Collecter, trier et valoriser les biodéchets : c’est l’objectif que s’est fixé Clémence Delcroix en créant les Petits Composteurs en septembre 2019. Cette ingénieure de formation a réfléchi par quel moyen elle pouvait recycler les biodéchets issus des cuisines collectives ou des restaurants et créer une filière dans le Nord Cotentin alors inexistante. Il n’y avait en effet pas de site agréé dans le département, alors les résidus alimentaires (représentant 30 % des poubelles) étaient transportés dans le Calvados. Clémence Delcroix a monté son projet avec l’aide de l’Adress, une association qui accompagne le développement de l’entrepreneuriat social. "J’ai profité de la création de l’incubateur normand Katapult en 2018, porté par l’association, pour définir le modèle économique des Petits Composteurs, rencontrer les acteurs du territoire et créer mon réseau", précise-t-elle. L’ESAT (établissement et service d’aide par le travail) Acais, qui cherchait depuis longtemps à valoriser les déchets de son self, a été son premier partenaire, suivi de la Ville de Cherbourg-en-Cotentin.
Une soixantaine de partenaires
En 2022, l’association s’implante sur le site de La Dusquesnerie, à Martinvast (Manche), où s’opère depuis tout le processus de transformation, et devient une société coopérative d’intérêt collectif en 2023. Elle compte aujourd’hui cinq salariés et fédère une soixantaine de partenaires sur le territoire avec des profils différents comme des cuisines collectives, des restaurateurs, des fast-foods.
Porté par la nouvelle législation
Un secteur porteur, car les professionnels ont l’obligation d’assurer le recyclage de leurs biodéchets depuis le 1er janvier 2024. " Nous sommes sur un site pilote. On a désormais les volumes suffisants pour nous développer. On espère, à terme, quelque chose de plus grand" confie la responsable. Depuis sa création, l’entreprise collecte en moyenne 350 tonnes de biodéchets par an et trie en moyenne 13 700 repas par jour.
Suivi du compostage et traçabilité
Les partenaires reçoivent des containers de 120 ou 240 litres qu’ils remplissent en vrac, sans sac. "Nous assurons la collecte et les échanges des bacs à fréquence adaptée, d’une à trois fois par semaine en fonction de la nature des déchets collectés" explique Clémence Delcroix.
Quant à leur transformation en compost, elle se fait en respectant un protocole très strict : les bacs pleins arrivent par l’arrière du site et suivent une marche en avant. Chaque contenu est pesé, surtrié et broyé, et des copeaux de bois y sont incorporés afin de lancer le processus du compostage.
Cinq mois pour réaliser le compost
"On fait grossir le tas un mois en le brassant une fois par semaine. On surveille également la température, car il doit se maintenir à 70 °C pendant une heure afin d’hygiéniser le produit et faire en sorte que le risque sanitaire soit nul. On envoie également des analyses en laboratoire pour vérifier qu’il n’y a pas de germes de salmonelle ou de bactérie Escherichia coli. Toutes ces données assurent la traçabilité de notre compost", détaille la fondatrice des Petits Composteurs.
Le processus de transformation en compost est de cinq mois. "Nous vendons notre compost aux maraîchers partenaires et aux particuliers, entre 20 et 30 euros le mètre cube", précise l’entrepreneuse. En juin 2024, Clémence Delcroix a reçu un prêt de 49 000 euros pour l’acquisition d’un nouveau véhicule de collecte, par la NEF la banque éthique.