Sans communiquer ni participer aux salons préparant la rentrée universitaire, Nidhal Rezg, le directeur de l’école d’ingénieurs I2L de Metz, l’Institut en innovation logistique, a reçu 45 dossiers d’étudiants souhaitant intégrer son établissement pour se lancer dans une formation délivrant un titre d'ingénieur en logistique. Au final, 15 ont été retenus, pour 25 places. "Nous avons été sélectifs, car nous souhaitons former de très bons profils", justifie le directeur. Au total, entre les étudiants visant le diplôme d'ingénieurs et ceux de niveau bachelors et Mastères, le nouvel Institut en innovation logistique de Metz attaque donc cette première rentrée avec 109 étudiants.
Un crédit-bail sur 15 ans
"Dans les années à venir, nous allons former environ 250 étudiants par an", fixe Nidhal Rezg. Un objectif pour lequel le directeur et son équipe ont rassemblé un total de 12 millions d’euros pour faire sortir de terre un bâtiment de 4 300 m², situé sur le Technopôle de Metz et hébergeant les activités de l’I2L, somme à laquelle il a fallu ajouter 2 millions d’euros pour les équipements. Pour mettre en place le crédit-bail sur 15 ans, pour financer le bâtiment, l’I2L a bénéficié de subventions à hauteur de 3,4 millions d’euros, apportées notamment par l’Eurométropole de Metz, la région, ainsi que le département de la Moselle.
Gérer des données, concevoir des entrepôts
Pour le directeur de l’I2L, l’enjeu est clair : répondre à la demande en compétences des entreprises du secteur de la logistique. Pour Antonio Da Silva, le directeur des ressources humaines de Transalliance (CA : 625 M€ ; 2 800 salariés), la démarche est "très intéressante" : "Depuis le début de notre collaboration, l’équipe de l’Institut en innovation logistique a su identifier nos problématiques sur les ressources humaines". Le logisticien d’origine nancéienne, aujourd’hui installé au Luxembourg, cherche à inventer le futur de la logistique avec ses clients : "Et pour cela, nous avons besoin d’intégrer des compétences dans la gestion de données comme dans la conception d’entrepôts", souligne Emmanuel Louis, directeur général de la Business Unit logistique de Transalliance.
Doubler le nombre d’ingénieurs en logistique
Les éléments rassemblés par la filière montrent que la France forme chaque année environ 1 000 ingénieurs spécialisés dans la logistique, quand l’Association pour le développement de la formation professionnelle Transport et Logistique estime qu’il faudra doubler le nombre de diplômés en logistique à l’horizon 2030 pour faire face aux besoins en compétences du secteur. Et les chiffres se vérifient au quotidien : "Il est très difficile de trouver des ingénieurs", confirme Pierre-Louis Debroise, le directeur du site de distribution Amazon d’Augny, en périphérie de Metz. Le dirigeant, qui n’emploie "aucun cariste" sur le site d’Augny, confirme que le secteur se réinvente à toute vitesse, entre automatisation et utilisation de l’intelligence artificielle pour gérer les flux et les stocks.
Retour aux fondamentaux
"Faire de la logistique, c’est anticiper tous les problèmes", résume Antonio Da Silva. "Et ces problèmes nécessitent de maîtrise des techniques pour être résolu." Pourtant, les ingénieurs travaillant aujourd’hui dans la logistique sont pour la très grande majorité issue d’écoles de commerce. "Le besoin en compétences techniques, ainsi qu’en compétences fondamentales, comme les mathématiques, se font sentir dans les entreprises de la logistique", rappelle Nidhal Rezg.
Dassault Systèmes est impliqué
Pour permettre à ses étudiants de se former dans les meilleures conditions, le directeur de l’I2L a su convaincre un partenaire de poids : Dassault Systèmes. L’entreprise aux 6,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, qui emploie 25 000 salariés, a déployé un système d’apprentissage dans le virtuel au sein de l’I2L, système venant compléter des dispositifs plus classiques, comme un entrepôt pédagogique de 150 m² équipé de racks de stockage. "Produire décarboné, relocaliser en France, n’aura pas de sens si le bout de la chaîne, donc la logistique, est négligé", estime Anne Lise Bergeron, directrice des ventes de la branche éducation de Dassault Systèmes.