Tout est parti d’un constat. En 2022, à presque cent ans Heppner (1 Md€ de CA) avait beaucoup grandi. Le groupe strasbourgeois est présent dans neuf pays, compte plus de 3 500 salariés (dont 300 en Alsace). "Nous œuvrons dans des métiers, de la logistique et du transport, dans lesquels l’accidentologie est importante. Les réglementations sont différentes selon les pays dans lesquels nous intervenons. Nous avons voulu nous doter en matière de sécurité d’un cadre au niveau groupe qui relève d’une coconstruction avec nos collaborateurs", situe Sofia Bouzidi, responsable QSE et performance chez Heppner.
"Nous avons posé les questions qui fâchent"
Il y a deux ans, le groupe nomme un chef de projet qui s’est entouré d’une vingtaine de collaborateurs. "Ils étaient directement concernés par la sécurité au travail, ou non, rappelle Sofia Bouzidi, nous avons réuni des opérateurs de quai, leurs responsables, des accompagnants régionaux de la qualité et de la sécurité au travail, et toutes les strates de management. Nous avons posé les questions qui fâchent afin de comprendre pourquoi nous avions des accidents".
"Nous avons écouté nos collaborateurs"
"Les besoins sont remontés directement du terrain, ils ont donné lieu à 44 résolutions", précise Sofia Bouzidi. Pour améliorer la sécurité, et professionnaliser la prévention, le groupe a mis au point un programme, nommé Safety First. Il se focalise sur l’accueil des salariés (l’onboarding sécurité), la formation, la prévention et l’animation, et a été primé au salon Préventica dédié à l’innovation pour la qualité de vie et les conditions de travail qui s’est tenu en juin à Strasbourg.
La formation des salariés, et notamment la formation au "stand up", la prise de parole en public, une réunion flash hebdomadaire de 15 minutes, ont été cruciales dans l’engagement des collaborateurs. "Il s’agit d’un format court, efficace. Nous avons professionnalisé les échanges quotidiens avec les opérationnels. Ils sont désormais normés, nous en avons une définition commune, avec un contenu commun pour tous", précise Sofia Bouzidi. 240 collaborateurs français sont ainsi en cours de formation à l’animation sécurité à raison d’une journée chacun, par session de six ou huit via le pôle de compétence d’Heppner. Principalement "là où l’accidentologie est la plus forte, sur les quais", précise Sofia Bouzidi.
Des jeux de rôle pour travailler la posture managériale des chefs de quai
"On explique à nos managers comment préparer un stand-up pour passer un message, parce que c’est un outil particulièrement puissant, comment organiser un ordre du jour, etc.. L’objectif, c’était vraiment d’homogénéiser nos pratiques. Certains chefs de quai animaient déjà des stand-up mais pas forcément dans notre définition. Nous avons donc défini un contenu commun. Les managers identifient des thèmes liés à la sécurité : pour un chef de quai qui gère des manutentionnaires ça peut concerner les équipements de protection individuelle, ou l’épandage. Si de la matière dangereuse se déverse sur un quai, comment on gère concrètement la situation", rapporte Cécile Marcelino, responsable de la formation et du développement des compétences pour le groupe Heppner.
"Dans un deuxième temps, nous avons des mises en pratique sur des sujets très précis, avec des mises en situation et des jeux de rôle avec les chefs de quai. Nous les préparons aux difficultés qu’ils peuvent rencontrer : des collaborateurs qui ne comprennent pas, qui refusent… Nous travaillons avec eux sur la posture managériale, et l’aisance à l’oral, nous les faisons monter en compétence", explique-t-elle.
Une démarche auditée en interne
Le stand up se tient une fois par semaine, avec un ordre du jour défini par manager. "Une fois par mois, c’est le groupe qui décide d’une thématique. C’est la figure imposée, un thème incontournable de la sécurité. Dans le cadre de l’audit interne, nous vérifions que les stand up soient menés et bien menés", complète Sofia Bouzidi.
Safety First a porté ses premiers fruits. En 2023, Heppner a réduit son accidentologie de 11 %, son taux de fréquence et de gravité de 7 % (en France). Le dispositif va désormais se déployer au sein des entités allemandes du groupe.