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La cinquième génération prend les rênes de la Maison Beucher
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La cinquième génération prend les rênes de la Maison Beucher

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La cinquième génération arrive aux commandes de la Maison Beucher, à l’occasion des 130 ans de cette charcuterie bretillienne. À sa tête désormais : Julien Beucher et sa sœur Élise avec son époux François Thomas, prennent la relève. L’entreprise familiale s’ouvre de nouveaux canaux de vente et l’heure est aux investissements. Du petit charcutier local jusqu’à la PME d’aujourd’hui, chaque époque a connu son lot d’évolutions.

La Maison Beucher est présente au Marché des Lices à Rennes depuis des décennies — Photo : Maison Beucher

La Maison Beucher, qui fête ses 130 ans et l’arrivée de la 5e génération de la famille à sa tête, est une institution en Ille-et-Vilaine. Cette entreprise familiale de charcuterie, boucherie et traiteur, née à Châteaugiron, est même l’une des plus anciennes à tenir toujours son étal au célèbre marché des Lices de Rennes chaque samedi matin. La famille y sert pâté, saucisses et viandes locales depuis plus de cent ans. Mais son aventure n’a pas débuté dans la capitale bretonne. Tout a commencé en 1895 à Châteaugiron, petite bourgade du sud-est de Rennes. Jules-Marie Beucher, qui a fait des études de charcuterie à Paris, décide de s’installer comme artisan à quelques mètres de l’actuel siège de l’entreprise, rue de la Madeleine. Il a fallu plusieurs décennies pour que la petite échoppe devienne une PME de 55 salariés réalisant aujourd’hui 10 millions d’euros de chiffre d’affaires avec trois magasins et quatre marchés.

Charcuterie artisanale

La Maison Beucher a été fondée il y a 130 ans — Photo : Maison Beucher

Après Jules-Marie, c’est son fils, Jules, qui reprend l’affaire dans l’entre-deux-guerres avec sa femme Marie. Très vite, le couple comprend que son espace de vente devient trop petit et décide de déménager dans les locaux qui abritent encore aujourd’hui le siège de l’entreprise, face aux Halles de Châteaugiron. Encore mieux placée, la charcuterie bénéficie de l’émulation de ce lieu d’échanges qui fait venir les éleveurs et les agriculteurs locaux pour y vendre leurs bêtes et leurs produits. "À l’époque, les cochons arrivaient dans les garages et étaient tués dans le jardin", raconte Julien Beucher, qui reprend aujourd’hui l’entreprise familiale avec sa sœur Élise Beucher et son beau-frère François Thomas. Jules et Marie créent également un grand laboratoire de charcuterie pour transformer les produits.

Des recettes transmises de génération en génération

"Mon arrière-grand-père a imaginé à cette époque l’un de nos produits phare, que nous nommons la Terrine du grand-père Jules, poursuit Élise Beucher. C’est une terrine de porc pour laquelle nous utilisons toujours sa recette : à base de gras maigre, de foie et déglacé au madère." La femme de Jules a aussi laissé son empreinte avec sa recette de rillettes au jambon. Elle l’a inventée avec un peu de sel et de poivre lors d’un hiver enneigé qui avait rendu les routes impraticables et donc empêché la livraison de marchandises…

Au marché des Lices à vélo

Marie avait d’ailleurs plus d’une idée dans son sac. "C’est elle qui a commencé à développer l’entreprise en allant faire les marchés, confie Bertrand Beucher, 4e génération et père des actuels repreneurs. Elle partait la veille avec son vélo en direction de Rennes pour être à 5 heures au marché des Lices le samedi !" Un sacré courage pour faire 20 kilomètres par tous les temps… C’est d’ailleurs elle qui, quand Jules doit partir à la guerre, tient à bras-le-corps l’affaire familiale.

