Il y a quelques années encore, la bourgeoisie lilloise y venait juste à l'heure du thé et repartait avec une boîte de chocolats ou de la fameuse gaufre maison estampillée Meert sous le bras. Désormais, à ses côtés, les milieux économiques, politiques et culturels s'y pressent aussi pour le déjeuner, un brunch, une réunion de travail, un séminaire d'entreprise ou tout simplement pour réseauter. À deux pas de la grand-place, la célèbre adresse du Vieux-Lille attire et rayonne. Il faut dire qu'on oublie que la maison Meert (prononcer «Merte») est aussi une entreprise, en l'occurrence de 70salariés qui réalisent quelque sept millions d'euros de chiffre d'affaires! Un souvenir à rapporter lors d'un séjour à Lille? Un présent à offrir? On repart souvent de Lille avec ses gaufres fourrées à la vanille de Madagascar.
Emblème culinaire de Lille
Comme Aix a ses calissons ou Bordeaux ses cannelés, Lille a ses gaufres, sans doute moins connues mais ça commence à changer. Le général De Gaulle s'en délectait. «C'est le seul emblème culinaire typique de Lille», s'enorgueillit aujourd'hui Thierry Landron. Âgé de 49ans, c'est ce dynamique président du club de water-polo lillois, souriant mais redoutable homme d'affaires qui a donné sa nouvelle dimension à l'entreprise Meert. Cet homme de chiffres, passionné de voyages, qui a longtemps travaillé à Fiduciaire du Nord (devenue KPMG) sans jamais passer son mémoire d'expert-comptable «au grand dam» de ses pairs, a flairé la bonne affaire dans le sens noble du terme, lors de son rachat en juin1996. La vieille dame était alors quelque peu endormie. Il a réveillé Meert pour en faire un fleuron économique du Nord - Pas-de-Calais à la stature internationale. Depuis son rachat, il a investi près d'1,5million d'euros dans la maison. Le succès est au rendez-vous, sans aucun réseau, même si Thierry Landron les connaît tous. Convaincu que la croissance passe par l'export de cette marque forte, symbole de la gastronomie et du luxe à la française, il multiplie les touches dans le monde et à Paris. Lille 2004 lui a offert un formidable «tremplin» et il ne remerciera jamais assez Martine Aubry, sa meilleure ambassadrice qui l'a emmené jusqu'à Shanghai avec Lille 3000. Thierry Landron y a implanté un salon «éphéMeert».
Paris, relais de croissance
Moins éphémère, sa boutique parisienne ouverte en 2010 dans le quartier du Marais aura bientôt une petite soeur, en 2012 ou au plus tard 2013 en fonction des opportunités immobilières. L'emplacement, toujours l'emplacement! Pourquoi pas d'ailleurs avec un salon de thé, le succès étant au rendez-vous dans la capitale où Meert a réalisé un premier chiffre d'affaires de 500.000euros. De même Thierry Landron n'exclut pas des implantations dans des capitales européennes, à Londres «en priorité», mais aussi à Bruxelles...
250ans d'histoire
Au fil de son histoire vieille de 250ans, la pâtisserie-chocolaterie a muté en salon de thé, traiteur, puis récemment en restaurant, qui ouvrira bientôt aussi le soir. Un autre défi de Thierry Landron. Réussi. Il enregistre des taux de croissance de+25% dans la restauration. Ses années de succès post-2004 lui ont permis d'investir et surtout de racheter ses murs en 2006. Élément clé.
Virage réussi en 2006
2006, «une date mythique». Meert sort alors de son adresse historique - une première expérience dans la galerie marchande de Fâches-Thusmenil inappropriée lui a coûté cher-. En 2006, l'entreprise fait le salon du chocolat à Paris avec le géant de l'amidon Roquette, son «grand frère» pour qui elle conçoit un chocolat sans sucre. «Nous avons alors compris comment faire pour transporter notre image», analyse Thierry Landron qui ne s'en prive plus. Un an après, Meert qui a ouvert son restaurant lillois après une tentative réussie en 2002 au musée de La Piscine à Roubaix, installe un corner au Printemps.
Cap sur les dix millions Dans cette diversification, la gaufre porte encore 50% des ventes en boutique. Copié par les meilleurs pâtissiers, c'est le produit phare. «Et on l'entretient!», sourit Thierry Landron. Toute la production (500.000gaufres par an), qu'il a mécanisée pour l'optimiser, se fait à Lille et mobilise 12 des 70salariés. Ils n'étaient qu'une quinzaine à la reprise, pour quatre millions de francs. Aujourd'hui, Meert pèse sept millions d'euros et vise le cap des dix millions. «Nous avons fait fois dix en dix ans», se félicite son boss qui mise aussi sur le web. Il vient d'embaucher un homme de l'art: Philippe Maquet, créateur du site cadeaugateau.com.
Géry Bertrande
Devenue un groupe de stature internationale, Meert prépare à Paris sa deuxième implantation. Son repreneur Thierry Landron a trouvé la recette du succès et de la prospérité.