Scène atypique lors de la dernière plénière du Centre des jeunes dirigeants (CJD) de Brest. Autour d'une table, six membres (cinq femmes et un homme) rejouent une scène vécue: un pot entre collègues. L'un d'eux sert le vin, sans un mot pour les collègues masculins. Devant le verre de la collègue féminine «Du vin ou de l'eau?». «Pourquoi un traitement différent pour elle?», s'interroge David Cardinal, membre du CJD, à l'origine de cette plénière sur le thème de la parité «toujours sensible», selon lui. «La preuve, quand j'ai demandé des volontaires pour le théâtre forum sur ce thème, il n'y a eu que des femmes à répondre!». Plutôt que d'expliquer en long et en large les évolutions juridiques, le CJD a fait le choix de ces petits sketchs et mises en scène. «Un moyen de libérer la parole», explique David Cardinal.
Une loi pour plus de parité en entreprises
Car d'ici peu, tous les dirigeants devront se mettre au diapason de la parité. Le Parlement vient en effet de voter une loi renforçant la présence des femmes à la tête des entreprises. Le texte prévoit que les sociétés cotées en Bourse comptent 20% de femmes - contre un peu moins de 10% aujourd'hui - dans leurs conseils d'administration d'ici à trois ans. Cette proportion devra être portée à 40% - soit le poids actuel des femmes dans la population française active - d'ici à la fin 2017. Sont aussi concernées les sociétés de plus de 500 salariés et un CA supérieur à 50M€. En cas de manquement à ces obligations, la désignation des représentants des personnes morales d'un conseil d'administration sera considérée comme nulle. Quant à la réforme des retraites, elle aborde aussi le sujet, en imposant un plan d'actions et des sanctions si des négociations ne sont pas engagées.
«Culture de l'égalité»
Mais sur ces nouvelles dispositions, les avis divergent. Un outil qui a le mérite de montrer que c'est possible pour certains, une contrainte de plus et des difficultés pour les entreprises pour d'autres. «On place le débat dans ce giron alors qu'il est plus global et sociétal», pense Valérie Herbe, cadre depuis 23 ans chez Hénaff. Aujourd'hui DRH, elle raconte pourtant quelques difficultés à ses débuts: «J'étais à l'époque la seule cadre. Mes collègues n'avaient pas l'habitude des congés maternité ou des indisponibilités pour des réunions tardives, par exemple.» Elle note qu'aujourd'hui, la situation a évolué. «Une femme qui travaille n'a pas à culpabiliser, mais ce sont des choix à faire aussi.» Une évolution que ne nie pas David Cardinal. «Mais il y a un sentiment d'avoir atteint l'égalité. Ce n'est pas tout à fait juste. On est arrivé à un seuil.» Selon lui, les freins viennent d'acquis culturels ancrés dès l'enfance. Le dirigeant, également trésoririer du CIDFF (centre d'information sur les droits des femmes et des familles du Finistère), dit aussi tout le malaise des hommes. «Il faut se débarrasser de ce sentiment de culpabilité. On n'est pas coupable de ce que la société nous a enseigné, depuis tout petit. Mais on est responsable si on n'essaie pas de changer les choses.» D'où l'idée d'une «diffusion de la culture d'égalité. Car la parité n'est qu'un outil pour y arriver», ajoute Françoise Le Verge du cabinet conseil Perfegal.
Mais pourquoi tant de difficultés sur ce sujet? «Ce n'est pas facile de changer tout un mode de pensée. Surtout quand ce système avantage les hommes. Pour eux, c'est quand même 50% de concurrence en moins!», ironise David Cardinal.
Besoin d'être coachées
Mais les freins sont aussi du côté des femmes. «Elles se fixent elles-mêmes leur propre barrière: mon boulot, mes courses, mes enfants, je ne vais pas y arriver...», analyse Anne-Laure Viton directrice régionale Ouest de Coca-Cola Entreprise en s'appuyant sur des études internes. «Les études révèlent un besoin fort des femmes d'être coachées, rassurées et poussées parfois. Un homme se positionne sur un poste avec peut-être moins de crainte. Une femme y va après réflexion, discussion, si elle est sûre d'être capable», explique Anne-Laure Viton qui encourage aussi les femmes à entretenir leur réseau. «En sortant de réunion, un homme va discuter quand une femme, trace pour rentrer chez elle.» Alors, pour encourager la parité, Coca-Cola Entreprise intègre toujours un CV de femme dans le panel des candidatures de manager. Dans l'équipe de recrutement, une femme est systématiquement présente. «Grâce à ces petites choses, 50% des postes de managers ont été pourvus par des femmes l'an dernier.»
De nouvelles dispositions vont entrer en vigueur ces prochaines années pour favoriser l'égalité entre hommes et femmes dans les entreprises. Et provoquent le débat sur l'intérêt d'imposer petit à petit la parité et d'avoir recours à des sanctions financières pour les sociétés.