Participer à relocalisation de la production de la filière médicament en France et en Auvergne-Rhône-Alpes en particulier, c’est le credo de Benta Lyon. Après avoir relocalisé en avril 2024 la fabrication de paracétamol 500 mg (une molécule sous tension en France) et réintroduit l’amoxiciline sur le marché en 2025, le fabricant de génériques (10 % de l’activité) et sous-traitant des multinationales de la pharma et laboratoires de taille intermédiaire (Sanofi, Biogaran, Sequens, Arrow, etc.) franchit une nouvelle étape dans sa volonté de se positionner comme un acteur de référence de la souveraineté sanitaire et industrielle française.
Renaissance d’un médicament abandonné
Implantée à Saint-Genis-Laval, près de Lyon, au cœur de l’ex-usine Famar, qu’elle a repris à la barre du tribunal de commerce à l’été 2020, en plein Covid (Famar était le dernier fabricant en Europe de la Nivaquine qui entre dans la composition de la Chloroquine), la filiale française du laboratoire libanais Benta a profité de la visite, le 5 février, de Laurent Wauquiez, président du groupe LR-DVD-SC et apparentés de la Région et conseiller spécial de la Région, pour présenter sa nouvelle ligne dédiée à la production de Locatim.
Utilisé pour réduire la mortalité chez les veaux nouveau-nés, ce médicament — actuellement en rupture de stock — risquait de disparaître du marché. Mais le laboratoire vétérinaire lyonnais Melchior Santé Animale (12 salariés ; 5 M€ de CA) a décidé il y a un an et demi de racheter la formule, la ligne de production, le nom de marque et l’autorisation de mise sur le marché à son fabricant Suisse, qui ne souhaitait pas poursuivre la production. La jeune entreprise, créée en 2021 par Franck Dairin, vétérinaire et ancien cadre dirigeant de Merial, s’est ensuite rapprochée de Benta Lyon pour relocaliser la fabrication du Locatim, un concentré d’anticorps à base de colostrum bovin, utilisé pour prévenir les diarrhées néonatales chez les veaux. "Le fabricant suisse allait abandonner la production alors que ce médicament rend bien des services aux éleveurs et est vendu partout dans le monde", explique Franck Dairin, qui s’est fixée pour mission de redonner vie aux médicaments vétérinaires abandonnés par les grands laboratoires pharmaceutiques.
5 millions d’euros pour relocaliser la production
Moyennant un investissement conjoint de 5 millions d’euros, Benta Lyon et Melchior Santé Animale ont décidé de faire renaître le Locatim en Auvergne-Rhône-Alpes en construisant une unité de production de formes stériles qui devrait dans les prochains mois être en mesure de relancer sa fabrication. "Les qualifications (phases réglementaires et juridiques avant la mise sur le marché d’un médicament, NDLR) démarrent en mars, on espère être en mesure de commencer la production à l’été", précise Damien Parisien, le directeur général de Benta Lyon.
De son côté, Franck Dairin planche sur la question de l’approvisionnement en colostrum bovin, la matière première du Locatim. "Jusqu’ici ce colostrum était collecté en Suisse. J’ai racheté le stock pour assurer les deux premières années mais l’objectif c’est désormais de relocaliser cette filière d’approvisionnement en Auvergne-Rhône-Alpes en allant collecter ce premier lait que la mère donne au veau après la naissance directement dans les élevages de la région", explique le fondateur et dirigeant de Melchior Santé Animale.
Une filière d’approvisionnement à bâtir
Pour relocaliser cette filière d’approvisionnement, Melchior Santé Animale va s’attacher dans les mois qui viennent à "sélectionner des bovins, les faire vacciner avec un suivi sanitaire spécifique pour collecter ce colostrum immédiatement après la naissance, le congeler pour préserver sa qualité pour ensuite le récupérer et le concentrer pour produire le Locatim", développe Franck Dairin.
Dans un premier temps, Melchior Santé Animale s’est fixé pour objectif de collecter 10 000 bovins "pour assurer les besoins actuels et doubler ce nombre dans les trois à cinq ans", précise le dirigeant. Et d’ajouter : "Nous avons développé une application pour le suivi sanitaire. Cette application est prête, on va démarrer une phase de test auprès de 150 fermes en Tarentaise (Savoie) et dans le Cantal". Pour la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le projet porté par Melchior Santé Animale est donc majeur puisqu’il s’agit de relocaliser toute une chaîne de production, y compris l’approvisionnement en matière première, en y associant la filière agricole.
Une nouvelle activité et un potentiel de développement énorme
Pour Benta Lyon, le projet est aussi majeur dans la mesure où ce contrat de manufacturing avec Melchior Santé Animale marque une nouvelle étape dans son développement. Outre l’entrée sur le marché vétérinaire, Benta Lyon fait aussi son entrée sur le marché des médicaments stériles. "Jusqu’ici, on fabriquait des médicaments sous forme sèche, pâteuse ou liquide mais uniquement non stériles. Le stérile manquait à notre palette galénique. Cette nouvelle activité va nous amener à travailler en sous-traitance pour d’autres clients", espère Damien Parisien. De quoi nourrir de belles perspectives de croissance pour la PME de 132 salariés (117 à la reprise en 2020) qui vient de lancer une vingtaine de recrutements et prévoit de doubler son chiffre d’affaires pour atteindre 26 millions d’euros en 2026.
Pour y parvenir, Benta Lyon mise sur le développement de ses activités de sous-traitance. La PME, qui a investi 12 millions d’euros entre 2022 et 2025 (dont 2,3 millions de subventions de la Région et Bpifrance au titre du programme Territoires d’Industrie) pour rénover un certain nombre de bâtiments du site de 16 hectares de Famar et se doter de nouveaux équipements (géluleuse, ligne de conditionnement, etc.), n’utilise pour l’instant que 10 % de ses capacités industrielles installées.
"Sur les formes sèches notre capacité installée, c’est 5 milliards de comprimés et 250 millions de boîtes par an. L’équivalent du volume annuel de Biogaran. Nous sommes donc en capacité d’apporter une réponse aux tensions d’approvisionnement sur le marché français", argumente Damien Parisien, qui mise aussi sur le développement de son portefeuille de médicaments génériques.
60 médicaments génériques en 2028
Après le paracétamol 500 mg, le groupe lyonnais va lancer prochainement la version 1 g et planche aussi sur une version pédiatrique. "À horizon 2028, l’objectif est d’arriver à 60 médicaments génériques en portefeuille (contre une dizaine aujourd’hui, NDLR)", annonce le directeur général de Benta Lyon. Des médicaments qui sont, pour l’heure, distribués dans 500 officines en France.