Gironde
Olikrom se voit en ETI industrielle grâce à sa peinture luminescente
Gironde # Industrie # Stratégie

Olikrom se voit en ETI industrielle grâce à sa peinture luminescente

S'abonner

La PME industrielle girondine Olikrom, spécialisée dans l’ingénierie moléculaire pour la création de matériaux "intelligents", vise la rentabilité en 2024. Elle se lance sur de nouveaux marchés et veut développer avec des industriels des produits innovants, pour la plupart confidentiels. Elle espère obtenir une autorisation en France pour équiper les routes de sa peinture luminescente, déjà développée à l’export.

Olikrom fabrique son produit de marquage LuminoKrom dans son usine de Pessac (Gironde) — Photo : Olikrom

Un pari industriel sur le point d’être gagné. C’est ainsi que son fondateur présente Olikrom, PME industrielle d’une vingtaine de salariés. Spécialisée dans l’ingénierie moléculaire et la création de pigments "intelligents", la société, qui a été dernièrement la seule finaliste régionale des Trophées INPI (Institut National de la Propriété Intellectuelle) dans la catégorie "industrie", a peu à peu structuré ses fondamentaux.

Développant, à la demande des industriels, des encres et peintures techniques dans de nombreux domaines (santé, luxe, aéronautique, construction), Olikrom a fait le pari de devenir un fabricant industriel en 2017. Disposant aujourd’hui d’une première usine à Pessac (Gironde), elle a fait l’acquisition en 2022 d’un terrain de 4 500 m2 pour tripler sa surface de production. Un chantier "toujours en cours" mais quelque peu freiné, selon son dirigeant, par la conjoncture. "Le terrain est acquis, le permis de construire validé. Le programme devrait représenter environ 2 millions d’euros et ne sortira pas de terre avant 2025 ou 2026", précise Jean-François Létard.

Olikrom, qui a racheté un terrain de 4 500 mètres carrés attenant à son usine girondine, envisage de tripler sa surface de production, mais pas avant un an ou deux — Photo : Olikrom

Virage industriel

Si le résultat net d’Olikrom (qui a levé 5 M€ depuis sa création) était toujours négatif en 2023 (- 966 000 €), son dirigeant l’assure, 2024 "sera l’année du retournement. On a digéré notre outil industriel et on retrouve la rentabilité".

Le modèle de la PME est singulier : la moitié de son chiffre d’affaires provient de sa branche "services", intervenant en appui à la R & D pour des industriels, avec lesquels elle investit à 50 % dans le développement de nouveaux produits. "Nous en accompagnons aujourd’hui 70 dont la moitié à l’international sur de nombreux produits qui seront nos futurs relais de croissance". Elle promet à ces acteurs une exclusivité négociée et s’assure de fabriquer le produit, au moins en partie, à l’issue du programme de R & D.

L’essentiel de l’activité d’Olikrom est confidentiel : l’entreprise a déposé 19 brevets et 17 marques à l’INPI depuis ses débuts, pour l’essentiel en marques blanches. En 2015, elle est sortie de cette réserve en s’associant au groupe de BTP Eiffage pour concevoir LuminoKrom, une peinture photoluminescente qui permet de rendre le marquage routier visible la nuit. C’est l’autre partie de son business, dont elle veut faire son cœur de métier à terme : la production industrielle.

La peinture de marquage LuminoKrom est basée sur la bioluminescence. Elle attend depuis deux ans l’autorisation d’être utilisable sur route en France — Photo : Olikrom

Obstacle administratif

Non sans quelques obstacles. LuminoKrom, commercialisée depuis 2019, et qui s’exporte déjà en Malaisie, au Brésil, en Belgique, en Roumanie, en Afrique du Sud ou en Inde, rencontre un important frein administratif en France. Si cette peinture réalise de nombreux chantiers cyclables, notamment les 35 kilomètres de voie verte Vélodyssée, au nord du bassin d’Arcachon, et s’est déployée sur "450 chantiers cette année", le marquage routier, lui, résiste encore.

Ayant obtenu sa certification de marquage en 2022, l’entreprise attend toujours son droit d’usage. "Ça bloque en raison de la spécificité du produit, qui se voit la nuit, alors que la peinture blanche routière traditionnelle se réfléchit uniquement dans les phares des voitures", explique Jean-François Létard.

"Ça nous freine beaucoup, notamment pour installer des passages piétons ou des bandes cyclables sur le bord des routes. On a commencé à faire des routes à l’international. En Europe, chaque pays à sa propre certification. Nous sommes un peu échaudés par la lenteur de l’obtention du droit d’usage français, mais nous avons tout de même débuté le même processus en Allemagne", détaille encore le dirigeant.

Objectif ETI

En parallèle, Olikrom continue d’avancer avec beaucoup de plans dans ses cartons. "Nous avons débuté la commercialisation, de manière confidentielle, d’encres de haute technologie pour l’horlogerie", dévoile le fondateur d’Olikrom.

La société aimerait aussi "réinvestir dans la croissance organique". À plus long terme, elle ambitionne le développement d’une production de LuminoKrom localisée à l’export, "potentiellement via des rachats. Nous aimerions devenir une ETI. Si on commence à exporter notre peinture dans le domaine routier, la taille de l’entreprise peut grossir très vite", termine Jean-François Létard. "Nous disposons de bons fondamentaux pour accélérer".

Gironde # Industrie # Stratégie # PME