Tous les investissements de Sedis sont guidés par un objectif : "la flexibilité", résume Fabien Savajol, directeur financier de la PME basée à Troyes. Exploitant deux usines, à Troyes dans l’Aube et à Verrières-de-Joux, dans le Doubs, Sedis emploie 260 salariés et réalise 40 millions d’euros de chiffre d’affaires en fabriquant des chaînes industrielles pour les secteurs de l’agroalimentaire, de l’industrie lourde, de l’automobile, de la logistique ou encore de l’énergie.
Une production standard confisquée par la Chine
"Ce qui nous démarque sur le marché, c’est notre capacité à répondre à n’importe quel besoin", pointe Fabien Savajol. Concrètement, dans le domaine de la chaîne industrielle, les productions standardisées, vendues en boîte et réalisées en très grande série, ont été largement récupérées par la Chine. Pour ne pas subir, Sedis, propriété du groupe indien Murugappa, a choisi de se repositionner sur des chaînes plus techniques, de haute qualité et à plus forte valeur ajoutée, produites en petites séries. "Sur certaines applications, nos chaînes ont une durée de vie jusqu’à deux fois plus importante que des chaînes fabriquées en Chine", souligne le directeur financier de Sedis.
Huit nouvelles machines dans l’usine de Troyes
Actuellement, la PME troyenne arrive au bout d’un plan d’investissement lancé en 2021, qui aura mobilisé presque 6 millions d’euros injectés dans l’outil de production. Pour 2 millions d’euros, huit nouvelles machines ont pris place dans l’usine de Troyes, venant renforcer la compétitivité de l’amont de la production. À partir d’acier livré en tôle ou en barre, les premières opérations consistent à former les pièces qui entreront dans la fabrication des chaînes. À côté des centres d’usinages à commandes numériques ou des nouveaux robots de soudures, figure aussi une découpeuse laser.
Dix minutes de réglages avant de lancer la production
"Ce programme d’investissement était vraiment axé sur la fabrication des pièces détachées", insiste Fabien Savajol. Jusqu’ici, Sedis était équipé d’une presse capable de frapper des milliers de pièces en quelques heures. "Nos lots de production durent quelques heures de découpe sur presse, mais pour pouvoir les réaliser, il fallait plus d’une demi-journée pour régler la machine", détaille Fabien Savajol. Désormais, avec la découpeuse laser, dix minutes de réglage permettent de lancer un lot de pièces.
Automatiser des gestes répétitifs et pénibles
D’autres gains ont été réalisés. Grâce à l’installation d’une deuxième cellule dédiée au décolletage, permettant de réaliser les roues insérées dans certains types de chaînes, le temps de fabrication nécessaire a été divisé par deux. Au final, sur certains produits de Sedis, les investissements ont déjà permis de réduire les coûts de plus de 10 %.
En milieu d’année prochaine, les équipes de Sedis bénéficieront d’un autre volet du programme d’investissement : pour 3,5 millions d’euros, la PME va automatiser certains gestes répétitifs. Lors de la phase de montage, certaines pièces sont encore positionnées à la main avant d’être assujetties au marteau. "Avec cet investissement, l’objectif sera de réduire la pénibilité, mais aussi de gagner en productivité et en efficacité", souligne le directeur financier de Sedis.
Vers un investissement dans le procédé de traitement thermique ?
Autre étape du procédé de fabrication faisant l’attention des équipes du chaînier, le traitement thermique. Une fois préparées, les pièces détachées devant former les futures chaînes passent dans des fours pour gagner en solidité. "Aujourd’hui, le chargement des fours est manuel", décrit Fabien Savajol. "Demain, l’idée serait d’avoir des bacs de collecte des pièces, qui seraient ensuite dirigés automatiquement vers les fours." Un projet qui doit mobiliser entre deux et trois millions d’euros, en fonction des différents choix techniques retenus. L’équipe de Sedis travaille notamment sur la possibilité de récupérer la chaleur émise par le four pour faire baisser la consommation énergétique du site.
Face à la concurrence chinoise plus agressive sur le marché européen
"Nous avons la capacité d’aller chercher entre 45 et 50 millions d’euros de chiffre d’affaires", estime le directeur financier de Sedis. À condition que les soubresauts de la politique internationale ne viennent pas perturber la trajectoire de croissance de la PME troyenne. Actuellement, Sedis réalise 50 % de ses ventes à l’export, dont seulement 150 000 € aux États-Unis, un marché qui n’est pas prioritaire par le chaînier. "Par contre, nous subissons des effets indirects de la politique de Trump", pointe Fabien Savajol. L’instauration de droits de douane a en effet rendu plus complexe l’importation de chaînes industrielles produites en Chine vers le marché américain, le plus gros marché mondial. "Les industriels chinois se rabattent donc sur l’Europe et l’Afrique, avec des produits très très compétitifs, produits en très grande série". Plus présents sur le marché européen, plus agressifs, les fabricants de chaînes chinois pourraient donc séduire les industriels cherchant un prix le plus bas possible. "C’est pour cela que nous devons nous différencier sur la technique et proposer d’autres services", souligne le directeur financier de Sedis.