C’est un poids lourd en devenir, un futur titan. En cas de rapprochement, l’ensemble pèserait plus de 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en rassemblant environ 33 000 agriculteurs-adhérents et plus de 30 000 salariés.
Deux poids lourds de l’agroalimentaire de l’Ouest
La coopérative agroalimentaire normande Agrial, basée à Caen (Calvados), forte de 7,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et compte 12 000 agriculteurs-adhérents. Présente dans 11 pays, la coopérative normande vient d’annoncer un projet de rapprochement stratégique avec sa consœur Terrena dont le chiffre d’affaires atteignait 5,6 milliards en 2024. Ayant son siège social à Ancenis (Loire-Atlantique), cette dernière regroupe 21 000 agriculteurs-adhérents et 13 000 salariés.
Présentes dans les secteurs laitier, viande bovine, volaille, légumes ou céréales, les deux entreprises sont propriétaires de marques fortes. Du côté d’Agrial : Florette, Soignon, Grand Fermage, Danao, Loïc Raison, Breizh Cola ou Tallec. Et du côté de Terrena, on trouve La Nouvelle Agriculture, Tipiak, Père Dodu ou encore Ackerman.
"Dans un contexte en profonde mutation, l’étude de ce projet engagé par nos deux coopératives, solides et en bonne santé, est une véritable opportunité de prendre en main notre avenir pour renforcer la proximité et l’accompagnement des agriculteurs sur nos territoires", a souligné Olivier Chaillou, président de Terrena.
Une réponse aux crises et à la concurrence
L’annonce intervient alors que le monde agricole fait face à des crises répétées, une inflation persistante et une concurrence accrue en Europe. Les agriculteurs doivent simultanément relever plusieurs défis : développement des productions, compétitivité, renouvellement des générations et adaptation aux transitions écologiques et sociétales.
Face à ces enjeux, Agrial et Terrena veulent bâtir une vision collective.
Décisions attendues en 2026
Dans les faits, les conseils d’administration des deux coopératives ont validé l’ouverture d’une phase d’étude, qui sera soumise au vote des adhérents en assemblées générales au cours de l’année 2026. Les coopératives prévoient d’organiser de nombreux temps d’échanges avec leurs agriculteurs-adhérents et leurs salariés. "Nous le construisons pour les générations d’aujourd’hui et de demain, afin de maintenir une agriculture française indépendante, compétitive et durable, capable de produire une alimentation diversifiée et de qualité", a insisté Olivier Chaillou.
Trois piliers stratégiques
Le projet repose sur trois fondements. D’abord, soutenir le développement des productions végétales et animales et renforcer la proximité avec les adhérents. L’ambition est de densifier le maillage territorial, de maintenir un haut niveau de service et d’accompagner le renouvellement des générations.
Deuxième axe : construire des filières agricoles et agroalimentaires créatrices de valeur. En capitalisant sur leurs complémentarités, les deux groupes veulent renforcer la résilience de leurs filières, qu’elles soient conventionnelles, bio ou sous signe de qualité (Label Rouge, AOP, La Nouvelle Agriculture…). Objectif : sécuriser les débouchés en France et à l’international, autour de marques reconnues, et valoriser les productions des agriculteurs-adhérents.
Enfin, troisième priorité : accompagner la transition agroécologique. En mutualisant expertises et capacités d’innovation, les deux coopératives souhaitent accélérer la réponse aux enjeux climatiques, énergétiques et alimentaires.
Les adhérents décideront
"C’est parce que nous partageons les mêmes valeurs et la volonté de développer des filières agricoles durables sur nos territoires que nous envisageons ce projet d’avenir avec Terrena, a expliqué Bernard Guillard, président d’Agrial. Les synergies à mettre en place nous permettront de toujours mieux satisfaire la diversité des besoins alimentaires des consommateurs, d’accompagner les transitions en respectant les ressources et de créer de la valeur pour nos agriculteurs-adhérents, nos collaborateurs et nos territoires."
Le projet devra être validé par l’Autorité de la concurrence. Il fera l’objet d’une consultation auprès des représentants du personnel. Les mois à venir seront décisifs pour écrire la suite de cette histoire. Comme le rappelle Bernard Guillard : "Ce sont les adhérents qui décideront de l’avenir de leurs coopératives."