Le SC Club joue la carte de la franchise dans le secteur du striptease
# Commerce # Stratégie

Le SC Club joue la carte de la franchise dans le secteur du striptease

A Nantes, le SC Club est l’un des tout premiers clubs de striptease français. Son dirigeant, Laurent Roué, s’est associé à Jimmy Guinet, un investisseur nantais, pour lancer une franchise. Ils ambitionnent d’ouvrir une vingtaine d’enseignes dans les 10 ans à venir, notamment à Angers, Rennes et Bordeaux. Un projet audacieux dans un univers peu connu et souffrant d’amalgames.

Laurent Roué, fondateur du SC Club, et Jimmy Guinet, investisseur, se sont associés pour franchiser cet établissement de divertissement nocturne — Photo : David Pouilloux

Il faut sonner. Attendre que la porte s’ouvre. Franchir le seuil. L’immense barbe grisonnante de Laurent Roué vous accueille. Deux grands yeux verts. C’est le fondateur et dirigeant du SC Club, rue Fouré à Nantes, le premier club de striptease de France à s’ouvrir à la franchise. "Nous voulons ouvrir une vingtaine d’enseignes d’ici à dix ans", ambitionne cet homme qui œuvre dans l’univers du charme et de l’érotisme depuis 30 ans.

Alors on entre et découvre le lieu dont tout le monde parle entre collègues. Lumière tamisée, bar brillant comme du marbre, fauteuils moelleux en velours, seau à champagne, rideaux à paillettes, barres de pole dance, caméras discrètes au plafond. Ici, tout est organisé, normé, surveillé et filmé. "Il n’est pas question que des clients se comportent mal, explique Laurent Roué, comme il n’est pas question que la prestation de nos danseuses s’écartent de notre cahier des charges. En cas de dérapages, on intervient immédiatement."

À Nantes, le SC Club revendique un positionnement d’établissement de divertissement nocturne structuré, légal, encadré. Et désormais franchisable. "Mon entreprise se porte bien sinon je ne me lancerai pas dans la franchise, dit-il. Je réalise un chiffre d’affaires de 1,5 million d’euros. J’ai 5 salariés à plein temps et dix danseuses sont en prestations chaque soir. Nous sommes ouverts quasiment tous les jours de l’année." Environ 150 danseuses travaillent chaque année avec le club. Une formation interne est proposée : pole dance, mise en scène, posture commerciale. "C’est un métier hybride : artistique et commercial, la formation est très importante", résume le dirigeant.

Sortir du fantasme et des clichés des bars à hôtesses

Salle principale où les danseuses se succèdent — Photo : SC Club

Le strip club appartient à ces activités dont tout le monde parle, mais que peu regardent sous l’angle économique. On les classe rapidement, on les confond souvent. Bars à hôtesses, prostitution, établissements "border" : l’amalgame colle à la peau du secteur. Laurent Roué, 66 ans, baigne dans cet univers depuis plus de trente ans, et aborde tous ces sujets sans ciller, combattant les clichés. "Mon idée a toujours été celle-ci : sortir d’un milieu opaque, mafieux parfois, et créer un lieu festif, professionnel tout en garantissant la protection des danseuses et en leur offrant un cadre de travail agréable", explique-t-il.

Dans les années quatre-vingt-dix, Nantes comptait encore plusieurs dizaines de bars à hôtesses. "Tous ont disparu", note-t-il, sans regret. Le SC Club revendique une éthique et une rupture nette avec ces pratiques : prestations tarifées, affichées, sans ambiguïté. Les danseuses vendent des performances artistiques - publiques ou privées - dans un cadre strictement défini. "Un club mal géré, où l’on observe des dérives, peut fermer administrativement très vite. L’encadrement est déterminant", insiste-t-il. La clientèle est filtrée à l’entrée et le comportement des clients est observé. "Tout débordement est stoppé net", prévient le dirigeant.

Des ambitions à Angers, Rennes, Bordeaux et Paris

Cette professionnalisation constitue l’un des arguments centraux du projet de franchise, qui va voir naître des SC Club sur l'ensemble du territoire national. "Nous avons signé notre première franchise à Angers", se réjouit Laurent Roué. Voilà 3 ans, cette ambition de franchise avait capoté faute d'un soutien des banques. "Il a fallu revoir notre modèle de financement, précise Laurent Roué. Aujourd'hui, nous avons un pool d'investisseurs privés qui nous suivent et une banque." Confiant, le dirigeant cible prioritairement le Grand Ouest, avec une attention particulière à Bordeaux et Rennes, mais aussi à Paris, où le potentiel de clientèle est important. Par ailleurs, les DOM TOM seront une cible de choix.

Pour donner de la force à ce projet, le dirigeant du SC Club ne se lance pas seul dans ce déploiement. Laurent Roué est accompagné par un entrepreneur et investisseur nantais, Jimmy Guinet, à la tête de la holding Haya Groupe. "J’ai été basketteur professionnel dans ma première vie, dit cet homme de 42 ans. J’ai travaillé ensuite dix ans dans le secteur bancaire, chez Axa et BPCE. J’investis dans l’hôtellerie et le CHR depuis une dizaine d’années."

"Il existe une trentaine d’enseignes en France, indique Jimmy Guinet. Mais très peu fonctionnent selon des standards homogènes et conformes à ce que l’on propose", analyse-t-il. La franchise doit permettre de dupliquer le modèle, sécuriser les investisseurs et homogénéiser l’expérience client, avec des règles communes, une formation centralisée et un vivier d’artistes référencées. "Quand on entre dans une enseigne connue, on sait à quoi s’attendre. C’est cette logique que nous voulons appliquer ici", explique-t-il.

Le mur bancaire

Le principal frein ne se situe pas dans la demande. Il est financier. Les porteurs de projet se heurtent régulièrement aux refus bancaires. Le monde de la nuit est jugé risqué ; le strip club suscite en outre des suspicions liées au blanchiment ou au proxénétisme. Selon Jimmy Guinet, "le phénomène dépasse le secteur : les établissements financiers exigent davantage d’apport et réduisent leur exposition au risque, notamment dans le secteur CHR."

Faute de soutien bancaire, les porteurs de projet doivent se tourner vers différentes solutions pour financer leur implantation. "Tout est à envisager, estime Jimmy Guinet, du crowdfunding, des business angels, des fonds d’investissement privés capables d’assumer un risque que la majorité des banques ne veulent plus porter. Aujourd’hui, tout entrepreneur doit diversifier ses sources de financement. La dette bancaire n’est plus la seule solution", insiste-t-il. Du côté du franchiseur, il touchera de la part du franchisé un droit d'entrée ainsi que des royalties sous forme d'une redevance, versement mensuel indexé sur le chiffre d'affaires annuel.

Au-delà des chiffres, le combat est aussi symbolique. "Le regard social reste suspicieux", reconnaît Laurent Roué. "Le soir, on peut discuter avec un banquier au SC Club, mais, le jour, la même personne détourne le regard derrière son bureau." La question demeure : peut-on transformer un secteur historiquement marginal en France, en un réseau organisé, transmissible, encadré et franchisable ? "Cette question ne se pose pas dans de nombreux pays, remarque Laurent Roué, comme en Australie, en Suisse, en Angleterre, en Italie ou aux États-Unis. En France, c’est plus dur."

Nantes France Angers Rennes Bordeaux # Commerce # Stratégie # Commercial # PME
Fiche entreprise
Retrouvez toutes les informations sur l’entreprise SCC