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Le charcutier Maurer Tempé mise sur son modèle coopératif pour sortir de la crise
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Le charcutier Maurer Tempé mise sur son modèle coopératif pour sortir de la crise

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Depuis sa reprise en Scop en 2019 par ses salariés et malgré une augmentation sensible de son chiffre d’affaires, le charcutier Maurer Tempé Alsace vient de traverser deux exercices négatifs liés à la flambée du cours du porc. "Le modèle de société coopérative nous a sauvés", estime toutefois Mathieu Rouillard, le PDG de l’entreprise, qui montre aujourd’hui des signes de reprise et compte renouer avec la rentabilité.

Ancien directeur commercial, Mathieu Rouillard a été élu PDG de la Scop — Photo : Maurer Tempé.

Après deux exercices dans le rouge, dont le dernier bouclé sur une perte de 1,3 million d’euros, le charcutier industriel Maurer Tempé, installé à Kingersheim, dans le Haut-Rhin anticipe le retour à la rentabilité dès l’exercice 2024. L’entreprise spécialisée dans la charcuterie, les produits de traiteur et les salaisons, devrait atteindre à la fin de l’année près de 26 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit un nouvel exercice en croissance, après avoir bouclé 2023 à 25 millions d’euros. L’objectif fixé en 2019, lors de la reprise en Scop (société coopérative de production), est en passe d’être tenu : la feuille de route fixée par le conseil d’administration, où siègent 12 salariés associés, prévoyait alors d’atteindre un chiffre d’affaires de 28 millions d’euros à horizon 2026, quand l’entreprise tournait autour des 21 millions d’euros avant la reprise. Autre objectif : se développer sur tous les fronts, en restauration, sur la partie traiteur et en GMS.

Le gros des ventes hors Alsace

"Nous avons consolidé nos positions en Alsace, où nous réalisions 55 % de notre activité en 2018, tout en progressant plus rapidement hors de la région. Aujourd’hui, les chiffres sont inversés, nous vendons davantage hors Alsace où nous sommes en croissance", détaille Mathieu Rouillard, l’ancien directeur commercial devenu PDG de la Scop pour un mandat de six ans révocable.

L’entreprise, qui compte aujourd’hui 125 collaborateurs, exploite un site industriel de 8 000 m2 et s’appuie sur son modèle coopératif pour piloter l’activité. Grâce à deux millions d’euros investis dans la modernisation de ses lignes de fabrication et le conditionnement, entre 2019 et 2020, la Scop a retrouvé un outil de production compétitif. Ses volumes de ventes ont progressé de 3 600 tonnes en 2018 à près de 4 000 tonnes prévisionnelles au titre de 2024, signale Mathieu Rouillard. Mais l’environnement de marché reste compliqué.

93 salariés sur 140 se sont lancés dans la reprise de Maurer Tempé en Scop il y a cinq ans. La PME emploie aujourd'hui 125 personnes — Photo : Maurer Tempé

La résilience du modèle coopératif

Si la charcuterie a réussi à trouver le chemin de la rentabilité dès la deuxième année suivant la reprise, la flambée des matières premières et la hausse des cours du porc en particulier, passé de 1,20 euro le kilo à 2,38 euros en 2021, auraient pu casser définitivement la dynamique. "Depuis le mois d’août ça va beaucoup mieux, on attend d’avoir suffisamment de temps pour reconsolider un niveau de trésorerie acceptable… Mais si nous n’étions pas en Scop, nous ne serions même plus là pour en parler", assure le dirigeant. Son secret : un management transparent, et beaucoup de communication. Tous les mois durant la crise, la "gazette" interne relaye les bonnes et les mauvaises nouvelles à l’ensemble des associés salariés : le résultat net, le niveau de trésorerie, les marges d’amélioration.

Des salariés plus polyvalents

"Il y a eu une véritable implication en interne des salariés associés. On a diminué le nombre d’intérimaires en accroissant la polyvalence sur le site de production. Les gens ont été volontaires pour aller travailler dans d’autres ateliers. Par exemple, les collaborateurs de l’atelier traiteur donnent un coup de main au conditionnement parce que l’intérêt commun, c’est de pérenniser la Scop", détaille le PDG. Pour faire mieux avec moins, les stocks ont également été optimisés. Quant aux décisions stratégiques, elles sont tranchées en assemblée générale.

Renouer avec les bénéfices

Ces dernières semaines, la gazette interne a repris des couleurs. Maurer Tempé Alsace espère renouer avec la rentabilité sur l’exercice en cours. "Après avoir souffert sur la période basse, on est en train de renouer avec les bénéfices sur nos mois forts, soit le deuxième semestre de l’année avec la saison de la choucroute. Nous venons de battre en octobre notre record avec un chiffre d’affaires de 3,4 millions d’euros sur un mois pour la première fois", se félicite Mathieu Rouillard.

Un modèle qui attire les bons profils

Parmi les 125 collaborateurs de Maurer Tempé, une centaine est aujourd’hui associée au capital. Les nouveaux entrants ont un an pour postuler. Et la Scop se targue d’attirer de nouveaux profils. "Nous avons recruté un responsable technique de chez Stellantis, un responsable conditionnement venu de chez Nestlé, un collaborateur de la R & D est passé par chez Robuchon… Notre modèle attire parce qu’il donne du sens", estime le PDG de Maurer Tempé, qui voit un cran plus loin : "Nous sommes dans une logique quasi familiale avec l’idée de céder à d’autres scopistes après nous, le moment venu".

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