Maison Beucher propose des produits de charcuterie, boucherie et traiteur depuis 130 ans — Photo : Maison Beucher

Et puis une boucherie et d’autres boutiques

Dans les années 1950, Maurice, le fils de Jules et Marie, prend à son tour le relais, avec son épouse Odette. Ils diversifient l’activité avec de premiers produits traiteur. La croissance est au rendez-vous et la boutique devient trop petite. Dans les années 1960, ils décident d’aménager les garages en un nouveau magasin de 300 m², actuel emplacement de la Maison Beucher. Voilà qui leur permet d’introduire une gamme boucherie pour compléter l’offre.

La Maison Beucher en 1965, avec la relève déjà sur pied, avec le jeune Bertrand Beucher, 4e génération — Photo : Maison Beucher

L’affaire est florissante et la 4e génération rejoint l’aventure dans les années 1980. Bertrand Beucher et son épouse Isabelle investissent alors dans un laboratoire de production de 1 000 m² à l’entrée de Châteaugiron pour absorber la croissance continue. Dans les années 1990, ils ouvrent même une deuxième boutique non loin, à Vern-sur-Seiche, puis développent une activité de vente demi-gros pour les restaurateurs du bassin Rennais.

Une expansion au-delà de la région

"Nous avions une forte demande des entreprises et mon père a commencé à proposer nos produits, comme les saucisses et préparations de charcuteries, à des distributeurs tels que Metro et Pomona", précise Élise Beucher. La Maison se fait un nom au-delà de la région. Le couple décide enfin, en 2010, d’implanter un troisième point de vente en plein cœur de la vie rennaise, aux halles centrales, haut lieu de la gastronomie de qualité. À ce moment-là, leurs enfants ont pris des chemins différents des leurs. Mais en 2014, Élise, qui était partie dans l’hôtellerie-restauration, décide de changer de voie, sans toutefois avoir un projet bien défini. "Pour me rassurer, j’ai demandé à mon père si je pouvais venir dans l’entreprise de manière temporaire, se souvient-elle. J’y avais travaillé les étés, et j’ai repris du service aux Halles." De temporaire, cette parenthèse devient vite une évidence. "Notre père ne nous a jamais mis la pression pour reprendre", dit-elle. Dans le même temps François Thomas, son mari, diplômé d’une école de commerce, travaillait dans le référencement, mais saturait. "J’ai démissionné et mon beau-père m’a embauché pour nous aider, raconte-t-il. J’ai vu le potentiel de l’entreprise et nous avons eu envie de nous y investir." Il passe alors un CAP de boucher et fait ses preuves. En 2016, Julien Beucher les voyant s’épanouir en famille, décide lui aussi de quitter son poste d’ingénieur en aéronautique pour passer son CAP de charcutier traiteur.

4 générations de Beucher, autour de Maurice Beucher, 3e génération de la famille de charcutiers — Photo : Beucher

Transmission et investissements en cours

"Ils ont travaillé, je les ai intégrés auprès des clients, des fournisseurs et des collaborateurs. Ils ont montré qu’ils étaient capables", ajoute Bertrand Beucher, qui a peu à peu passé la main, tout en restant à leurs côtés. En 2024, la 5e génération entre finalement au capital, prête à continuer l’aventure, à hauteur de 10 % chacun. "Nos grands-parents, à 95 et 98 ans ont toujours la moitié des parts, et notre père 30 %." Ils préparent actuellement un pacte d’associés où ils auront le capital et les parents et grands-parents l’usufruit. "Nous sommes fiers de reprendre la Maison, chaque génération apporte sa patte", sourit Élise Beucher.

Pour elle et son frère, faire grandir l’entreprise passe par l’ouverture de nouveaux points de vente et la diversification avec des produits dédiés à la GMS. Pour cela, ils ont commencé à investir, en doublant la superficie de l’atelier de production en 2024. Ils devraient également lancer un laboratoire traiteur plus moderne, moyennant 1 million d’euros d’investissement.

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