Semer à tous les vents pour garder son rang ; celui de quatrième semencier mondial. La stratégie de Limagrain, coopérative régionale créée il y a 50 ans à Saint-Beauzire, aux portes de Clermont-Ferrand, est décidément globale « Nous sommes à un stade où nous avons une vision mondiale du marché », confirme son Dg, Emmanuel Rougier. L'acteur auvergnat s'est de fait mué - au prix d'une politique R & D offensive - en un géant pesant 2,4 milliards d'euros. Et qui commercialise aujourd'hui plus de 3 600 variétés de semences, dont plusieurs espèces potagères « stratégiques » comme la tomate (principale espèce potagère en valeur au monde), l'oignon, le poivron, la carotte, le chou-fleur ou encore la courgette. Des "pépites" qui ont fait le succès commercial de Limagrain et ont poussé le groupe à progressivement déployer une stratégie d'implantation sur tous les continents. « En matière de semences (plus de 70 % du CA global du groupe, via sa filiale Vilmorin, Ndlr), il faut qu'il y ait une forte adaptation aux conditions agronomiques et climatiques des zones dans lesquelles nous voulons opérer », précise Emmanuel Rougier. « Il est donc absolument nécessaire de créer ces produits sur place à travers des centres de recherche et de production ».
Encore fortement européen (52 % du CA global) et dans les zones matures comme les Amériques (33 % du CA global), le groupe entend renforcer sa présence en Asie et en Afrique, en particulier. « Ce sont les deux continents sur lesquels nous devons prioritairement nous développer » confirme le Dg de Limagrain. « Le support fondamental de croissance de notre marché, c'est la démographie. D'ici à 2040, c'est en effet dans ces régions du globe que la poussée démographique sera la plus importante ». CQFD.
Accord de JV en Chine
Et de viser en Asie-Pacifique (pour l'heure, 5 % du CA global du groupe), la Chine en priorité, où le marché des semences - parce que stratégique - est strictement réglementé. « Il est ainsi impossible pour un acteur étranger de s'y lancer seul », confirme Emmanuel Rougier. « Mais nous venons d'obtenir une autorisation afin de concrétiser une JV (minoritaire) avec un partenaire local. » En l'espèce, l'entreprise Heng Ji, spécialisée dans la culture du maïs, installée dans la province du Gansu, dans l'ouest du pays. « La Chine est évidemment incontournable dans notre secteur », insiste le dirigeant. Le groupe peut également s'appuyer dans la région sur une présence historique au Japon, via l'entreprise Mikado Kyowa Seed (CA : 80 millions d'euros dont 50 % en semences), fusion de deux entités locales que Limagrain avait rachetées en 2005. Un dispositif que vient compléter la récente acquisition de la société indienne Bisco Bio Sciences qui détient quelque 6 % du marché indien du maïs. Le groupe auvergnat y développe actuellement un programme de sélection de maïs et de riz hybride. Limagrain rayonne enfin au Vietnam avec Tropdicorp, acquise fin 2014 et sur le reste de l'Asie du Sud-Est, avec la structure thaïlandaise Seed Asia, rachetée en 2015. « Nous avons une empreinte assez conséquente en Asie », analyse Emmanuel Rougier. « Cette empreinte est en conformité avec nos priorités stratégiques. Nous avons l'ambition de continuer à croître dans la région en accentuant notre présence commerciale et R & D, par croissance organique et éventuellement par croissance externe, même si les opportunités sont rares ».
Opposé à la " politique du chéquier " en Afrique
Autre fort relais de croissance pour le semencier auvergnat, placé derrière Monsanto, DuPont Pioneer et Syngenta : le Continent Noir.