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L’usine Michelin de Troyes va diviser sa consommation d’eau par dix
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L’usine Michelin de Troyes va diviser sa consommation d’eau par dix

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Le site Michelin de Troyes, fabricant de pneus agricoles, s’est lancé dans un plan visant à réduire sa consommation d’eau. Début 2026, après de nouveaux travaux, moins de 100 000 m3 seront tirés sur le réseau, soit plus de 85 % de réduction.

L’usine Michelin de Troyes produit environ 220 000 pneus agricoles par an — Photo : Michelin - Philippe Stroppa

À l’époque de la construction de l’usine, en 1963, la consommation d’eau n’était même pas un sujet : "Nous étions sur plus de 2 millions de mètres cubes d’eau consommée", rappelle Damien Rouche, responsable technique de l’usine du groupe Michelin (132 000 salariés, CA : 27,2 Md€) située sur la commune de La Chapelle-Saint-Luc, à proximité de Troyes, dans l’Aube. Employant 650 salariés pour produire plus de 220 000 pneus agricoles par an, lancé par ailleurs dans un vaste plan de modernisation de ses installations, le site va voir sa consommation d’eau tomber à moins de 100 000 m3 à la fin de l’année 2025, après de nouveaux travaux.

"Ce que nous visons, c’est d’arriver à 70 000 m3, précise Damien Rouche. À ce niveau, nous arrivons aux termes de notre première feuille de route. Il faudra redéfinir la suite, parce que les leviers techniques que nous allons aller chercher sont forcément un peu plus complexes."

Fermer les boucles ouvertes

Lancée en 2021 suite à une décision du groupe Michelin d’agir sur la consommation d’eau de tous ses sites industriels, la déclinaison troyenne de cette feuille de route a nécessité un total de 600 000 euros de travaux, avec un objectif : mettre en circuit fermé l’eau utilisée pour refroidir les machines. Au lancement du projet, l’usine consommait un peu plus de 700 000 m3. "Du fait de la construction du site, nous étions en boucle ouverte sur quasiment tous les tous les systèmes de régulation", souligne le responsable technique de l’usine. Concrètement, pour refroidir les machines, l’eau était tirée sur le réseau, refroidissait les machines, puis était rejetée.

5€

Le prix du mètre cube d’eau restant très peu élevé en moyenne en France, les investissements pour passer en "boucle fermée" ne pouvaient pas être rentabilisés rapidement. "Pour mieux mesurer les effets de la diminution de la consommation, la politique au niveau du groupe Michelin est d’affecter un prix interne à l’eau", souligne Damien Rouche. Soit 5 euros du mètre cube, un prix largement supérieur à ce qu’un particulier ou un industriel peut payer. "Nous avons donc anticipé le fait que l’eau est une ressource rare, et qu’à long terme, elle a une valeur beaucoup plus forte que celle d’aujourd’hui. Et c’est comme cela que nous permettons à des projets sur l’eau d’avoir un niveau de priorisation équilibré vis-à-vis d’autres projets dont la rentabilité n’est que financière", détaille le responsable technique l’usine Michelin de Troyes.

Révision de la régulation des machines

Les équipes du manufacturier clermontois ont fait le choix de construire une unité centralisée de refroidissement positionnée à l’extérieur de l’usine, et de la tuyauterie pour venir brancher les machines sur ce circuit centralisé.

"Nous avons été obligés de modifier le mode de régulation thermique de nos machines, souligne Damien Rouche. Auparavant, nous étions sur un système où de l’eau froide passait toujours à la même plage de température. Maintenant, nous avons une eau qui est régulée, soit entre 11 et 15°C. Donc il faut gérer le débit, gérer les échangeurs pour pouvoir s’assurer d’obtenir toujours le même fonctionnement sur la machine."

Principal obstacle, garantir que le groupe froid soit en capacité de maintenir l’eau à une température suffisamment fraîche pour faire tourner les machines correctement, même en été, par forte chaleur.

Vers des sujets plus complexes

En janvier 2026, une fois qu’une pompe à vide opérant sur le procédé de cuisson des pneus sera connectée au circuit de refroidissement, l’ensemble des machines de l’usine seront donc en boucle fermée. "C’est ce qui nous permettra, pour l’année prochaine, de descendre à 70 000 m3 consommés, avec ces travaux qui seront faits en fin d’année", se félicite Damien Rouche.

Et après, comment aller plus loin ? Le procédé de fabrication des pneus implique notamment de produire de la vapeur, qui s’évapore. "Jusqu’à présent, nous avons travaillé sur des sujets directs, de gros niveaux de consommation. Récupérer sur le procédé de cuisson de la vapeur qui s’échappe des presses, c’est plus complexe", concède Damien Rouche. Le responsable technique livre cependant quelques pistes, permettant là aussi de minimiser l’empreinte environnementale du site : "À terme, nous avons l’idée de venir récupérer la chaleur fatale de notre unité de refroidissement".

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