La mondialisation aurait pu avoir raison de la fabrication de palettes made in France. C'était sans compter sur les Papillons blancs du Cambrésis qui relocalisent cette production à Proville, dans leur atelier fondé il y a 40ans. Sous l'enseigne Palettes Éco Services depuis 2006, il est en forte croissance depuis trois ans avec un vrai projet industriel à la clé. Adaptée, cette PME de l'association présidée par Gilles Van Der Henst l'est dans tous les sens du terme. Par la main-d'oeuvre qu'elle emploie bien entendu: des personnes fragilisées par un handicap ou une situation sociale tendue. Mais aussi par l'ergonomie de ses postes de travail, son innovation permanente et son adaptation à ce marché si concurrentiel qu'est la palette bois, un produit très basique, qui ne l'est pas tant. Ses palettes et caisses sur-mesure et hors normes alimentent aussi l'industrie lourde, l'agroalimentaire...
600.000palettes par an
De 350.000palettes et caisses fabriquées il y a six ans, l'entreprise est passée à 600.000pièces! La production journalière s'élève à plus de 5.000palettes. «Les grands donneurs d'ordre allaient chercher leurs palettes en Belgique. Il n'y avait pas d'acteur au nord de Paris», expliquent Pierre Deceukeleire et José De Sousa, vice-président et directeur général qui ont donc oeuvré pour se positionner sur cette carte comme un incontournable. C'est le cas aujourd'hui, avec des clients de renom: les grandes marques des secteurs du luxe, de l'agroalimentaire... Le chiffre d'affaires grimpe en conséquence: de 3,9millions d'euros en 2011, il a atteint 4,2millions l'an passé, «première année rentable», se félicite José De Sousa qui précise: «Les excédents restent dans l'établissement, c'est le propre de l'économie sociale et solidaire!» Ce n'est pas (encore) un avantage concurrentiel, même si cela tend à le devenir à la fin de la négociation avec le client, comme «un plus». Et Pierre Mercken, directeur du site, de préciser: «Le client veut toujours un prix, une qualité, un délai.»
Doubler de capacités
Palettes Éco Services peut voir l'avenir sereinement et investir. «Nous avons investi 400.000euros en 2012, dans un hangar de stockage de 1.200m² et deux séchoirs d'une capacité de 800palettes chacun.» Il est ainsi passé de 48à 6heures de séchage. Un gain considérable! «Notre objectif est de doubler la capacité de production», affiche le directeur optimiste. Cette année, la modernisation des deux lignes de production représentera à nouveau un budget de 400 K€. Doté d'une chaudière à biomasse depuis sept ans, le site pionnier en la matière brûle ses copeaux et chutes de bois. Face à des aides publiques de plus en plus maigres, ces investissements permettent de «garder un prix de revient compétitif» et surtout de «continuer à faire du social demain», insiste José De Sousa.
Géry Bertrande
BOIS À Proville, l'entreprise adaptée des Papillons blancs du Cambrésis investit 800.000euros pour automatiser son atelier tout en préservant l'humain, son capital.