L’aéroport de Bordeaux accélère sa transformation. Si la fin de la navette vers Orly en 2023 a fait perdre 600 000 passagers et si le départ de Ryanair en 2024 n’a rien arrangé, l’établissement (détenu à 60 % par l’État) s’est depuis attelé à combler les vides. Il table toujours sur une "croissance raisonnée de 2 ou 3 % de son trafic" à long terme. "C’est la tendance. Une croissance de 10 % par an, ça n’existe plus", souligne Simon Dreschel, son directeur.
Un trafic qui évolue
Il a accueilli 5,9 millions de voyageurs en 2025. Un chiffre en deçà de celui de 2024 (6,5 millions de passagers) et encore plus loin du pic de trafic de 2019 (7,7 millions de passagers), que l’établissement espère retrouver en 2030 une fois ses gros chantiers arrivés à terme. Mais l’aéroport l’assure : sur les 22 lignes exclusives qui étaient exploitées par Ryanair, 15 ont été reprises. "Ce sont les lignes clé", assure Simon Dreschel.
38 nouvelles lignes ont été ouvertes en 2025, bien aidées par les développements de Transavia, Volotea (+ 50 % de sièges), l’arrivée de Wizz Air et ses ambitions sur l’Europe de l’Est ou la croissance des compagnies déjà implantées depuis longtemps comme Turkish Airlines (+ 50 %), KLM (+ 15 %), easyJet (+ 6 %) ou Air France (+ 2 %). Et cette dynamique se poursuit en 2026, qui verra l’arrivée sur le tarmac de Scandinavia Airlines cet été.
250 millions sur la table
Si la courbe du trafic de passagers baisse, celle des investissements grimpe. Plus de 25 millions d’euros ont été engagés en 2025, et ce sera largement plus du double (65 millions d’euros) cette année. Le tout fait partie d’un vaste plan d’investissements sur 5 ans, chiffré à 250 millions d’euros, un effort porté "sans argent public", insiste Simon Dreschel.
Si la réfection du terminal low-cost Billi, qui a nécessité plus de trois millions d’euros et huit mois de travaux, est terminée et que le calendrier des aménagements (accès wifi simplifié, rénovation des arrivées internationales, rénovation des escalators…) était déjà rempli l’an dernier, l’établissement entre dans le gros des travaux de sa modernisation en 2026.
L’opération de refonte des bâtiments chiffrée à 140 millions d’euros, installera un nouveau bâtiment central entre les deux halls déjà existants. Elle prévoit notamment d’installer un point d’entrée unique de 3 000 m2 et une nouvelle "place centrale" d’attente et de commerce de 5 000 m2. Au total, 21 000 m2 de nouveaux espaces nécessiteront la démolition de 11 000 m2 de bâtiments anciens, démolition qui doit démarrer en milieu d’année 2026. La livraison de ce vaste chantier est espérée pour fin 2028.
Décarbonation
Enfin, l’établissement poursuit ses efforts pour réduire de moitié son empreinte carbone d’ici à 2030. Ayant déjà réduit sa consommation d’énergie finale (électricité et gaz) de 19 % en 2025 par rapport à 2019, il compte sur le puits de captage géothermique installé l’an dernier pour couvrir 40 % de ses besoins annuels en chaleur (et 63 % en froid).
Le solaire sera aussi de la partie pour atteindre cet objectif : des ombrières seront installées sur 65 000 m2 de parking entre mars 2026 et mai 2027 et exploitées par le producteur d’énergie solaire parisien Photosol pour produire 12 à 13 GWh annuels censés alimenter le réseau local. L’aéroport installera aussi à horizon 2027 12 500 m2 d’ombrières pour ses propres besoins (jusqu’à 2,5 GWh par an).
Quant à l’empreinte carbone des avions, elle suit la ligne du règlement européen RefuelEU obligeant les fournisseurs de carburant à l’incorporation d’au moins 2 % de carburant durable (SAF) dans les avions. "Wizz Air s’est engagé à en prendre", révèle Simon Dreschel. 7 millions d’euros ont aussi été mis sur la table pour remplacer les groupes électrogènes thermiques alimentant les avions au sol par des prises électriques. L’empreinte restante sera avant tout une question… de trafic.