"Il n’est pas question pour nous de participer à la cacophonie, aux commentaires, aux indignations, à la stigmatisation des uns ou des autres. En cette rentrée, nous privilégions l’action. Nous sommes des "faiseux" et des taiseux et nous allons continuer de faire".
C’est en ces termes que le président de la CPME du Rhône (3 500 adhérents), Franck Morize, a lancé sa traditionnelle conférence de presse de rentrée, calée au lendemain de la chute du gouvernement de François Bayrou et la veille d’une journée "noire" de grève.
"L’industrie, c’est sûrement la solution"
Convaincu que l’avenir de la France "dépendra exclusivement de la capacité de nos entrepreneurs à continuer, malgré le contexte, à croire en leur avenir, à investir, à infléchir nos lendemains à coups de détermination", le président du syndicat patronal rhodanien a axé son discours sur la nécessaire réindustrialisation de la France.
"Voilà 50 ans que nous avons sacrifié deux valeurs qui conditionnaient notre productivité et la générosité de notre système : le travail et l’industrie […] L’industrie, c’est sûrement la solution pour notre cohésion sociale, l’aménagement de notre territoire et pour retrouver notre souveraineté et liberté".
Pour soutenir ce discours aux allures de feuille de route, Franck Morize s’est entouré de deux de ses adhérents "qui font et sont l’industrie" et qui "s’engagent sur notre territoire" : Fen Mi Qian, la présidente et fondatrice d’Avantelec, qui inaugurera le 25 septembre à Vénissieux la première usine en France et en Europe de production de batteries lithium pour drones et robots terrestres, et Thierry Regond, fondateur actif du groupe Sunaero, président du cluster Eden (Défense, Sécurité, Sûreté), et juge au tribunal de commerce.
"50 milliards d’euros de trop qui pèsent sur nos industriels"
Si le secteur de la Défense illustre et incarne à merveille les enjeux de souveraineté nationale et de réindustrialisation de la France, la CPME du Rhône n’entend pas rester sur de simples démonstrations. "On va essayer d’accompagner davantage nos PME et PMI dans tous les écosystèmes. Dès septembre, on va investir les "Territoires d’Industrie", on va embarquer nos industriels à Tarare au sein de la fabrique Ninkasi. On a aussi créé un club de l’industrie pour fédérer les énergies et on va se rapprocher des écoles car l’enjeu majeur de la réindustrialisation est plus que jamais dans la formation", détaille Franck Morize.
À ce travail de terrain, la CPME du Rhône entend adjoindre un travail de lobbying autour des traditionnelles questions de la durée du temps de travail (38 h contre 35 h actuellement), de l’âge de départ à la retraite ou encore de la question de la baisse des impôts de production. "Aujourd’hui, c’est 50 milliards d’euros de trop qui pèsent sur nos industriels", s’insurge le président de la CPME du Rhône. "Nos industriels seront notre priorité. On va signer le manifeste de l’industrie au salon Pollutec (du 14 au 17 octobre à Eurexpo Lyon, NDLR), on va se démener pour faire entendre une voix qui a été négligée pendant 40 ans, persuadés que l’on pouvait être un pays sans usine, sans cols-bleus".
Impliquer les patrons en politique
Dans cette optique, Franck Morize entend mobiliser ses adhérents pour "assumer une responsabilité nouvelle, d’ordre politique, au sens noble du terme : s’occuper de la chose publique". Ainsi, il entend inviter ces derniers "à siéger et s’impliquer partout, dans toutes les élections y compris dans les élections des collectivités territoriales et au plan national s’il devait y avoir dissolution", précise-t-il.
Après avoir l’an passé largement œuvré pour favoriser un dialogue social constructif, la CPME du Rhône entend donc cette année franchir un cap en faisant entendre directement sa voix dans les instances politiques. Un prérequis sans doute pour faire accepter plus facilement l’idée de "travailler plus" à l’avenir. "Si on travaille 3 heures supplémentaires par semaine, vous obtenez une création de richesse de 160 milliards d’euros dont 80 milliards entrent dans les caisses de l’État et les 80 milliards restant contribuent à l’augmentation légitime du niveau de vie de nos collaborateurs. C’est le combat que l’on va essayer de porter aujourd’hui", prévient Franck Morize.
Un programme pour sensibiliser les jeunes et leurs parents
Pour réindustrialiser et remettre la France au travail, la CPME du Rhône prévoit également de "sensibiliser les jeunes à la réalité de nos industries". Comment ? Via la mise en œuvre de son programme "Fair(e) l’industrie", lauréat de l’appel à projets lancé par la fondation Ilyse, qui œuvre pour la promotion de l’industrie dans le Rhône et dans la Loire.
"Il s’agit d’un jeu de cartes sur les métiers de l’industrie qui vise à sensibiliser les référents familiaux sur l’industrie d’aujourd’hui. 62 % de l’orientation en fin de troisième résulte du choix des parents. Il faut donc leur faire comprendre que l’industrie ce n’est pas Zola, que cela crée un impact positif sur la planète et de la souveraineté et de la liberté pour demain", conclut Franck Lebel, le secrétaire général de la CPME du Rhône.