Absence de budget, situation économique dégradée, "il y a une véritable inquiétude sur la partie économique", alerte Amir Reza-Tofighi. Fraîchement élu à la présidence de la CPME avec 65,4 % des voix, le PDG de Vitalliance a posé les premiers jalons de son mandat à la tête de l’organisation patronale.
Le budget doit soutenir les entreprises
S’il se dit un tant soit peu rassuré par les paroles du ministre de l’Économie et sur sa volonté de poursuivre la politique de l’offre et de soutien aux entreprises, il rappelle que le pays a besoin d’adopter un budget en urgence. "Un budget qui continue à soutenir le monde économique et les entreprises", précise-t-il. Le successeur de François Asselin prévient que, dans le cas contraire, "si le budget revient sur la politique de l’offre, dans un contexte économique où les entreprises sont en difficulté et où l’économie est en train de reculer, les prévisions pour 2025 seront encore pires".
""Il faut sortir du système où l’on accepte d’avoir des déficits permanents""
Amir Reza-Tofighi s’inquiète d’un budget qui serait "inflationniste sur les déficits". Il craint que le budget ne soit "le fruit de compromis politiques" et soit "un budget dangereux pour le pays qui va nous rapprocher un peu plus à chaque fois du précipice". Il invite en ce sens l’État à s’inspirer de ce que font les entreprises : "Il faut sortir du système où l’on accepte d’avoir des déficits permanents". Pour lui, il est indispensable de fixer des règles de "zéro déficit" et de trouver des solutions.
Même chose sur la réforme des retraites et le financement de la dépendance et du grand âge : "Si l’on veut avoir un régime qui tienne vraiment, il faut avoir une réflexion plus globale en se disant que plus aucun déficit n’est permis". Il profite du sujet pour stigmatiser la position de la France : "Alors que tous les pays alentours ont augmenté l’âge légal de départ à la retraite, la France est la seule à penser avoir trouvé la bonne solution qui serait de le baisser".
Opposé aux 7 heures supplémentaires par an
Pourtant, le nouveau président de la CPME balaie du revers de la main la proposition qui consiste à faire travailler les salariés 7 heures de plus par an gratuitement pour financer la dette : "Ce n’est pas un coût zéro pour les entreprises", eu égard aux cotisations supplémentaires qu’elles auraient à payer à l’État, insiste-t-il.
Le coût du travail reste évidemment une priorité du nouveau président de la CPME. Si Amir Reza-Tofighi rappelle que la CPME a accepté le compromis qui consistait à réduire les exonérations de charges sur les plus bas salaires et insiste sur la nécessité de revoir le système d’allègements de charges, il regrette que cette mesure ne soit "que budgétaire pour augmenter in fine le coût du travail".
Il met enfin en garde contre un nouvel "impôt déguisé" : la prime de partage de la valeur, "un mécanisme qui fonctionnait bien. On est en train indirectement de la réintroduire dans le calcul des allègements de charge". Ce qui va se traduire par "une hausse du taux de charge global des entreprises", prévient-il. "À la fin, on sait que ce sont les entreprises qui vont payer directement ou indirectement", assure-t-il.
Bureaucratie : faciliter la vie des entreprises
Évoquant enfin le vaste chantier de la simplification, un sujet qui "coûte zéro et rapporte de l’argent", il enjoint le gouvernement à adopter quelques mesures de bon sens. Et de citer en exemple le passage de seuils de 50 à 100 salariés. "Je garantis que cette mesure va créer de l’emploi et ne va pas diminuer le droit des salariés. Cela va permettre aux entreprises de retrouver un peu de souffle et de se développer". Sur le code du travail, le nouveau patron de la CPME appelle à plus de souplesse et à laisser chefs d’entreprise et salariés écrire leur contrat de travail et définir ensemble leurs propres règles.
"Le sujet de la transition environnementale est un vrai sujet d’échec d’une vision politique"
De manière générale, il invite les politiques à "libérer l’énergie sur le terrain au lieu de se demander comment taxer plus ou comment mettre plus de contraintes". Il encourage l’État à abandonner " le micro-management " et à faire davantage "confiance aux entreprises". "Le sujet de la transition environnementale est un vrai sujet d’échec d’une vision politique : si, dans nos entreprises, on gérait nos équipes comme l’État gère cette transition, on ferait tous faillite", assure-t-il. Pour lui, l’État a plutôt intérêt à fixer des objectifs environnementaux et à donner le devoir aux entreprises de trouver les moyens d’y parvenir, "sans leur demander de remplir 1 000 indicateurs".