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Le souffle des énergies nouvelles porte Port-La-Nouvelle
Enquête Aude # Production et distribution d'énergie # Implantation

Le souffle des énergies nouvelles porte Port-La-Nouvelle

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Au sud de Narbonne (Aude), Port-La-Nouvelle vit un moment clé de sa transformation. Après plus de 600 millions d’euros injectés, les travaux d’infrastructures se terminent. Au même moment, le petit port voit démarrer les projets qui vont dessiner son avenir, pour devenir un port méditerranéen majeur de la transition énergétique et créer plus de 3 000 emplois d’ici 2030.

En décembre 2025, Eolmed a commencé à installer en mer ses trois éoliennes flottantes assemblées à Port-La-Nouvelle — Photo : Qair

Une image surgit lorsqu’on arrive à Port-La-Nouvelle : les imposantes installations industrielles du cimentier Lafarge, premier employeur de cette commune côtière de 6 000 habitants, avec 115 emplois directs et près de 400 emplois indirects. Le site s’étend sur 20 ha, adossé à une carrière de 700 ha. Une deuxième image, derrière, a été celle des six immenses éoliennes flottantes (près de 200 m de haut), assemblées successivement dans le port en 2025. Deux facettes de l’activité de ce petit port en pleine mutation.

Lafarge est le premier employeur de la commune avec 115 emplois directs et près de 400 emplois indirects. Il dispose d’installations sur le port qu’il utilise ponctuellement — Photo : Rémi Hagel

Fin 2025-début 2026, Port-La-Nouvelle vit un tournant de son existence, une accélération de projets maturés depuis plusieurs années. Les trois éoliennes d’Eolmed, du montpelliérain Qair (730 salariés) ont été montées fin 2025. Elles ont été installées en mer à 18 km des côtes en ce début 2026. Pendant l’été, ce sont les trois éoliennes de la ferme pilote d’EFGL, conduite par Ocean Winds (600 salariés), qui ont animé le port. Après les tests, la première éolienne devrait démarrer sa production en février, suivie des deux autres en mars.

Les premières voitures sont arrivées

Le 4 décembre, Qair annonçait que son usine Hyd’Occ (25 salariés), construite sur le port, avait produit sa première molécule d’hydrogène. Le 27 décembre, c’est le cargo roulier Lake Taupo de l’armateur grec Neptune Lines qui faisait son entrée au port pour y décharger les 1 500 premières voitures sur le nouveau terminal ro-ro (roll on/roll off). 50 000 véhicules transiteront en 2026, avant de dépasser les 180 000 en pleine activité. Ce sont des voitures des groupes Renault et Stellantis, ainsi que de marques chinoises, en provenance d’usines du bassin méditerranéen et de Chine. 120 emplois directs, 250 indirects sont annoncés, à terme.

La cité balnéaire de Port-La-Nouvelle s’étend au sud tandis qu’au nord du chenal se déploie le port. Au premier plan, le site de Lafarge — Photo : 4vents-fr - GRANDEMANGE Dominique (pour Lafarge).

Travaux d’infrastructures XXL

La naissance de ces activités est directement liée au colossal programme d’investissements mené sous la houlette du Conseil régional d’Occitanie et sa présidente Carole Delga, qui entend faire de l’Occitanie la première région d’Europe à énergie positive. La Région a injecté une première tranche de 250 millions d’euros entre 2019 et 2021. Une nouvelle digue nord de 2,5 km a été construite, la digue sud existante a été prolongée sur 600 m. Un quai à colis lourds de 250 m adossé à un terre-plein de 7 ha a été créé pour accueillir les éoliennes flottantes (terminal EMR). Déjà utilisateur occasionnel du trafic portuaire, Lafarge a participé à cet immense chantier : entre 2019 et 2023, sa carrière a fourni 2 millions de tonnes de granulats. L’industriel local a installé une centrale à béton temporaire sur place pour couler les acropodes des digues.

