"Notre croissance est limitée par les difficultés de recrutement"
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Jean Roussel dirigeant de Sunaero et vice-président d’Aerospace Cluster Auvergne-Rhône-Alpes "Notre croissance est limitée par les difficultés de recrutement"

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Spécialiste des solutions de maintenance rapide pour l’aéronautique, le lyonnais Sunaero n’est pas impacté par les difficultés que rencontrent certains acteurs du secteur, qui interviennent dans la fabrication des avions neufs. Cependant, le groupe qui vient de finaliser deux opérations de croissance externe, avoue que sa croissance est limitée par ses difficultés à recruter du personnel qualifié. Conséquence directe de l’aéronautique bashing des années Covid.

Jean Roussel, président de Sunaero et vice-président d’Aerospace Cluster Auvergne-Rhône-Alpes — Photo : DR

L’aéronautique est en plein boom et en même temps, certaines entreprises du secteur semble connaître des difficultés. Est-ce le cas de Sunaero ?

Non. L’aéronautique est composée, d’un côté, d’entreprises dites de "première monte" qui fabriquent des éléments neufs pour des avions et hélicoptères neufs, et de l’autre, d’entreprises qui travaillent en "aftermarket" sur tout ce qui concerne la maintenance et le rétrofit des avions existants. La partie entretien de cette flotte en service est fortement sollicitée et connaît des niveaux de croissance importants. Sunaero fait partie des acteurs de l’aftermarket. Historiquement, nous étions concepteur et fabricant de matériel pour la maintenance aéronautique, principalement pour la détection et la réparation des fuites sur les réservoirs de carburant. Depuis 2016, nous avons transité vers la prestation de services de maintenance rapide. Et aujourd’hui, c’est plus de 50 % de notre activité. Ce sont les acteurs de la "première monte" - pas tous mais certains bien identifiés - qui connaissent quelques difficultés.

Pour quelles raisons ?

Les raisons sont multiples. Le secteur de la première monte a souffert du Covid avec une baisse du trafic aérien, puis de la crise énergétique et de la hausse des prix des matières premières qui, au final, ont érodé leur rentabilité. À cela, il faut ajouter les PGE qui pèsent dans les bilans des entreprises. Depuis, le trafic aérien a repris, les commandes d’avions aussi mais cette reprise, l’augmentation des cadences, appellent du BFR. Et c’est là que le bât blesse. Certaines entreprises sont fragiles financièrement et n’arrivent pas à suivre le rythme. Elles sont aussi impactées par des problématiques de performance opérationnelle. Avec les années Covid, les entreprises du secteur ont perdu des compétences en interne (NDLR : avec les réductions d’effectifs de la filière, notamment des profils expérimentés). Résultat, pour faire la même chose qu’avant, il faut parfois plus de monde. Ce qui entraîne une hausse des coûts, une rentabilité qui s’effrite et en bout de chaîne une capacité limitée à faire des Capex (dépenses en capital, NDLR). C’est schizophrène ! L’aéronautique a un carnet de commandes inégalé, avec dix ans de production devant nous, mais des difficultés à répondre à la demande croissante.

Sunaero est spécialisé dans les solutions de maintenance rapide pour l’aéronautique — Photo : DR

Sunaero n’est pas impacté en bout de chaîne par tout ça ?

Non. Ce qui pourrait impacter un peu la maintenance et toute la partie Aftermarket, c’est une activité aérienne en retrait. Or ce n’est pas le cas. L’activité aérienne est supérieure à 2019. Les compagnies ne voyant pas les avions neufs arrivés, pour toutes les raisons que l’on vient d’évoquer, gardent donc les appareils un peu plus longtemps. Et donc investissent pour le confort des clients dans des reconfigurations de cabines, du wifi à bord. Ce qui appelle des modifications, de l’entretien et de la maintenance. Donc plus de boulot pour Sunaero qui vient d’ailleurs d’élargir son offre de services avec les acquisitions de deux sociétés clermontoises : RJ Aero (145 salariés ; 18 M€ de CA, NDLR), spécialiste de la réparation des structures métalliques et composites et Japa Aero Design (20 salariés ; 1 M€ de CA, NDLR) qui intervient sur le rétrofit des cabines. Avec ces deux acquisitions, nous triplons notre chiffre d’affaires (30 M€, NDLR) et passant de 80 à 230 salariés.

Qu’est-ce qui pourrait freiner votre développement ?

Les ressources humaines. Notre croissance est limitée par le recrutement. L’enjeu chez Sunaero c’est la sécurité et la sûreté des vols. Cela nécessite du personnel qualifié et donc des années de formation en amont. Or, on paie le désamour et l’aéronautique bashing des années Covid. Les promotions des formations se sont étiolées ses dernières années. Ajoutez à cela les départs de personnel pendant les années Covid et vous obtenez un déficit structurel en ressources humaines qui impacte la partie Aftermarket comme la première monte aussi. Chez Sunaero, hors acquisitions, on fait 20 % de croissance. On pourrait en faire une dizaine de pourcents de plus sans ce problème de recrutement. Aujourd’hui, si je pouvais trouver 30 personnes qualifiées de plus, je les prendrais.

Rhône Lyon # Aérien # Aéronautique et spatial # Fusion-acquisition # Ressources humaines