Pour les 100 ans du groupe Dubreuil, vous avez choisi de vous engager pour la première fois dans le sponsoring d’un voilier Imoca pour le Vendée Globe 2024. Pourquoi ce choix ?
Le Vendée Globe est une course mythique, et en tant que Vendéens, c’était une opportunité naturelle pour nous de nous y associer, surtout pour marquer un moment aussi important que les 100 ans du groupe. En 2018, j’ai rencontré Sébastien Simon lors de l’Open de tennis de Vendée, et il venait de remporter la Solitaire du Figaro. J’ai tout de suite été impressionné par ses compétences de skipper, son approche et le fait qu'il soit vendéen. Il est arrivé quatrième de la New York - Vendée en juin dernier. Il est prêt à en découdre avec les 40 marins engagés dans cette dixième édition du Vendée Globe.
C’est la course la plus prestigieuse au monde, qui prend son départ le 10 novembre prochain. Notre ambition est de finir dans les dix premiers. C’est pour nous un budget important que je garde confidentiel. Nous avons financé une équipe de 8 salariés sur ce projet au sein de l'entreprise de Sébastien Simon.
Pour le groupe, je vois cela d’abord comme un projet fédérateur pour l’ensemble de nos 6 700 collaborateurs. À travers ce défi, nous voulons renforcer l’engagement et l’identité du groupe, qui est implanté ici, en Vendée. Ce projet représente à la fois nos racines et notre ambition en termes de visibilité, de notoriété, et de marque employeur. La plupart de nos filiales auront leurs logos sur la voile.
Comment ce projet se distingue-t-il en termes d’image et de stratégie pour le groupe Dubreuil ?
Nous avons voulu apporter une touche d’originalité au bateau en représentant nos deux principales compagnies aériennes, Air Caraïbes et French Bee, sur ses deux côtés. La face bâbord du bateau représente Air Caraïbes, et la face tribord French Bee. C’est la première fois qu’un bateau présente une telle distinction visuelle. Pour nous, cela symbolise bien l’esprit d’innovation du groupe. Ce projet s’intègre dans une démarche globale pour renforcer la cohésion au sein de nos équipes, d’autant plus que notre groupe est diversifié géographiquement. Cela permet à nos collaborateurs de se sentir liés à une aventure commune, de suivre les exploits du bateau, de s’y identifier. Les retours que nous avons eus en interne sont extrêmement positifs, et cela crée un vrai élan fédérateur.
Le groupe Dubreuil compte 6 700 salariés. Quels sont vos principaux enjeux en termes de recrutements ?
Nous recrutons environ 1 200 personnes par an, dont environ 700 embauches qui sont liées au turnover. Ce chiffre est assez élevé par rapport à ce que nous connaissions avant la crise du Covid. La pandémie a changé beaucoup de choses dans la manière dont les gens envisagent leur travail. Aujourd’hui, la vie personnelle, les loisirs et le bien-être ont pris une place beaucoup plus importante, et le travail n’est plus forcément au centre des priorités pour certains. Je peux le comprendre, et cela se ressent sur le turnover.
Pour nous, le principal enjeu est de recruter, mais aussi de former et surtout de retenir nos collaborateurs. Dans ce moment d’incertitudes économiques, nous privilégions nos besoins sur les métiers techniques, comme les mécaniciens et les techniciens, ainsi que dans le domaine commercial, notamment les vendeurs. Ce sont des profils qui génèrent du chiffre d’affaires directement. Je reste aussi attaché à un principe : que nos salariés puissent progresser, devenir des cadres et diriger un jour une de nos 40 filiales ou l’un de nos pôles.
Compte tenu du contexte économique incertain, comment le groupe aborde-t-il l’avenir en termes de développement ?
Nous restons prudents. Le groupe a doublé de taille en sept ans, ce qui est un accomplissement, mais je ne peux pas garantir que nous allons maintenir ce rythme de croissance. L’économie mondiale est actuellement marquée par une grande incertitude, et le climat politique incertain en France invite aussi la prudence. Actuellement, nous faisons face à des défis dans plusieurs secteurs, notamment dans la distribution automobile. Dans ce secteur, par exemple, l’électrification forcée du parc pose problème. Les consommateurs sont perdus : ils ne savent plus s’ils doivent acheter de l’essence, du diesel, de l’hybride ou de l’électrique. Cela crée une véritable hésitation qui ralentit le marché. Les constructeurs sont aussi en difficultés, cette année de manière très évidente.
Vous êtes présent dans le secteur aérien avec vos compagnies Air Caraïbes et French Bee. Quel bilan tirez-vous de l’activité récente ?
L’aérien est un secteur extrêmement compétitif, surtout avec les compagnies low-cost. Nous devons sans cesse nous adapter. Cet été, nous avons constaté un "trou d’air" dans les réservations à cause d’un phénomène d’évitement de Paris, lié aux jeux olympiques. Le trafic entre la métropole et les Dom-Tom a été directement impacté. Cela dit, nous voyons des signes encourageants pour l’hiver à venir, avec des réservations qui semblent se stabiliser. Nos 15 avions sont basés à Orly, qui est accessible directement en métro, ce qu’apprécie une bonne partie de notre clientèle. Nos destinations, vers les États-Unis avec French Bee et vers les Antilles avec Air Caraïbes, tirent leur épingle du jeu, même si le secteur de l’aérien est très concurrentiel.
Comment voyez-vous l’évolution du groupe Dubreuil dans les années à venir ?
Le groupe est solide avec un chiffre d’affaires de 3,16 milliards d’euros, et nous continuons de croître, mais avec prudence. Nous avons appris à rester humbles. Le Covid a montré à quel point tout peut basculer rapidement, notamment dans l’aérien. Nous devons rester vigilants et gérer nos ressources et nos moyens avec intelligence. Certaines croissances externes pourraient être intéressantes, mais les entreprises sont chères. Leur valeur a été dopée, d’une certaine manière, par le quoi qu’il en coûte qui a gonflé leur chiffre d’affaires de façon artificielle.
Notre force réside dans la diversité de nos activités et dans notre capacité à nous adapter. nous sommes des commerçants. Que ce soit dans l’aérien, ou tous nos autres métiers (automobile, machines agricoles, camions, engins BTP, les énergies, l’hôtellerie), nous veillons à rester proches de nos clients et à anticiper leurs besoins. C’est cela qui nous permet de traverser les périodes difficiles et de continuer à avancer. Nous sommes également très attachés à nos valeurs familiales, qui nous permettent de garder une vision à long terme, sans pression extérieure, ce qui est un atout important dans un monde économique de plus en plus instable. Nous sommes là depuis 1924, et l’on fait tout pour que l’on soit là encore dans 100 ans.