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À Lyon, Thorizon s’appuie sur l’INSA et Curium pour développer son réacteur à sels fondus
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À Lyon, Thorizon s’appuie sur l’INSA et Curium pour développer son réacteur à sels fondus

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La société franco néerlandaise Thorizon s’allie à l’INSA Lyon et à l’entreprise Curium pour relancer une technologie nucléaire oubliée depuis les années soixante : le réacteur à sels fondus. L’objectif est de valider, d’ici 2030, un petit réacteur modulaire plus compact, moins coûteux et mieux adapté aux besoins industriels actuels.

De gauche à droite, Bernard Normand, directeur du laboratoire MatéIS ; Laure Claquin, directrice des opérations de Thorizon, et Stéphane Poncet, directeur général de Curium — Photo : Emile Madinier

C’est une vieille idée que la demande croissante d’énergie remet au goût du jour. Le 5 juin, sur le campus de l’INSA Lyon à Villeurbanne, l’entreprise Thorizon a présenté ses avancées sur un type de réacteur nucléaire un peu oublié : le réacteur à sels fondus. Cette technologie, explorée dans les années soixante aux États-Unis, consiste à faire circuler du sel liquide chauffé à plus de 450 °C pour transporter la chaleur et maintenir une réaction nucléaire. Jugé alors trop instable et corrosif, ce système revient dans la course grâce aux progrès sur les matériaux.

Un réacteur plus compact pour l’industrie

Implantée à Lyon depuis 2024, Thorizon, une start-up franco-néerlandaise (49 salariés, dont 26 dans la capitale des Gaules), développe un petit réacteur modulaire baptisé Thorizon One. Ce SMR (Small Modular Reactor) fait partie des réacteurs dits de "quatrième génération", à l’inverse des grands réacteurs actuels comme ceux d’EDF. Il est pensé pour alimenter des data centers, des usines ou des zones isolées : des usages qui nécessitent une électricité constante et pilotable, sans intermittence.

Pour résoudre les défis techniques liés à la corrosion du sel fondu, Thorizon s’appuie sur deux acteurs régionaux : le laboratoire MatéIS de l’INSA Lyon et l’entreprise Curium, installée à Montagny (Rhône). Ensemble, ils forment une plateforme de recherche dédiée à la durabilité des matériaux en environnement extrême. " Cela nous permet d’accéder à des outils de mesure uniques pour suivre l’évolution des métaux au contact du sel ", souligne Laure Claquin, directrice des opérations chez Thorizon. Bernard Normand, directeur du labo MatéIS, y voit un " terrain de recherche appliquée idéal " dans le prolongement de ses travaux sur la corrosion marine et métallique.

Lyon au cœur de la recherche sur les matériaux

L’enjeu est de taille : mettre au point un système capable de fonctionner 60 ans avec une maintenance minimale. Pour cela, Thorizon a breveté un système de "cartouches" amovibles, contenant un mélange de sel de table (NaCl) et de déchets nucléaires recyclés. Ces cartouches, faiblement radioactives une fois usagées, pourraient même à terme produire leur propre combustible.

La société a déjà levé 12,50 millions d’euros en 2022, puis 16 millions d’euros en 2025, et obtenu 10 millions d’euros via France 2030, dont elle est lauréate. Auxquels s’ajoutent 4 millions issus d’une région des Pays-Bas. Un total de 42,5 millions, qui sera insuffisant.

Un nouveau tour est prévu à l’automne. Car un prototype complet nécessite encore plusieurs dizaines de millions d’euros : chaque boucle de test à elle seule coûte plusieurs millions. Un premier réacteur pourrait voir le jour début 2030, si la demande d’autorisation est déposée à temps, dès 2027.

Le laboratoire MatéIS de l’INSA Lyon apporte son expertise sur la corrosion des matériaux pour valider les composants du futur réacteur nucléaire Thorizon One — Photo : Emile Madinier

Le projet s’inscrit dans un mouvement plus large de retour en grâce du nucléaire. " Depuis 2018, la perception change. Des pays comme les Pays-Bas, la Belgique, la France ou même l’Allemagne rediscutent leur position ", note Laure Claquin, passée par Orano. Aux États-Unis, plusieurs data centers sont déjà alimentés par du nucléaire. Et Thorizon voit dans cette tendance une opportunité pour installer durablement ses réacteurs compacts, vendus environ 500 millions d’euros pour 60 ans d’électricité.

De son côté, Curium (55 salariés) prépare la construction d’un nouveau bâtiment pour 2026, tandis que l’INSA investit également 5 millions dans ce partenariat. Le nucléaire se réinvente, et Lyon entend bien faire partie du mouvement.

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