Les pêcheurs français organisent leurs 16e assises nationales jeudi 18 juin et vendredi 19 juin 2026 à Cherbourg (Manche) pour réfléchir à leur avenir dans un contexte pour le moins morose. Deuxième producteur européen de produits de la pêche, derrière l’Espagne, avec 477 000 tonnes de poissons et crustacés pêchés en 2024, la France des chaluts a été fortement impactée par la crise du Moyen-Orient et la hausse des prix du pétrole.
La flotte de pêche tricolore a souffert de la hausse brutale des coûts du gazole (+ 60 % depuis les premiers mois de la guerre) qui représente désormais plus de la moitié du chiffre d’affaires des armateurs dont certains ont dû réduire leur activité en avril et mai, en dépit des aides publiques (jusqu’à 35 centimes par litre de gazole).
Des bateaux de moins de douze mètres
Plus largement les pêcheurs doivent songer au rajeunissement d’une flotte qui a diminué de près de 35 % en 25 ans avec 5 352 navires en 2024, et d’une moyenne d’âge de trente ans, pour l’essentiel des petits bateaux de moins de douze mètres (87 % des navires). "Une urgence" selon Olivier Le Nézet, président du comité national des pêches.
Chaque année une soixantaine de nouveaux chalutiers sortent des chantiers navals français, belges ou marocains pour renouveler cette flotte confrontée à un double enjeu : réduire la facture énergétique et développer une pêche moins polluante (propulsion hybride, matériaux biosourcés…).
En outre le vieillissement de la flotte va de pair avec celui des équipages constitués en 2024 d’environ 12 000 personnes (-16 % depuis 2013) dont la moitié devrait partir en retraite dans les prochaines années. Des marins pêcheurs dont la rémunération mensuelle moyenne varie entre 2 500 et 3 000euros net, selon France Filière Pêche, avec de fortes variations annuelles en fonction des espèces pêchées et de la météo.
Partager l’espace
Les autres dossiers débattus ont trait au partage de la ressource et de l’espace. La France possède le deuxième espace maritime au monde derrière les États-Unis, elle se situe au 6e rang européen pour le nombre de navires et au 2e rang pour la puissance embarquée (en kilowatt). Aujourd’hui la question du partage de l’espace est devenue particulièrement forte sur des zones où se côtoient activités de pêche, chantiers éoliens, aires marines protégées et transports. En Normandie les professionnels qui défendent la pêche artisanale, espèrent ainsi voir la bande côtière française des 12 miles nautiques interdite aux navires de plus de 25 mètres.
Préserver la ressource
Les pêcheurs doivent également livrer la bataille de la préservation de la ressource, qui influe sur les volumes et les techniques de pêches (dont certaines sont violemment remises en cause par les défenseurs de l’environnement). Avec des initiatives comme la fermeture temporaire du golfe de Gascogne en 2027 pour lutter contre les captures accidentelles de dauphins, fermeture à certains types de pêche des aires marines protégées (AMP) britanniques, pêche au chalut de fond dénoncée comme "destructrice" par des ONG de défense des océans, surpêche de certaines espèces comme le hareng de mer du Nord, le maquereau de l’Atlantique ou le merlu de Méditerranée. Même si en 2024, la moitié des poissons débarqués en France provenaient de populations exploitées durablement, selon le bilan 2025 de l’institut français de recherche Ifremer.
Surtout la pêche française qui reste le leader européen de la production d’huîtres et le numéro 2 derrière l’Espagne pour les moules, soufre de la concurrence dans l’assiette des Français du saumon d’élevage et des crevettes importés, deux espèces qui représentent plus d’un tiers des importations totales.