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L’ombre de la politique freine encore le BTP dans le Grand Est
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L’ombre de la politique freine encore le BTP dans le Grand Est

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Malgré quelques signaux positifs, le secteur du BTP dans le Grand Est ne connaîtra pas de véritable reprise en 2026. Poids du calendrier électoral, instabilité politique et blocages administratifs entretiennent un climat d’incertitude qui mine l’investissement public et privé, fragilisant durablement les entreprises de la filière.

Dans le Grand Est, les entreprises du secteur du BTP doivent faire à la concurrence transfrontalière — Photo : ucarer

Malgré des "frémissements positifs" observés par la Cellule économique régionale de la construction du Grand Est et l’espoir d’un déblocage du marché, le secteur du bâtiment et des travaux publics s’apprête à traverser dans la région une année 2026 qui s’annonce encore compliquée. Si la crise cyclique, jugée "quasiment inédite" par certains professionnels, semble avoir atteint son pic, la lenteur du redémarrage est accentuée par une instabilité politique nationale et l’impact direct du calendrier électoral sur l’investissement local. Le retour a une "dynamique importante" en 2026 est donc exclu, et plusieurs facteurs menacent de prolonger la période d’incertitude et de faible activité.

L’impact d’une année électorale

La principale menace pesant sur l’activité en 2026 concerne les travaux publics. Selon la directrice du CERC Grand Est, Mélissa Cetinski, l’anticipation pour ce secteur sera "plus compliquée, du fait de l’année électorale qui s’annonce". Au-delà de ce secteur, dépendant à 80 % de la commande publique, la Fédération française du Bâtiment dans le Grand Est avait déjà observé une chute des appels d’offres publics. Concrètement, des marchés structurants sont soit à l’arrêt, soit reportés : le projet de la Cité judiciaire à Nancy est "gelé" sans perspective avant 2028, et le nouveau CHRU sur le plateau de Brabois accuse un retard de deux à trois ans sur son calendrier initial.

Des aides bloquées

Au-delà du cycle électoral, l’instabilité nationale paralyse la demande privée. La Capeb est montée au créneau pour dénoncer une absence de visibilité, conduisant à l’annulation de projets de logements et de rénovations. Et quand les réformes administratives sont stoppées net par le flottement gouvernemental, ce sont les aides publiques qui s’enlisent. Rien qu’en Meurthe-et-Moselle, près de 20 millions d’euros d’aides de l’Agence nationale de l’habitat restent gelés, provoquant des annulations de chantiers et fragilisant les trésoreries des PME. Les incertitudes autour de MaPrimeRénov' privent les ménages et artisans de leviers financiers pourtant décisifs.

La concurrence transfrontalière

Même en cas de reprise, des contraintes structurelles vont limiter la capacité des entreprises du BTP à s’inscrire dans la reprise. La région perd une partie de sa main-d’œuvre au profit du Luxembourg, de l’Allemagne ou de la Belgique, où les salaires sont plus élevés. Près de trois quarts des entreprises peinent à recruter ou fidéliser, freinant leur capacité de production.

S’y ajoute la mise en œuvre du "zéro artificialisation nette" des sols programmé pour 2050, qui impose une refonte des modèles d’aménagement. Les collectivités doivent adapter leurs SCoT, inventer de nouveaux équilibres urbanistiques et énergétiques, ce qui retarde encore le lancement des projets. Certes, la hausse des rénovations financées par l’éco-PTZ constitue un signe encourageant. Mais sans déblocage des crédits, sans stabilité politique ni lisibilité des dispositifs d’aides, 2026 restera une année de stagnation pour un secteur pourtant stratégique dans l’aménagement du territoire.

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