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Medef, économistes et chefs d’entreprise lancent leur "Front économique"
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Medef, économistes et chefs d’entreprise lancent leur "Front économique"

Annoncée lors de ses universités d’été fin août, l’organisation patronale a lancé officiellement le Front économique, un collectif constitué de chefs d’entreprise et d’économistes "de premier plan". Avec un double objectif : mieux faire comprendre la réalité du monde de l’entreprise et éclairer les décideurs politiques.

Patrick Martin, le président du Medef, copréside le "Front économique" — Photo : Gilles Cayuela

Alors que le nouveau gouvernement s’apprête à remettre en cause la politique de l’offre et à rebalayer les cartes en matière de fiscalité, le Medef veut faire entendre la voix des chefs d’entreprise et les faire peser dans le débat politique. Des voix qui seront portées par le "Front économique", collectif indépendant lancé par le Medef. L’objectif avait été énoncé lors de la REF fin août : imposer le prima de l’économie dans le débat public.

Lutter contre "l’analphabétisme économique"

"Le foisonnement d’idées et de propositions ne signifie en aucun cas une mainmise du Medef sur les travaux que nous entendons restituer", a insisté le président de l’organisation patronale Patrick Martin. Constatant "beaucoup d’analphabétisme économique, même parmi les politiques", Philippe Aghion, professeur au Collège de France et à l’Insead, qui copréside ce Front économique aux côtés de Patrick Martin, souhaite nourrir et éclairer le débat public.

Regrettant que ce dernier ait été pauvre pendant la campagne européenne ou des législatives anticipées et trop empreint d’idéologie sur les sujets économiques, le Medef souhaite élargir le débat et le projeter "sur des horizons plus lointains", sans s’exonérer de sujets fondamentaux. "Il nous faut plus de rationalité", "plus d’objectivité, et plus de diversité pour alimenter ce débat public", assure Patrick Martin. Le président du Medef souligne notamment dans les débats le manque d’occurrence des termes "compétitivité", "innovation", "création de richesses" au profit du sacro-saint "pouvoir d’achat"…

Économistes de renom

D’ici l’été prochain, le Front économique va fournir une vision économique pour le pays et arrêter une feuille de route avec des diagnostics et des propositions. Au programme, sept task forces coprésidées par un économiste et un chef d’entreprise qui se réuniront une fois par mois sur des thématiques diverses allant de "produire et innover", "travailler et rémunérer", à "développer les entreprises", "recentrer l’action publique", en passant par "investir et décarboner", "réussir", et "échanger".

Au total, une centaine de contributeurs de profils divers, partageant tous une vision pro-business de l’économie, composeront ce nouvel organe. Des personnalités du monde de l’entreprise et économistes de renom tels que Alexandra Roulet de l’Insead, Xavier Jaravel (London School of Economics), Pierre-André de Chalendar, président de Saint-Gobain et de l’Institut de l’entreprise ou Denis Machuel, président du groupe Adecco, et des think tanks – Rexecode, Instistut Sapiens ou encore la Fabrique de l’industrie.

Manque criant d’écosystèmes

Philippe Aghion a mis en exergue la nécessité d’avoir une "économie dynamique" et de "stimuler l’innovation", grâce à une foultitude d’écosystèmes, à l’image de ce qui se fait outre-Atlantique et dont la France ne s’est pas encore dotée. "Il faut des outils que les Américains ont beaucoup plus développés que nous, tel qu’un écosystème de recherche fondamentale", "un écosystème financier de l’innovation" ou encore des "instruments de politique industrielle".

De même, s’il soutient la taxe carbone instaurée en France pour la transition énergétique, Philippe Aghion appelle de ses vœux à une politique industrielle verte pour financer la transition écologique, à l’image de l’Inflation Reduction Act (IRA) mis en place aux États-Unis. Pour l’heure, il met en garde contre "l’écart du PIB par tête qui s’est creusé entre l’Europe et les États-Unis à nouveau depuis le milieu des années 1990", et l’écart en termes technologiques.

Une France pas assez high-tech

Le coprésident du Front économique constate que le pays ne dispose pas des instruments nécessaires pour pouvoir générer de l’innovation de rupture. Il regrette que la France soit "trop dans le mid-tech et pas assez dans le high-tech".

Appelant à "doper l’activité" du pays, le président du Medef souhaite "réunir les conditions fondamentales de la réussite économique". Pour cela, il veut identifier "les voies et les moyens qui permettront à notre pays de réussir" et en les portant auprès des décideurs politiques. "Le pays a besoin de dialogues sérieux et approfondis", a-t-il rappelé.

S’il reconnaît enfin qu’il faut "s’interroger sur tous les dispositifs existants", il émet néanmoins deux réserves : que cela se fasse "dans une perspective stratégique" et que ce ne soit pas seulement inspiré "par des considérations budgétaires", faisant notamment référence au coup de rabot annoncé sur les aides à l’apprentissage. "Faut-il balayer un dispositif positif juste parce qu’il y a des effets d’aubaine", s’est-il interrogé ? Même constat du côté de l’organisation du crédit impôt recherche : "On peut s’interroger sur le fait de savoir s’il est alloué de façon optimale" et s’il est "suffisamment ciblé sur les innovations de rupture" afin qu’il ait "un impact maximum en matière d’innovation" a soulevé de son côté Philippe Aghion.

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