3 000
Sur ce master plan figurent les différentes étapes des travaux d’extension : les digues, les terminaux, la zone logistique — Photo : Semop

Plus d’un milliard d’euros investis

Créée en 2021, la Semop a pris le relais de la Région. Gestionnaire du port, elle associe des acteurs publics (Région Occitanie, Banque des territoires) et privés (Nou Vela qui réunit Deme, Euroports, PMV, Qair et la CCI Aude). Elle a investi 350 millions d’euros dans la poursuite des travaux d’extension. Elle a construit un poste navire pour vrac liquide et un terminal spécialisé pour le vrac sec (mole marchandises). Les zones portuaires ont été draguées à 16 mètres afin de pouvoir opérer des navires jusqu’à 14,50 mètres de tirant d’eau. À la surface initiale (60 ha) se sont ajoutées les zones éolienne (40 ha), logistique (70 ha) et automobile (20 ha). Le budget d’Eolmed a été de 350 millions d’euros, et de 110 millions d’euros pour Hyd’Occ. Sans compter le coût d’EFGL qui n’est pas communiqué, on dépasse le milliard d’euros investi. Les acteurs politiques et économiques imaginent créer 3 000 emplois directs sur le port en 2030, voire 6 000 en 2050, contre environ 400 aujourd’hui. Pour Didier Codorniou, vice-président de la Région et président de la Semop, "l’ambition est de faire de ce port le port de Toulouse." Et surtout, un port majeur de la transition énergétique.

Les silos à grain sont en vente

Port-La-Nouvelle vit une renaissance. Historiquement, il exportait le blé du Lauragais, mais il a été pénalisé par sa taille. Avec un tirant d’eau trop faible pour accueillir de gros bateaux, il ne réalisait pas suffisamment de volume pour être compétitif. Déclin progressif puis choc de la guerre en Ukraine… "S’il n’y avait pas eu les éoliennes, le port aurait disparu", juge Olivier Guiraud, patron d’Eolmed chez Qair. Les tonnages de céréales ont chuté, passant d’un million de tonnes par an dans les années quatre-vingt-dix à 150 000 tonnes aujourd’hui. Le groupe Axéréal, actionnaire majoritaire des Silos du Sud (d’une capacité de 90 000 tonnes de grains), a engagé des discussions pour une reprise des installations par de nouveaux opérateurs. Les négociations sont en cours.

L’activité céréalière a décliné au fil des ans — Photo : Rémi Hagel

Les hydrocarbures, activité principale

L’acteur principal du port reste EPPLN (Entrepôt pétrolier de Port-La-Nouvelle, 19 salariés), détenu conjointement par Total Marketing France et le montpelliérain Dyneff (CA : 2,8 Md€). Il est d’une "petite" capacité de 130 000 m3, mais est équipé pour assurer de fortes rotations (350 à 400 camions par jour). Plus d’1,2 million de mètres cubes transitent chaque année. À travers son activité, EPPLN est un important collecteur de taxes pour l’État : plus d’un milliard d’euros par an, dont une centaine de millions alimentent le Conseil régional (via la TICPE). Son activité n’est pas près de s’arrêter. Elle va même bénéficier des nouvelles infrastructures. "Elles vont nous amener une sécurisation. Jusqu’à présent, nous utilisons le sea-line, à 2 500 mètres en mer. Le déchargement est soumis à des conditions nautiques restrictives (vent, houle, courants). Il y a chaque année une quinzaine de jours où nous ne pouvons pas accueillir de pétroliers. Nous payons des journées en mer aux bateaux pour cela. Ces situations ne se produiront plus grâce au futur déchargement en bord à quai. Cela pourra s’en ressentir positivement sur les tarifs des carburants", explique Christophe Lalloz, le directeur, par ailleurs président d’Umano (Union maritime nouvelloise), association fédérant les acteurs du port. La mise en service est espérée à la mi-2026, presque cent ans après le début de l’activité pétrolière à Port-La-Nouvelle.

