Pierre Gattaz : « Arrêtons de ratiboiser nos entreprises comme on le fait depuis 30 ans ! »

Pierre Gattaz : « Arrêtons de ratiboiser nos entreprises comme on le fait depuis 30 ans ! »

En marge du CCI forum qui s’est tenu ce jeudi à Lyon, le président du Medef fustige un peu plus la décision du gouvernement de reporter de trois mois l'allègement des charges pour les entreprises. Interview.

Que répondez-vous à Stéphane Le Foll qui a jugé ce mercredi « inacceptable » votre « colère » face au report de trois mois d'allègements de charge pour les entreprises ?

Il considère que 3 mois de décalage, ce n’est rien. Moi, je lui réponds que si les patrons commençaient à retarder de 3 mois les cotisations patronales, est-ce qu’il jugerait que ce n’est rien ? Je n’en suis pas sûr. 3 mois, c’est 25 % des mesures de 2016 . C’est énorme, notamment pour les PME et TPE industrielles qui sont fragiles. Ces 3 mois de décalage vont surtout toucher des salaires entre 1,5 et 3,5 fois le SMIC, c’est très grave. Par ailleurs, ce décalage met a mal la cohérence entre les actes et la confiance. La confiance se bâtit jour après jour ; c’est une montagne que l’on grimpe. Si les entrepreneurs n’ont pas confiance dans leur pays, ils se recroquevillent sur eux-mêmes, ils n’innovent plus, ils attendent.




Jusqu’où êtes-vous prêt à aller si ce décalage de 3 mois n’est pas remis en question ?

Je ne suis pas là pour mettre de l’huile sur le feu. Je me bats à l’exportation, sur l’apprentissage, pour reconnaître les métiers en tension et sur des tas de choses positives et encourageantes pour la France. Seulement, 3 mois c’est grave parce que ce n'est pas ce qui était convenu. C’est plus l’impact sur la confiance qui me gêne. Si on on commence le 15 septembre, en période budgétaire, à commencer à nous grapiller un milliard, qu’est-ce qui va se passer dans 2 semaines, ou dans un mois ? Je dis halte là ! Ce n‘est pas normal. Il y a suffisamment de dépenses publiques à gérer et à optimiser ! Il faut arrêter ce réflexe pavlovien qui consiste encore à ratiboiser nos entreprises comme on le fait depuis 30 ans. Les "30 piteuses" c’est ça : on a un problème, on rajoute un page au code du travail ou au code des impôts et on met là-dessus une cotisation ou une taxe. C’est pour ça que notre pays ne répond pas et que notre économie est moribonde.




Quel message êtes-vous venu faire passer aujourd’hui à Lyon, à ce CCI forum consacré à l’entrepreneur des futurs ? Je suis venu rappeler que la solidarité patronale est aujourd’hui fondamentale. Nous n’avons pas assez de temps, ni de moyen pour nous taquiner entre organisations. Il faut que nous soyons solidaires et complémentaires. Nous sommes tous là pour nous battre, à la fois pour notre pays et pour nos emplois. Il faut être fort ensemble pour nos entreprises et pour améliorer l’environnement de compétitivité dont nous avons plus que jamais besoin.