La moitié des 200 dirigeants d’entreprises à capitaux étrangers interrogés par EY considèrent que l’attractivité de la France s’est dégradée depuis six mois. Un résultat qui n’étonne pas Marc Lhermitte, associé chez EY responsable du conseil sur l’attractivité. "Depuis sept ou huit ans, il y a une forme de constance française quant aux engagements et paris tenus, qui ont permis de bâtir la confiance", souligne l’expert. Une confiance bousculée ces derniers mois.
49 % des dirigeants ont réduit ou reporté leurs investissements
Les entretiens conduits en octobre, montrent que les dirigeants sont dans une forme d’attentisme quant à la situation politique française. 49 % ont pris la décision de réduire ou de reporter leurs investissements à la suite de la dissolution. 84 % de leurs décisions d’investissement ont été reportées, au mieux, à 2025. Selon l’étude, aucun n’est cependant allé jusqu’à l’annulation. "Depuis le mois de juin, les entreprises savent que les règles fiscales peuvent changer. Elles ont du mal à trouver les interlocuteurs publics, ce qui explique cette humeur attentiste", décrypte Marc Lhermitte. Elles sont néanmoins 57 % à considérer que l’attractivité de la France pourrait s’améliorer dans les 12 prochains mois.
Cinq points clés pour relancer leurs investissements
Quelles mesures les entreprises attendent-elles pour impulser de nouveau des investissements ? Selon l’enquête d’EY, cinq critères priment : la clarté et l’ampleur mesurée des nouvelles règles fiscales, l’effort du gouvernement sur la réduction de la dépense publique, le soutien à la réindustrialisation et aux grandes filières stratégiques, l’aide aux PME et l’ambition écologique.
"Les dirigeants demandent que l’effort de réduction de la dépense publique soit une priorité du budget 2025"
La dépense publique et l’ambition écologique sont les deux sujets nouveaux qui ont émergé de cette étude. "La gestion des fonds publics de la France pose davantage problème aujourd’hui. Les dirigeants demandent que l’effort de réduction de la dépense publique soit une priorité du budget 2025", relève Marc Lhermitte, d’une part. D’autre part, "la décarbonation est un sujet coûteux qui préoccupe les entreprises. Elles espèrent que la France va maintenir ses objectifs".
Sur la fiscalité, les dirigeants sont prêts à voir une augmentation des taxes, à condition qu’elle soit mesurée et clairement définie dans le temps par le gouvernement Barnier. Ils sont unanimes quant au soutien du crédit impôt recherche (CIR), "un emblème auquel ils tiennent particulièrement", note l’associé EY. Les dirigeants attendent enfin un soutien particulier des PME, ébranlées par les fermetures en cascade dans les filières automobiles ou de distribution, avec les difficultés de Casino ou d’Auchan.
Les entreprises votent Europe
Dans la lignée du rapport Draghi publié à la fin de l’été, très bien perçu par les entreprises, celles-ci attendent des pays européens de marcher davantage ensemble. Elles souhaitent voir se développer davantage les synergies, notamment sur le plan industriel et des technologies de rupture. Les projets ne sont plus à penser sur une échelle nationale, mais bien européenne.