L’éolien comme locomotive

Incontournable, EPPLN représente 72 à 75 % des volumes du port. Ce ratio devrait diminuer avec la montée en puissance des métiers nouveaux. Cela dit, "je parle de moins en moins en tonnage, plutôt en valeur ajoutée, parce que l’éolien ne se mesure pas en tonnes", glisse Hans Kerstens, directeur de la Semop. Et c’est bien l’éolien qui constitue le premier moteur du futur port. "Nous œuvrons au développement d’un écosystème autour des éoliennes. Aujourd’hui, aucune entreprise en Occitanie ne fabrique des composants pour éoliennes flottantes. Nous espérons que cela va se développer", reprend Hans Kerstens.

Les turbines Vestas des trois éoliennes d'EFGL. Désormais installées, elles produiront en électricité l'équivalent de la consommation de 50 000 habitants. Le prochain projet, EFLO, produira pour près de 500 000 personnes — Photo : EFGL

Promesses vertigineuses…

La réalisation des deux fermes éoliennes (pour 60 MW) a constitué une première marche. Eolmed a mobilisé jusqu’à 700 employés sur place (450 en moyenne pendant trois ans). "La filière éolienne maritime est passée de 28 emplois en Occitanie en 2016 à 463 en 2024", se réjouit Didier Codorniou. L’étape suivante se profile : Ocean Winds, associé à la Banque des territoires, a emporté fin 2024 l’appel d’offres n°6 (AO6), pour un parc éolien maritime de 250 MW. Ce projet nommé Éoliennes flottantes d’Occitanie (EFLO) produira l’équivalent des besoins annuels de près de 500 000 personnes (contre 50 000 pour une ferme éolienne de 30 MW). Le nombre d’éoliennes à construire reste à définir : l’engagement porte jusqu’à 19 éoliennes, mais cela dépendra de leur puissance. Elle est de 10 MW par éolienne pour EFGL et Eolmed aujourd’hui, peut-être 15 MW pour EFLO, ou plus de 20 MW demain. Ce projet nécessitera cinq millions d’heures en emplois directs et indirects au total.

Derrière sont attendues les AO9 (500 MW) et AO10 (1 GW). "L’AO6 représentera un milliard d’euros d’investissement", annonce Eric Fouillot, président de l’UIMM Méditerranée-Ouest et directeur des relations institutionnelles chez Qair. L’AO9 représentera le double. L’AO10 sera de 1 GW (donc 4 milliards). "L’objectif pour la France est de produire 5,8 GW en 2050, soit environ 300 éoliennes (selon leur puissance)", précise Didier Codorniou.

"Port-La-Nouvelle sera le port de référence pour les éoliennes maritimes."

Des complémentarités existent avec le port de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), où ont notamment été réalisés les flotteurs d’EFGL. Mais Fos ne pourra pas accueillir les activités d’assemblage d’éoliennes, pour des raisons de sécurité (couloir d’aviation de l’armée de l’Air). "Port-La-Nouvelle sera le port de référence", assure l’élu régional. Autres perspectives : "Nous avons des contacts bien avancés avec des acteurs espagnols et italiens. Notre savoir-faire les intéresse. Port-La-Nouvelle occupe une place stratégique entre Barcelone et Marseille".

Acteurs locaux pour la maintenance

Cet avenir implique la création d’une filière. La démarche collective Wind’Occ en faveur de l’éolien en mer flottant s’y emploie, elle regroupe plus de 200 acteurs. Eolmed a fait appel à 80 % de partenaires français. Pour EFLO, le consortium s’est engagé à confier à des PME une part minimum de 10 % des études, de la fabrication des composants et des travaux à terre et en mer ainsi que 10 % de l’entretien, la maintenance et l’exploitation du parc éolien.

