À l’approche des élections municipales, quelle demande prioritaire auriez-vous à formuler auprès des villes et des agglomérations pour favoriser votre activité ?
Nous souhaiterions être consultés lors des décisions d’augmentation des taxes et des différents impôts, que l’on puisse interagir et que l’on cesse de subir ces impôts. J’ai le souvenir, pour l’avoir subi au sein de mon entreprise, d’un courrier de la municipalité imposant une taxe sur les enseignes. Quand on reçoit ce type de courrier sans explication préalable, c’est toujours désagréable. Tout comme les taxes sur les ordures ménagères et les taxes foncières sur les propriétés bâties, ça pèse sur les entreprises. Or, la problématique majeure des municipalités demeure la capacité à attirer des entreprises au sein de leur territoire et l’obstacle le plus important pour cela, c’est le foncier. Il serait donc souhaitable que les municipalités facilitent l’installation des entreprises.
Le foncier est-il suffisamment disponible et abordable dans les villes de l’Eure ?
C’est assez contrasté. La zone de Val-de-Reuil est plus à même de recevoir des entreprises avec des parcelles de terrain intéressantes. Sur des territoires qui ont déjà connu une industrialisation, il y a des problématiques de défrichement, de démolition et de traitements dus à des pollutions à envisager. La préfecture est très sensible à ce sujet car c’est une réserve de foncier, lequel reste cher en raison des travaux préalables à mener avant toute nouvelle installation. Cela ne relève sans doute pas seulement des municipalités, mais aussi de l’État. C’est un sujet particulièrement important parce que ça permet de renouveler le foncier, de réindustrialiser les zones qui ont dépéri et de créer des emplois.
La mobilité est-elle au rendez-vous ?
C’est encore un aspect que les municipalités devraient faciliter. La façon dont les gens sont amenés à se déplacer change de façon importante. Les transports en commun ne desservent pas toujours les zones où les entreprises sont implantées. C’est à nous de sensibiliser les candidats aux élections à ce sujet.
L’offre de logements permet-elle de répondre à la demande ?
Pour que nos salariés puissent se loger facilement, il faut construire des logements, ce qui n’est pas le cas actuellement : à l’échelle nationale, on doit construire 400 000 logements par an et on en est à moins de 200 000 pour l’année 2025, ce qui ne peut pas combler les besoins. Le Premier Ministre a signé, il y a une quinzaine de jours, un accord (le plan "Relance Logement", qui vise à construire 2 millions de logements d’ici 2030 NDLR) pour relancer la construction. Mais on a perdu beaucoup de temps et, le temps que ces décisions se mettent en route, c’est de l’emploi qui n’est pas créé.
Est-ce un des leviers qui pourrait faciliter le recrutement ?
Une offre d’hébergement en bon état contribue à attirer des salariés. Parce que, dans toutes les entreprises, le recrutement est le sujet. En ce sens, nous avons besoin de filières d’éducation et de formations dans nos territoires, de sorte que les jeunes restent dans la zone où ils ont été formés. D’autant plus que la baisse des aides aux entreprises ne facilite pas le remplissage de nos centres de formation. Et nous avons aussi besoin de visibilité, ce qui n’est pas le cas non plus actuellement et ce manque de vision à plus ou moins long terme n’encourage pas les chefs d’entreprise à former.
Hormis les formations généralistes, les entreprises ont aussi besoin de formations de pointe, parce que des métiers de niche le nécessitent, notamment dans les secteurs de la plasturgie, la pharmaceutique ou encore en métallurgie. C’est la petite flamme qui pourrait redonner un peu d’envie aux jeunes.
La sécurité vous semble-t-elle négligée ?
Il serait effectivement souhaitable d’avoir une concertation avec les pouvoirs publics à ce sujet, car la nuit ou le week-end, les zones industrielles sont désertées. Ce serait bénéfique pour l’installation et l’activité des entreprises. Tout comme la revitalisation des commerces des centres-villes influe sur l’attractivité des villes et, donc, sur la capacité de ces villes à maintenir leur population. C’est tout un cercle vertueux.