Le retard moyen de paiement entre entreprises est passé de 17,3 jours en 2025 à 18,9 jours en 2026, au plus haut depuis douze ans, selon une enquête Ifop — cabinet Arc (recouvrement de créances) réalisée auprès de 506 entreprises de 50 salariés et plus, du 7 avril au 6 mai 2026.
Un contexte économique morose
Cette dégradation intervient dans un contexte économique morose où 25 % des chefs d’entreprise interrogés tablent sur un recul de leur activité dans les six prochains mois (+ 7 points par rapport à novembre 2025), 96 % estiment que la situation économique française ne s’améliorera pas d’ici à la fin d’année et 61 % pensent même qu’elle se dégradera. Plus de la moitié des dirigeants table sur un délai d’un à deux ans pour retrouver un niveau de santé financière antérieur aux différentes crises, 45 % ne l’envisageant pas avant 3 à 5 ans.
Principales contraintes auxquelles leurs entreprises sont soumises : le coût de l’énergie (66 %), l’inflation (62 %), les tensions de trésorerie (49 %) et les difficultés de recrutement (47 %). Près de 8 entreprises sur 10 (78 %) jugent du coup que la conjoncture actuelle freine leurs décisions d’investissement.
Situation paradoxale
Face à ces difficultés, 79 % des entreprises pallient leurs tensions de trésorerie en allongeant les délais de paiement à leurs fournisseurs quand seulement 57 % ont recours au découvert bancaire. "Les entreprises se financent les unes sur les autres", résume Denis Le Bossé, président du cabinet Arc, "et ce sont surtout les plus fragiles, les TPE et PME qui en supportent le coût".
Paradoxe, alors que les entreprises sont plus nombreuses à augmenter les délais de paiement de leurs fournisseurs, elles sont également majoritairement en faveur d’un durcissement des mesures contre ces retards de paiement. Le non-respect des délais de paiement demeurant une menace clairement identifiée comme facteur de mise en danger pour les entreprises, la quasi-totalité des entreprises interrogées (93 %) affirmant que ces manquements mettent en péril leur santé financière et peuvent conduire au dépôt de bilan.
L’espoir de la facturation électronique
Du coup, elles réclament un renforcement des outils, et 71 % se disent favorables à la création d’une notation "délais de paiement" qui permettrait d’évaluer le comportement d’une autre entreprise avant d’engager une relation commerciale. Un critère qui est toutefois déjà pris en compte dans le scoring proposé par certains organismes comme le Score de défaillance d’Altares dont le directeur des études Thierry Millon pointe l’allongement des délais de paiement "dans les grandes entreprises de plus de 1 000 salariés avec néanmoins une amélioration du côté des petites structures".
Les grandes entreprises, mauvais payeurs
En octobre 2025 déjà la Banque de France soulignait que les grandes entreprises étaient "de plus mauvais payeurs" que les autres et estimait que, sans les retards, les PME auraient récupéré l’année précédente près de 13 milliards d’euros de trésorerie.
Un espoir serait que la mise en œuvre de la facturation électronique – pour toutes les entreprises en réception en septembre prochain – permette de réduire les délais de paiement grâce à la traçabilité des dates d’émission, de réception et de règlement des factures souligne le cabinet Arc. Un avis partagé par le ministre de l’Économie Roland Lescure qui a assuré, mardi 23 juin lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, que la réforme pourrait "permettre de lutter contre ces délais aujourd’hui impossibles à suivre et très difficiles à gérer et qui sont un problème endémique".
Or 50 % des sondés de l’enquête Ifop/Arc doutent que les TPE/PME soient techniquement prêtes à traiter des factures électroniques dès septembre, et 4 sur 10 redoutent au contraire que la réforme puisse être utilisée comme prétexte pour retarder le règlement des factures.
Durcir les sanctions
Reste le recours aux sanctions quand la plupart des dirigeants interrogés craignent de dégrader leur relation commerciale en réclamant des frais de relance aux mauvais payeurs. Pour lutter contre les mauvaises pratiques, la majorité d’entre eux mise sur la hausse du montant des amendes infligées aux entreprises sanctionnées prévue par la proposition de loi portée par le sénateur LR, Olivier Rietmann. Ce texte adopté à l’unanimité au Sénat en première lecture le 19 février dernier, porte le plafond de la sanction de 2 millions d’euros à 1 % du chiffre d’affaires mondial du mauvais payeur. Il reste pour l’heure dans l’attente de son examen à l’Assemblée nationale.