Les deux fermes éoliennes génèrent déjà de l’emploi. "Nous avons pris possession de notre base de maintenance en septembre", explique Jérémy de Barbarin, directeur de projet EFGL. S’y trouvent une quinzaine de personnes pour les flotteurs (Ocean Winds et Principle Power) et les turbines (Vestas). Ce personnel utilisera les services de Jifmar (Aix-en-Provence — CA : 387 M€) qui vient d’acquérir un bateau de transfert (CTV), arrivé le 29 novembre. Qair compte aujourd’hui une vingtaine de personnes sur place et a passé un contrat avec la Société Nouvelloise de Remorquage (17 salariés) pour le CTV, avec le nouveau bateau Eros III. Accompagnés par l’agence de développement régionale Ad’Occ, les pêcheurs se sont fédérés au sein de Pêcheurs Méditerranée Services. Ils assurent des missions d’observation et des pêches scientifiques, et de surveillance de sites éoliens en mer. Cette association, qui va devenir une SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) en 2026, réunit 28 bateaux et 70 marins en Occitanie, depuis avril 2025. Cette initiative est unique en Europe.

L’hydrogène, l’autre énergie en devenir

À côté de l’énergie éolienne, l’hydrogène tiendra aussi sa place. L’usine Hyd’Occ a produit sa première molécule d’hydrogène renouvelable en décembre 2025, mais doit encore finaliser son installation, avec le branchement des compresseurs, pour atteindre un stade d’exploitation commerciale d’ici la mi-2026. Le chantier avait démarré mi-2023, il a mobilisé 42 ETP pendant trois ans. Hyd’Occ emploie 25 personnes, plus une quinzaine indirectement. Ses huit électrolyseurs produiront 2 700 tonnes d’hydrogène par an, avant de doubler de capacité. C’est la plus grosse usine de production d’hydrogène vert en France. Elle mobilisera treize camions de son voisin, le transporteur Camidi (CA 2023 : 18,1 M€, 175 salariés), aménagés pour alimenter les six stations du Corridor H2. Les stations de Béziers (Hérault) et Narbonne (Aude) sont construites, celles de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), Castelnaudary (Aude), Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), Toulouse (Haute-Garonne) sont en phase d’étude. Hyd’Occ fournira également le fabricant de piles à combustible Plug Power et des bateaux. Qair injecte 110 millions d’euros dans ce projet (85 M€ pour l’usine plus 25 M€ pour les stations).

Parallèlement, l’énergéticien palois Térega (650 salariés, 488 M€ de CA 2024) travaille à un important projet de réseau de distribution d’hydrogène : HySoW. Cette infrastructure de 650 kilomètres de canalisations reliera Bordeaux à Port-La-Nouvelle, et de là, pourra être connectée à BarMar, le futur réseau posé entre Barcelone et Marseille. En septembre 2024, un protocole d’accord a été signé entre Teréga et les acteurs du port, dans l’objectif d’établir à Port-La Nouvelle un hub pour l’hydrogène bas-carbone. Encore discret sur l’avancement, car ses équipes sont "mobilisées sur plusieurs échéances liées au projet", Teréga vient d’accueillir une bonne nouvelle : HySoW est reconnu d’intérêt commun par Commission européenne.

Hyd’Occ alimentera ces remorques aménagées, forme de stations-service mobiles, qui s’installeront en rotation sur les sites du Corridor H2 — Photo : Rémi Hagel

Des implantations à venir

D'autres projets vont naître sur le port, où sont installées aujourd'hui douze entreprises. À court terme, la Semop cherche à occuper son quai éolien, par exemple pour du stockage industriel. Plusieurs années vont s'écouler avant que l'activité ne reprenne pour les éoliennes de l'AO6 (temps de conception du projet et de réalisation des flotteurs).

