Parcs naturels marins : Prudence chez les entreprises

Parcs naturels marins : Prudence chez les entreprises

Henri-Vincent Amouroux, directeur de l'Union maritime et portuaire de Bordeaux, évoque la création du Parc naturel marin sur l'Estuaire de la Gironde qui devrait intervenir en mai.

Q
uelle a été votre position lors des réunions de l'enquête publique? Nous n'avons jamais été opposés à la création de ce Parc naturel marin (PNM). Nous sommes persuadés que sur ce fleuve que nous aimons, nous pouvons y vivre, l'utiliser comme moyen de transport et le respecter. Cependant nous étions vigilants. Il a fallu faire un gros travail de pédagogie pour expliquer le poids économique de l'activité portuaire et déjouer les préjugés sur le transport maritime qui est pourtant le mode le plus respectueux de l'environnement. Il a fallu aussi lutter pour être intégré au conseil de gestion du PNM, car la mission, par souci d'efficacité, ne voulait pas d'effectif trop important.


Avez-vous des craintes sur son application ?

Nous craignons surtout un manque de cohérence. En France, on a la manie des millefeuilles réglementaires. Il existe d'ores et déjà Natura 2000, la directive «Habitats» sur les rives de l'estuaire, le SAGE Estuaire Gironde, la commission «Littoral» du Comité de bassin, le nouveau Conseil maritime de façade Sud-Atlantique... Tout cela se superpose. Le problème est que chacune de ces instances veut exister et peut avoir tendance à prendre des mesures restrictives. Lors de l'enquête publique, par souci de cohérence, nous nous étions battus pour que le périmètre du PNM se calque sur celui du SAGE qui intègre l'agglomération bordelaise. Cela n'a pas été retenu à notre connaissance.


Le PNM peut-il être un frein à l'implantation ou au développement de certaines entreprises ?

Il faudra être bien présent et arriver à se faire entendre au sein du conseil de gestion. Il faut que ce conseil soit une vraie instance de concertation et que certaines associations ne prennent pas le pouvoir. Ce qui nous préoccupe, c'est surtout un certain flou. Dans le périmètre défini par le PNM, la terre n'est pas concernée et donc les entreprises qui y résident. Cependant, si ces entreprises ont une influence sur l'estuaire, cela concernera le conseil de gestion du parc marin. Concrètement, pour des aménagements portuaires, il faudra un avis conforme du conseil de gestion. Mais pour une entreprise, à partir de quand jugera-t-on qu'elle a une influence sur l'estuaire ? On se demande comment au final tout cela sera mis en musique.


Cela va-t-il se traduire pour les entreprises par une multiplication des procédures environnementales?

A priori, la mission du PNM n'est pas de rajouter des procédures et de remplacer la Dreal (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement). Même sans parcs marins, de toute façon, tous les ports sont confrontés à des obligations en termes de préservation de l'environnement: Marseille avec le parc national des Calanques, LeHavre pour la protection des coquilles Saint-Jacques en baie de Seine, le port de Rouen avec le parc naturel des Boucles de la Seine.... Les industriels ont conscience de leurs devoirs. Cependant, il faudra que l'État soit cohérent et ne cherche pas à vouloir la désindustrialisation.