Le groupe agroalimentaire cancalais Mytilimer (200 salariés, 65 M€ de CA), connu pour sa marque La Cancalaise et spécialisé dans la production de moules de Bouchot, a franchi une nouvelle étape dans son développement en inaugurant le 13 septembre dernier une nouvelle unité de production ultramoderne à Cancale, baptisé Kerbone. Fruit d’une réflexion initiée il y a dix ans par le fondateur du groupe, Charles Beaulieu, sa réalisation a nécessité 16 mois de travaux. Installée sur une parcelle de plus de 3 hectares et demi de terrain, l’infrastructure s’étend sur 6 500 m² de bâtiments.
L’ensemble de la chaîne de production des moules se trouve désormais sur un site unique, au côté de la conserverie (tartinades, soupes), de la fumaison et des produits frais élaborés. Le site se compose d’un bâtiment d’exploitation de 4 000 m² destiné à la production, de 1 500 m² d'espaces dédiés à l’emballage et l’expédition, ainsi que 1 000 m² de bureaux pour le nouveau siège social et les fonctions supports.
Un outil au service de la filière
Avec Kerbone, Mytilimer, qui gère chaque année 6 500 tonnes de moules fournies par 90 producteurs partenaires, entend conserver son leadership sur le marché des moules en barquettes et développer des produits élaborés innovants, dans une démarche RSE globale. "En centralisant ses activités, le groupe ambitionne de réduire ses flux logistiques (30 000 km non parcourus) et de rationaliser ses coûts, en divisant par dix la facture énergétique de l’ensemble de la filière", explique Christophe Le Bihan, directeur général.
"Notre objectif est d’avoir un bilan carbone le plus neutre possible sur l’ensemble de nos activités", complète Caroline Beaulieu, la présidente. Parallèlement, un important travail de R & D a été déployé afin de proposer des avancées significatives à l’ensemble des acteurs de la filière. "L’idée était de faire mieux avec moins, en optimisant la matière", précisent-ils.
Valorisation des moules hors-calibre
Un projet ambitieux qui se matérialise avec une innovation phare : l’atelier de valorisation des moules hors calibre par hydrolyse enzymatique, une technologie brevetée en 2018 par la PME, soutenue par le Programme d’Investissements d’Avenir de l’État et le Pôle Mer Bretagne Atlantique. Ce procédé permet de dissocier la chaire de la coquille des moules de moins de 4 cm. Résultats : les 20 à 25 % de récoltes perdues jusqu’à présent seront valorisées.
Des moules "hors calibres" transformées en jus concentrés, nécessaires dans la fabrication d’exhausteurs de goût pour l’alimentation humaine (les plats cuisinés à base de poissons et crustacés) et animal (les pâtés et croquettes pour chiens). Autre format, de la poudre de coquille qui servira à créer de nouveaux éco-matériaux pour le secteur du bâtiment et celui de la cosmétique. Au total, 1 500 tonnes de moules seront ainsi remises dans le circuit. "Les hors calibres sont un vrai sujet pour la profession. Les mytiliculteurs œuvrent depuis longtemps afin de résoudre le problème", insiste Christophe Le Bihan.
"Notre objectif pour les deux prochaines années est de trouver d’autres coquillages à valoriser en dehors de la saison des moules. Un partenariat avec une usine irlandaise est actuellement étudié", poursuit-il. Kerbone permet également d’innover dans de nouvelles gammes de produits commercialisées au rayon frais : des cocottes de moules cuisinées, prêtes à être réchauffées, qui rencontrent déjà un franc succès auprès des consommateurs. "Nos prévisions tablaient sur 1 million de nouveaux produits. Au bout de deux mois de commercialisation, ce chiffre est multiplié par deux", s’enthousiasme-t-il.
Un projet à 24 millions d’euros
Le coût total du projet s’élève à 24 millions d’euros dont 15 millions en immobilier (terrain et bâtiments) et 9 millions en équipement. Le projet immobilier est porté par BreizhImmo, un dispositif de portage immobilier créé par la Région Bretagne pour soutenir les entreprises, et la Banque des Territoires. Kerbone compte ainsi trois investisseurs réunis au sein d’une SCI : BreizhImmo (1,8 M€), la Banque des Territoires (1,2 M€) et Mytilimer (340 000 €).
Au total, 3,4 millions d’euros d’investissement ont permis de lever 11,6 millions d’euros de prêts bancaires. Dans cette organisation, le groupe Mytilimer est, dans un premier temps, locataire-exploitant des lieux avant d’en devenir progressivement propriétaire. Sous l’impulsion de la Région, le projet a également bénéficié des fonds européens destinés à la filière pêche (2 M€).
Avec Kerbone, l’entreprise cancalaise espère créer 80 emplois d’ici cinq ans.