À Bressuire (Deux-Sèvres), les tests industriels ont donné satisfaction. Les Jardins de l’Orbrie (17 M€ de CA, 90 salariés) vont commercialiser les jus de fruits de leur marque Cœur de Pom' dans des bouteilles réemployables R-Cœur du projet Go ! Réemploi mené par l’acteur interprofessionnel de la gestion des emballages Citeo. Ce projet associe une cinquantaine de marques. Quelque 80 magasins dans quatre régions (Hauts-de-France, Normandie, Bretagne, Pays de la Loire) participent à l’opération de mutualisation d’emballages, puis 750 à partir d’octobre. Les premières bouteilles nouvelle version de Cœur de Pom' seront livrées dans les centrales d’achat début juillet.
Un engagement déjà ancien
L’engagement pour le réemploi n’est pas nouveau pour la PME. Elle le propose notamment aux clients de son activité de prestation de service pour la fabrication et l’embouteillage de boissons, JLDO (70 % de son chiffre d’affaires). Volontariste, elle a pris une petite participation dans la laverie industrielle nantaise Bout' à bout', partenaire du projet Citeo.
Pour Cœur de Pom', l’entreprise des Deux-Sèvres utilise déjà des bouteilles réemployables de type Fraîcheur depuis deux ans. Elle va les abandonner car ce format connaît des difficultés de standardisation. Autre lacune : il n’est pas différencié des formats classiques. "S’il n’est pas bien identifié, le consommateur ne ramène pas les bouteilles et il y aura toujours de la casse. C’est contre-productif", argumente Alain Péridy, le PDG de l’entreprise.
La réussite de la création de cette filière passe par l’installation massive d’équipements de collecte couplée à l’éducation du consommateur. "Nous ne sommes qu’un maillon", poursuit-il. Un maillon qui s’engage : l’opération entraînera un léger surcoût pour Les Jardins de l’Orbrie. Mais pour le dirigeant de cette entreprise labellisée PME + depuis fin 2019, l’intérêt commun compte : "Le réemploi permet d’économiser 75 % de carbone par rapport à du neuf". Si l’expérimentation réussit, l’action sera généralisée à toute la France. Et alors, "le R-Cœur deviendra le standard national."
Organiser un double circuit
La première contrainte pour les Jardins de l’Orbrie est d’organiser un double circuit pour ses produits, puisque le projet ne concerne que quatre régions. Il devrait représenter 20 % des 600 000 bouteilles d’un litre de Cœur de Pom' écoulées cette année.
Un circuit fermé pour réduire de moitié la consommation d’eau
Parallèlement, Les Jardins de l’Orbrie viennent de démarrer des travaux qui vont permettre d’économiser jusqu’à 50 % d’eau d’ici trois ans, soit 25 000 m3 sur les 50 000 m3 consommés chaque année. "Nous utilisons beaucoup d’eau, en particulier pour notre process de pasteurisation, pour lequel nous embouteillons à froid", décrit Alain Péridy. Le process va être aménagé pour recycler l’eau utilisée et ainsi pouvoir fonctionner en circuit fermé : récupération, refroidissement, filtration, traitement…
Une partie de l’équipement existe déjà sur place, ce qui limite les coûts. Cette adaptation de la chaîne s’élève à 200 000 €, pour un retour sur investissement rapide, à raison de 60 000 € économisés chaque année : moins d’eau prélevée mais aussi moins d’eau usée à traiter. La mise en service est attendue en septembre.
Une nouvelle ligne de production à 3,5 millions d’euros
Il s’agit pour Les Jardins de l’Orbrie des deux projets phares de l’année, la PME marquant une pause sur les investissements après avoir injecté 3,5 millions d’euros dans une nouvelle ligne de production en 2024. Quoi que nouveaux, ces projets s’inscrivent dans la continuité d’une politique RSE présente depuis les débuts de l’entreprise, créée en 2001 par Alain Péridy, ancien arboriculteur. "Déjà en 2009, lorsque nous avons emménagé dans notre nouvelle usine, nous avons mis en place un système de récupération d’eau de pluie", se souvient le dirigeant. "Nous faisions de la RSE sans le formaliser", d’où l’intérêt de la démarche RSE + ensuite.
Croissance régulière à deux chiffres
Cette préoccupation implique le volet social. Un baromètre social a été instauré auprès des salariés depuis cinq ans, pour évaluer et améliorer la qualité de vie au travail. Un enjeu pour cette entreprise en croissance régulière à deux chiffres (hors Covid), dont les locaux sont passés de 1 500 m2 en 2009 à 8 800 m2 aujourd’hui au gré d’extensions successives, quand le chiffre d’affaires a grimpé de 1 à 17 millions d’euros sur cette période. Un succès qui s’explique par la double casquette "production en propre" et "prestation de service". La diversification des clients et des produits a permis d’équilibrer l’organisation du travail sur l’année et d’amortir les outils onéreux.