabilité des équipements électroménagers (lave-linge, lave-vaisselle…), qui n’auraient plus besoin de produits chimiques pour leur entretien tout en préservant la robinetterie ainsi que les canalisations de l’agglomération colmarienne.