L’État octroie son soutien financier à sept nouveaux projets industriels dans le secteur de la santé. Objectif de ces aides financières : reconquérir la souveraineté sanitaire tricolore en augmentant les capacités de production de médicaments du pays. Le défi est immense : 40 % des médicaments consommés dans l’Union européenne proviennent de pays tiers, estime un rapport sénatorial d’octobre 2022. Et entre 60 et 80 % des principes actifs pharmaceutiques sont produits en Chine et en Inde, selon une étude de PWC datant de 2021.
Le cap a été fixé par Emmanuel Macron au printemps 2023. Il s’agit de sécuriser la production de 450 médicaments jugés "essentiels" (comme le paracétamol, l’amoxicilline ou l’insuline), en accompagnant financièrement les projets industriels visant à relocaliser ou accroître les productions de médicaments. Dans le cadre de France 2030, les sept projets que vient de retenir l’État vont ainsi se partager la somme de 50 millions d’euros avec sept autres projets sélectionnés en 2023 (EuroApi pour la production de morphine ou les laboratoires lyonnais Aguettant pour des médicaments en cardiologie et en anesthésie réanimation).
Un groupe italien investit massivement à Angers
En montant d’investissement, le principal projet soutenu par l’État se situe à Avrillé, près d’Angers (Maine-et-Loire). Le groupe italien Zambon prévoit d’investir 48,7 millions d’euros dans son usine Zach System. Il s’agit en fait d’une partie d’un investissement plus vaste (86 millions d’euros), annoncé au printemps dernier lors de la manifestation Choose France. Le fabricant de médicaments génériques et à façon va ainsi accroître ses capacités de production de principes actifs et d’excipients pharmaceutiques. Le projet devrait générer 90 créations de postes au sein du site angevin qui emploie 230 collaborateurs.
Le paracétamol avec Ipsophene à Toulouse et Benta à Lyon
Alors que la polémique a fait rage sur la vente de la filiale de Sanofi Opella qui produit notamment le Doliprane au fonds américain CD & R, le gouvernement s’engage pour favoriser la production du paracétamol en France. Il va ainsi soutenir financièrement le projet occitan d’Ipsophene. Fondée en 2021, cette société est en train de construire à Toulouse une usine pour produire le principe actif du paracétamol. La jeune pousse présidée par Jean Boher devrait démarrer sa production en fin d’année. Avec une production annuelle de 3 400 tonnes, Ipsophene devrait être en mesure de répondre à 38 % de la consommation française et 7 % de celle de l’Union européenne.
Le laboratoire pharmaceutique et sous-traitant Benta Lyon (120 salariés) projette aussi de renforcer la production tricolore de paracétamol. Il compte produire du Paracetamol Oral Suspension Pédiatrique, afin de limiter les ruptures d’approvisionnement sur ce médicament à destination des enfants. Pour cela, Benta investit un million d’euros dans son site de Saint-Genis-Laval, dans l’agglomération lyonnaise. Le projet sera financièrement accompagné par l’État français.
Delpharm va investir dans la lutte contre le cancer à Lille
Dans le Nord, le projet du groupe francilien Delpharm (6 500 salariés) a aussi été retenu. Venant d’inaugurer une ligne de conditionnement pour les corticoïdes à Lys-lez-Lannoy, dans l’agglomération lilloise, le sous-traitant pharmaceutique s’apprête à investir 13,7 millions d’euros dans cette usine qui emploie 390 salariés pour augmenter ses capacités de production en oncologie. "Les traitements contre les cancers représentent 4 à 5 % de notre chiffre d’affaires. Notre objectif est d’augmenter cette part à 20 ou 30 % dans les années à venir", nous expliquait en novembre dernier Stéphane Lepeu, directeur général délégué de Delpharm.
Le groupe bénéficie aussi du soutien financier de l’État pour son investissement de 6,2 millions d’euros dans son site de Chambray-lès-Tours, en Indre-et-Loire. Le projet vise à renforcer les capacités de production d’ampoules aseptiques et post-stérilisées.
NextPharma traite les crises d’épilepsie dans les Yvelines
Autre projet soutenu : le sous-traitant pharmaceutique anglais NextPharma (2 400 salariés) va injecter 8,8 millions d’euros à Limay, dans les Yvelines. Cet investissement va notamment permettre de créer une nouvelle zone pour la production du Lévétiracétam, un médicament utilisé pour traiter les crises d’épilepsie.
Une nouvelle usine pour AdhexPharma à Dijon
Enfin, l’État soutient le projet d’AdhexPharma. Cette entreprise pharmaceutique parisienne (200 salariés) projette de construire à Chenôve, dans la banlieue de Dijon, un bâtiment de 8 000 mètres carrés pour renforcer ses capacités de production de patchs et de films oraux. La nouvelle unité de la PME présidée par Roland de la Brosse devrait se traduire par la création de 60 emplois. Attendue pour la fin de cette année, la nouvelle usine va mobiliser la somme de 24 millions d’euros.