Surtout, la Semop commercialise ses nouvelles surfaces de la zone logistique. En janvier 2026 a été annoncée l'implantation d'Hydeol, Pôle Mécanique dédié à la maintenance industrielle. Cette coentreprise associe des PME régionales actives sur le port : ETE (CA : 5 M€, 25 salariés), Sub-C Marine (CA : 2,1 M€, 25 salariés), Hydromobil by STPH, groupe HWP (CA : 12 M€, 40 personnes), ainsi que la société de conseil gardoise porteuse de ce projet immobilier, LDI (2 personnes). D'un coût de 1,3 million d'euros, ce pôle, qui sera construit d'ici la fin 2026, sera composé d'une zone d'ateliers / salle blanche (800 m2) et de bureaux (300 m2) pour l'accueil et l'hébergement d'entreprises de fabrication et de maintenance industrielle. Cette installation vient répondre en premier lieu aux besoins des associés du projet, qui mutualisent cet équipement, mais sera ouverte à de futurs acteurs de maintenance pour les activités du port et de l'éolien off-shore. Dans une deuxième phase, il est envisagé de développer le Lab Hydeol, un pôle dédié à l'innovation, à la formation et aux fonctions tertiaires en support des filières éolien flottant et des activités portuaires. Les associés envisagent de créer 10 à 20 emplois supplémentaires grâce à ces installations, et jusqu'à 40 d'ici 5 à 7 ans.

Par ailleurs, Qair va installer en 2026 une centrale solaire sur 10 ha, pour alimenter Hyd'Occ et les clients du port. Des discussions sont entamées avec Neptunes Lines pour des ombrières photovoltaïques qui protégeraient les véhicules des mouettes. La Semop négocie avec un autre acteur pour une implantation prochaine sur 7 ha. Des réflexions sont en cours sur des opportunités liées à des data centers, même si "nous préférons que les activités aient un lien avec le port", commente Hans Kerstens.

Un avenir avec les colis lourds

Le bassin toulousain pourrait y faire transiter des colis lourds (composants d'éoliennes, d'avions, machines de grandes dimensions, etc.). C'est sur ce volet que le port audois pourrait renforcer son rôle de "port de Toulouse". "Le port de Bordeaux n'est pas en eaux profondes (12 à 14 m maximum), subit l'effet des marées, du courant et d'un envasement fort", glisse Christophe Lalloz. "Airbus pourrait voir un intérêt par rapport aux autres ports ou au transport aérien", entrevoit Didier Codorniou, même si, à ce jour, l'avionneur dément porter un quelconque projet en ce sens.

Le cargo Canopée transportant des composants de la fusée Ariane 6 a fait escale à Port-La-Nouvelle en juin 2025, mais cela restera exceptionnel, prévient Ariane Group. La rotation est établie, elle passe par Brème, Rotterdam, Le Havre, Bordeaux, et Kourou/Pariacabo, "des ports situés à proximité de nos sites de production ou de nos partenaires industriels", précise le groupe.

Le tourisme y gagnera

Indirectement, cette industrie pourra servir l’attractivité touristique de Port-La-Nouvelle, déjà fréquenté pour ses longues plages. "Le port n’est pas un épouvantail pour le tourisme, c’est même une force. Ça plaît. En été, Port-La-Nouvelle est toujours plein. Certains apprécient notamment la longue digue pour la pêche à la ligne ; il n’y en a pas d’autres ainsi avant Sète", voit Claude Roquelaure, directeur général adjoint à la mairie.

30 millions d’euros à venir pour le raccordement ferré

Pour parvenir à créer un écosystème dynamique, plusieurs freins devront être levés. Côté infrastructures, la Région prévoit d’investir 30 millions d’euros supplémentaires pour réaliser le raccordement et le maillage ferré du site, aujourd’hui alimenté par une seule voie vieillissante. Cela dépendra de la taille des lots commercialisés (5, 10 ou 20 ha). Les travaux pourraient démarrer mi-2027 pour aboutir début 2028.

