Dès le mois de juin 2026 et l’ouverture de la saison estivale, l’innovation produite par l’usine Cogesal-Miko de Saint-Dizier devrait être disponible dans les rayons des grandes surfaces. Filiale de The Magnum Ice Cream Company, le site haut-marnais sera le premier du groupe à lancer cette nouvelle crème glacée, "une innovation sur le marché français et européen", à ce stade gardée secrète par l’entreprise. Une opération qui implique une enveloppe totale d’investissement de 20 millions d’euros, dont près des trois quarts seront consacrés à l’installation de cette nouvelle ligne de conditionnement. "À Saint-Dizier, nous avons l’un des sites les plus automatisés d’Europe, ce qui nous a permis d’avoir la compétitivité financière nécessaire pour pouvoir attirer ces investissements. Et nous possédions déjà des bribes de la technologie qui va être installée sur le site. […] Ce nouvel investissement vise à amorcer un nouveau cycle de croissance pour ce site", lance Yohann Caillot, le directeur de site.
Le départ d’Unilever rebat les cartes
L’usine Cogesal-Miko de Saint-Dizier (200 collaborateurs) est une filiale de The Magnum Ice Cream Company (400 salariés en France ; CA 2025 : 7,9 Md€), groupe possédant les marques Magnum, Miko, Cornetto, Ben & Jerry's ou encore Carte d'Or. L’entreprise a été créée en 2025, après qu’Unilever a décidé de se séparer de sa division glace. Aujourd’hui indépendante, The Magnum Ice Cream Company compte près de 30 sites de production, 300 lignes de production, 200 sites de stockage et 2 100 distributeurs dans 80 pays. "Être positionnés uniquement sur la crème glacée nous permet d’accélérer grandement les prises de décision : pour l’investissement de Saint-Dizier, je pense qu’on a divisé le temps de réflexion par deux. […] La crème glacée est un marché très particulier, qui dépend justement beaucoup de l’innovation et de l’impulsion", appuie Yohann Caillot.
L’installation de la nouvelle ligne de conditionnement, entièrement automatisée et robotisée et capable de livrer plusieurs centaines de produits par minute, permettra au site d’augmenter sa production de 10 %. L’entreprise ne dévoile pas la quantité de glaces sortant du site de Saint-Dizier chaque année. L’installation de ce nouvel équipement n’implique pas la suppression d’une autre ligne, ni d’agrandissement de l’usine, dont la partie conditionnement a été réaménagée pour accueillir la nouvelle ligne. Cette dernière pourrait par la suite être dupliquée sur d’autres sites de The Magnum Ice Cream Company. "La crème glacée a ses limites dans le transport : nous ne pourrons pas en envoyer en Indonésie ou au Mexique. Donc, il y a fort à parier que grâce au succès français et européen de ce produit, nous le déploierons ensuite au niveau mondial, dans d’autres usines", anticipe le directeur de site. À ce stade, le site Cogesal-Miko commercialise plus de la moitié de sa production en France. Le reste est réparti dans d’autres pays européens, en Allemagne, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni, au Benelux, au Portugal ou encore dans les pays nordiques.
Une vingtaine d’embauches au programme
Depuis 2019, l’usine de Saint-Dizier a accueilli 112 nouveaux salariés, qui travaillent toujours sur le site. S’accompagnant de l’embauche de 19 collaborateurs en CDI, l’arrivée de la nouvelle ligne marque une nouvelle étape. "Cette innovation amène un besoin de compétences et d’expertise technologique : au niveau mondial, nous serons les seuls à avoir cette technologie", précise Yohann Caillot. Pour gravir cette nouvelle marche, l’entreprise a mis en place un programme de formation, d’accompagnement et de montée en compétences des salariés à partir d’octobre 2025 et s’étalant sur six mois. "Nous avons la chance d’avoir partiellement quelques-unes des technologies de la future ligne déjà installées sur d’autres éléments du site, que nos salariés connaissent donc déjà. Au niveau européen, nous nous appuyons aussi sur le réseau d’usines de The Magnum Ice Cream Company : par exemple, nous avons envoyé une dizaine de collaborateurs dans notre usine de Suède, qui possède une technologie que nous n’avons pas encore ici", ajoute-t-il.
Des formations avec les acteurs du territoire
Pour la montée en puissance technique de ses salariés, The Magnum Ice Cream Company s’appuie également sur l’UIMM Lorraine. Le site haut-marnais a participé à la création en 2024 de l’école d’entreprise Avenir Industries, dispensée par l’UIMM et créée à l’initiative d’un groupe de dirigeants d’entreprises du territoire, dont Yanmar Saint-Dizier, Edilians et Miko. "Ce programme permet aux alternants de faire leur parcours dans deux entreprises différentes, par exemple Yanmar et Miko, pour décider à la fin de l’environnement qui lui convient le plus et faire un choix actif pour son futur professionnel", précise Yohann Caillot. À l’issue de la première promotion issue d’Avenir Industries, qui permet d’obtenir le titre d’équipier généraliste de l’industrie, Cogesal-Miko a recruté deux alternants
En parallèle, l’entreprise recrute également grâce à des partenariats, avec France Travail ou encore avec l’organisme de réinsertion professionnelle Tremplin 52. "Le territoire, au travers de l’agglomération de Saint-Dizier, de la CCI Meuse Haute-Marne et des différents organismes de formation, est très actif sur la partie formation, pour faciliter le dynamisme de l’économie locale", appuie le directeur de site.
5 millions d’euros supplémentaires d’investissement
Sur l’enveloppe de 20 millions d’euros d’investissement, les cinq millions d’euros non dédiés à la nouvelle ligne de conditionnement seront notamment investis pour améliorer structurellement le site, sur des questions de sécurité et de décarbonation notamment. "En 2025, nous avons réduit nos consommations de gaz de plus de 20 %, en investissant pour récupérer la chaleur fatale de nos équipements, afin de l’utiliser pour nettoyer nos équipements. Avec les difficultés que connaît le marché de l’énergie, être en maîtrise des coûts énergétiques est une chose vitale pour l’industrie agroalimentaire", estime Yohann Caillot.
Atteindre la neutralité carbone
D’ici 2030, le site Cogesal-Miko espère atteindre la neutralité carbone. L’entreprise a engagé une étude technique afin d’atteindre cet objectif, dont la récupération de la chaleur fatale est la première étape. "La suite, ça va être de réduire de 30 % l’intensité énergétique de notre site, en revoyant nos boucles d’eau chaude pour les optimiser. […] L’étape d’après, ce sera l’électrification de la montée en température de l’eau, grâce à l’installation d’une pompe à chaleur industrielle. Grâce à toutes ces marches, on aura réduit de plus de 90 % nos émissions carbone, en comparaison avec 2019", poursuit le directeur de site. Si les deux premières étapes de ce plan sont comprises dans l’investissement de 20 millions d’euros, la troisième devrait impliquer des investissements supplémentaires pour le site, de l’ordre de "plusieurs millions d’euros". "Nous ajusterons le plan en fonction des résultats de l’étude technique", détaille Yohann Caillot. Une démarche épaulée par The Magnum Ice Cream Company, qui ambitionne d’atteindre la neutralité carbone à horizon 2050. "L’ambition, c’est d’aller un peu plus vite, pour montrer le chemin", assure le directeur de site.