L'aciériste Ugitech compte créer l'usine Ugi'Ring en Savoie. En quoi consiste ce projet que vous présidez ?
Ugitech est un fabricant d’acier inoxydable basé à Ugine, en Savoie. Notre entreprise est une filiale du groupe de métallurgie suisse Swiss Steel (7 500 salariés, NDLR). 75 % de la matière entrante de l’acier que nous produisons provient du recyclage, tandis que 20 % à 25 % provient de ferroalliages et principalement de manganèse, chrome, molybdène et de nickel issus de l’extraction minière, située en dehors du Vieux Continent. Nous avons souhaité réduire notre dépendance à ces minerais étrangers. Nous sommes arrivés à la conclusion que nous pourrions produire nous-même ces ferroalliages en recyclant nos déchets d’oxyde métallique. C’est ainsi qu’est né notre projet de créer ici en France, à quelques kilomètres de l’usine d’Ugitech, une unité capable d’extraire les alliages métalliques nécessaires à la fabrication de l’acier.
Il s’agira donc d’un modèle d’économie circulaire ? Comment vous approvisionnerez vous ?
Une partie des métaux qui arrivera au sein de l’usine Ugi’Ring proviendra directement de notre process industriel. Le nickel sera ainsi issu de la revalorisation de l’oxyde métallique produit par notre site d’Ugine ainsi que de l’industrie de la petite électromobilité, du recyclage de batteries et des oxydes provenant du traitement chimique des métaux. Le ferromanganèse proviendra de la valorisation de piles alcalines tandis que l’oxyde de molybdène sera issu de ce qui est utilisé pour raffiner le pétrole et la chimie. Nous avons pour ce faire noué un partenariat avec le drômois Eurecat, afin de récupérer le molybdène contenu dans les catalyseurs. Tous les volumes qui seront valorisés au sein d’Ugi’Ring proviendront de France ou d’Europe. Ces alliages serviront ensuite directement à la production d’acier chez Ugitech.
Ce projet d’aciérie circulaire, vertueux pour la planète puisqu’il réduira les importations de ferroalliages a pourtant suscité des remous auprès de la population locale. Pourquoi ?
Nous avons racheté l’ancien site du spécialiste du silicium Ferropem, basé à La Léchère (Savoie) courant 2024 dans l’optique de le démanteler et de reconstruire ensuite notre usine de revalorisation des métaux. Un collectif local d’une centaine de personnes s’est opposé à notre projet car le site devrait être qualifié "Seveso seuil haut", du fait que nous allons devoir stocker de l’oxyde de nickel. Je tiens à préciser que les produits seront stockés dans des silos sur rétention et que ces silos seront dans des bâtiments fermés. Toutes les mesures d’environnement confirment par ailleurs les études initiales selon lesquelles notre site n’aura pas d’impact sur l’environnement. Nous avons d’ailleurs obtenu le feu vert de l’Etat et un arrêté d’exploitation de la préfecture, qui nous a permis de commencer la phase de démantèlement.
Quelle est la suite du calendrier ?
Nous sommes donc en train de démanteler l’ancien site de Ferropem, et devrions démarrer la phase de construction d’Ugi’Ring à l’automne prochain. Elle durera autour de 18 mois pour un démarrage industriel au premier trimestre 2027.
Quels volumes de production visez-vous ?
À terme, nous aimerions produire 17 000 à 20 000 tonnes de produits finis, qui seront réutilisés à 100 % par Ugitech.
Comment avez-vous financé le projet ?
Nous sommes en train de finaliser le financement du projet. Nous devrions recevoir 31 millions d'euros de fonds public (dont 1 million d’aides de la région Auvergne-Rhône-Alpes), aide qui sera conditionnée à notre capacité à investir ce qui était prévu. Au total, le projet devrait représenter un investissement de 90 millions d’euros, porté par Ugitech et d’autres investisseurs industriels.
Ugiring devrait aussi permettre de créer de l’emploi, bienvenu dans la vallée de la Maurienne après la fermeture de l’usine Ferropem. Combien de postes pourraient être créés ?
Sept personnes travaillent à temps plein sur le projet depuis quatre ans. Et à terme, le site de production devrait créer une centaine d’emplois directs à horizon 2030. Sachant que, dans l’industrie, un emploi direct entraîne la création de 7 emplois induits. Le projet pourrait donc entraîner la création de 1 000 emplois environ. Par ailleurs certains anciens salariés de Ferropem, licenciés au moment de la fermeture (220 salariés avaient perdu leur emploi) pourraient postuler pour travailler pour UgiRing.