À quelques encablures du centre historique de Grasse, la maison Molinard s'impose comme une véritable institution, et revendique une histoire intimement liée à celle de la Ville des Parfums. Une filiation qui sonne comme une évidence pour ce parfumeur qui célèbre cette année ses 160 ans d'existence et lance, pour l'occasion, une nouvelle fragrance, intitulée "160". Fondée en 1849 par Hyacinthe Molinard, Molinard Jeune est alors une petite boutique de parfums. On y fabriquait des eaux parfumées utilisant les fleurs locales, comme la rose, le jasmin ou encore la tubéreuse. En 1851, Molinard Jeune change de propriétaire, devient Molinard et entre dans le giron de la société Bénard & Honnora qui chapeaute depuis 1832 l'entreprise de production de matières premières aromatiques Méro & Boyveau. À la tête de ce groupe, Albert Sittler, arrière-grand-père de Jean-Pierre Lerouge Bénard, actuel président de l'entreprise. Ce changement de main constitue le premier des nombreux tournants qui jalonneront le chemin de Molinard. «Cette intégration a donné un environnement professionnel, commercial et industriel à cette petite boutique» qui en 1920 déménage dans 3.000m² de locaux, toujours à Grasse, «accueillant en son sein un salon de vente, un musée provençal et une usine de production» raconte Jean-Pierre Lerouge Bénard. Nous sommes dans les années 20, et Grasse, devenue une station touristique de renommée internationale, draine une clientèle de plus en plus nombreuse.
Le «miracle» Habanita
C'est à la même période que Molinard entame son deuxième virage stratégique. En 1921, le parfumeur lance Habanita, un parfum qui a fait et continue de faire la réputation de l'entreprise. «Habanita est le fruit d'une erreur de formule. Une erreur miraculeuse puisque cette fragrance a fait de Molinard un vrai parfumeur, à l'instar des parfumeurs parisiens», reprend le dirigeant. La société prend de l'envergure. Elle, qui destinait jusqu'à présent sa petite production locale au commerce touristique, rayonne hors des frontières régionales, puis nationales. L'entreprise se divise en 3 branches, s'adjoint un réseau de distributeurs et fait ses premiers pas à l'export. Une activité qui représente aujourd'hui près de 20% de son CA.
Consolider la Maison
Arrive 1983. La société Bénard et Honnora est cédée à Sanofi. «Nos associés voulaient vendre» regrette notre interlocuteur. La famille Bénard laisse filer Méro & Boyveau, mais rachète la totalité des parts de Molinard. Jean-Pierre Lerouge Bénard fonde alors le groupe GLB, qui se consacre depuis au développement de la marque Molinard. «J'ai toujours été effrayé par le client unique. Une maison qui repose sur un seul pilotis n'est pas viable, or Molinard ne vivait que sur Habanita.» Le dirigeant cherche donc à «construire de nouveaux pilotis». D'un côté, l'homme développe d'autres gammes de parfums, se diversifie dans le bien-être avec l'aromathérapie et crée une ligne d'intérieur. Il s'attelle également à rajeunir sa clientèle avec des produits adaptés à cette nouvelle cible et reconsolide Habanita, en créant des cosmétiques inspirés du célèbre jus. Il ouvre enfin 2 boutiques Molinard, à Nice en 2003, à Lille en 2008. De l'autre, l'entrepreneur modernise la visite du musée en la rendant plus interactive, afin de consolider une activité qui génère chaque année plus de 2M€. «Si la fréquentation touristique a tendance à baisser depuis la crise, le panier moyen augmente pour se fixer autour de 45 à 50€.» Quant à l'avenir, même si le dirigeant admet «attendre la fin de la crise» pour lancer de nouveaux projets, il évoque le développement de l'activité export, la recherche «de branches complémentaires toujours dans le bien-être» et arrête là les confidences...
Un parfum inédit, une journée portes ouvertes, une nouvelle campagne de communication... Cette année, le parfumeur s'organise pour célébrer les 160ans de la maison Molinard. L'occasion de faire le point sur l'histoire de cette société grassoise, véritable figure locale.