Paris-Normandie : Dépôt de bilan
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Paris-Normandie : Dépôt de bilan

PRESSE. Le quotidien régional normand a déposé son bilan au tribunal de commerce duHavre. Les salariés continuent de croire à la pérennité de leur entreprise.

Après de longs mois d'incertitude, la sanction est tombée pour Paris-Normandie: c'est le dépôt de bilan. En difficultés depuis plusieurs années, le quotidien régional a déjà connu plusieurs plans de départs volontaires, le dernier datant de 2006 avec près de 40 départs. Déposé devant le tribunal de commerce duHavre, le dépôt de bilan suscite l'amertume de Benoît Marin-Curtoud, délégué du SNJ: «Nous regrettons que l'actionnaire principal, Philippe Hersant, ne soit pas venu négocier avec les syndicats et que la direction n'ait pas choisi le cadre de la négociation mais celui du tribunal de commerce. Mais, nous étions préparés à une issue de cette nature». Suite au rapprochement du Groupe Hersant Media (en grande difficulté face à une dette de 200M€), avec le Belge Rossel, sur leurs activités de presse régionale, le cas du groupe de presse normand avait posé problème dès le début; le futur associé de GHM exigeant sa restructuration avant de rejoindre le nouvel ensemble. Malgré le dépôt de bilan, la direction maintient son intention de garder Paris-Normandie et les quotidiens normands: «Le pôle normand a toujours vocation à rejoindre le nouvel ensemble. Nous nous mettons sous la protection du tribunal pour pouvoir prendre des mesures».






Un cap a passer?

Confronté à l'érosion de son lectorat, à la crise des recettes publicitaires mais aussi, à l'arrivée de titres de presse gratuite sur ses grandes zones de diffusion (Tendance Ouest Rouen édité par La Manche Libre, Côté Rouen et LeHavre Infos édités par Publihebdos, filiale du groupe SIPA Ouest France), la société Normande de presse d'édition et d'impression (SNPEI: Paris-Normandie, LeHavre Presse, LeHavre Libre et le Progrès de Fécamp) n'a pas su inverser la chute des ventes de ses titres: moins 26% ces cinq dernières années pour s'établir à 75.715 exemplaires (diffusion payée) en 2011. Pourtant, face à la situation inquiétante du quotidien, le syndicaliste du SNJ se veut confiant: «C'est un cap car nous allons avoir un interlocuteur responsable en la personne du mandataire nommé par le tribunal. Nous croyons à la pérennité de notre entreprise: il y a des marges de développement et de sauvegarde de l'emploi». Si l'annonce du dépôt de bilan n'a pas étonné les salariés: «Même s'il a fallu encaisser le choc», elle a le mérite d'offrir de la visibilité, explique un journaliste: «Ce n'est pas un soulagement, mais il y a eu tellement d'effets d'annonces ces dernières années qu'au moins cette fois, nous sommes face à quelque chose de concret». Le journaliste précise être en attente d'un vrai projet pour la suite: «Pour que vive la presse, l'argent ne suffit pas. Il faut une ambition, une ligne éditoriale claire, pouvoir creuser les sujets. Nous sommes motivés et mobilisés pour continuer à faire notre devoir d'information». De leur côté, les élus locaux se sont émus de la situation du journal régional, via un communiqué réunissant Alain Le Vern, président de la région Haute-Normandie, Didier Marie, président du Département de Seine-Maritime, Jean-Louis Destans, président du Département de l'Eure, Laurent Fabius, président de la CREA et Valérie Fourneyron, maire de Rouen: «Nous ne pouvons laisser des journaux disparaître sur le seul autel de la Finance. Il en va non seulement de notre conception d'une société libre où l'information est un droit, mais aussi de plus de 365 emplois menacés et du dynamisme de notre territoire. La disparition de Paris-Normandie, du HavreLibre, du HavrePresse, de Liberté Dimanche et du Progrès de Fécamp, ferait de la Seine-Maritime et de l'Eure les premiers départements de France sans presse quotidienne régionale. Nous ne pouvons nous y résoudre». Fondé en 1944, Paris-Normandie, a vu ses ventes s'étioler à partir de 1972 suite à l'arrivée de Robert Hersant à sa tête. La diffusion payée est ainsi passée de 166.000 exemplaires en 1972 à 52.606 en 2011 (source OJD). Sur la même période, le nombre de salariés est passé de 650 au seul journal Paris-Normandie, en 1970, à 365 dont 114 journalistes pour la SNPEI, en 2011.

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