Créer des formations sur place

Deux ou trois mille travailleurs, "cela pose des questions de formation. Nous sommes dans l’une des régions les plus pauvres de France, sans industrie. On a besoin de main-d’œuvre mais on n’a pas de vivier. Sur place, tous les cadres ne sont pas originaires de l’Aude. Il faut travailler sur des formations pour les métiers maritimes portuaires", analyse Loïc Bera, directeur des opérations d’Euroports (5 000 salariés, 48 terminaux opérés en Europe, 2 en Chine), et vice-président d’Umano. Euroports emploie 50 personnes sur place, mais prévoit de passer à 100 en 2026 puis 150 en 2027. "L’Aude compte 27 000 entreprises, dont 93 % ont moins de 10 salariés. C’est une économie de TPE", abonde Louis Madaule, président de la CCI. "Les gros faiseurs à Port-La-Nouvelle amènent une culture différente. Il est nécessaire d’accompagner les PME pour répondre à ces attentes". "Nous ne savons pas quel type de formation sera nécessaire", ajoute Eric Fouillot, de l’UIMM. "Aussi, en prévision des AO9 et AO10 sur l’éolien, UIMM et CCI mènent un diagnostic des besoins des lauréats". La CCI et l’UIMM ont signé une convention de partenariat le 8 décembre 2025. Elles souhaitent installer des formations in situ.

Le Grand Narbonne joue un rôle pour l’arrière-port (les communes proches). Il termine les études pour deux zones d’activités : une extension de 10 ha à Caves et la création d’une nouvelle zone de 30 ha à La Palme. Leur commercialisation est envisagée à partir de fin 2027, "ce qui correspondra à la totale puissance du programme de Port-La-Nouvelle", explique Yves Zambrano, directeur du pôle Attractivité économique du Grand Narbonne.

Hébergement difficile

Une augmentation de population implique d’envisager une offre de service et de logement. Didier Codorniou, maire de Gruissan, a lancé en décembre la construction d’un écoquartier de près de 800 logements, mais beaucoup de communes du littoral sont limitées par la réglementation et se trouvent déjà saturées. Les futurs travailleurs seront "obligés de s’expatrier sur les communes environnantes car nous n’avons plus de terrain à bâtir disponibles à Port-La-Nouvelle", explique Claude Roquelaure. "Je pense que beaucoup viendront en train. Nous avons la chance de disposer d’une gare. Nous ne sommes qu’à 12 minutes de Narbonne et une vingtaine de minutes de Perpignan."

Les retards de l’État menacent la filière

Malgré le chemin parcouru et le démarrage prometteur, des incertitudes persistent. L’instabilité des politiques de l’énergie limite les prévisions. "Aujourd’hui, on ne peut pas s’engager avec les tarifs d’électricité proposés", regrette Olivier Guiraud, de Qair. "L’AO d’Oléron a échoué. L’AO9 a pris du retard aussi pour cela. L’État doit se poser des questions." Inquiétude partagée par son confrère Jérémy de Barbarin pour Ocean Winds : "L’AO6 devait être étendue avec l’AO9. Mais cela prend du retard, nous n’avons plus de nouvelles. Cette perspective s’éloigne, pourtant il faut de la continuité pour que la future filière soit viable. Si on imagine les travaux pour l’AO6 démarrer en 2032, l’AO9 serait-elle en 2038 ? L’AO10 en 2045 ? Quelles activités seraient réalisées entre-temps ? Ce ne serait pas viable pour le port."

Optimiste, Christophe Lalloz rappelle que ces projets structurants se jouent sur une échelle de temps long : "La Région se projette à cent ans. Il n’y a qu’une administration qui soit capable d’investir des sommes pareilles. Je suis arrivé il y a dix ans, et c’est seulement maintenant qu’on commence à voir du concret. Les choses vont prendre forme petit à petit."

À l’entrée de la commune, la Région rappelle son rôle dans la transformation du port — Photo : Rémi Hagel
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