Issu de la scission des activités du géant industriel General Electric, l’américain GE Vernova (80 000 salariés, 33 Md$ de CA) exploite un site de 22 000 m2 à Champigneulles, à proximité de Nancy. Employant 380 salariés et 40 intérimaires, le site lorrain travaille en synergie avec les sites GE Vernova de Villebon-sur-Yvette, dans l’Essonne, et Belfort, en Bourgogne-Franche-Comté, pour produire des moteurs électriques et des convertisseurs de puissance, destinés à l’industrie éolienne, au secteur du pétrole et du gaz ou encore à la marine.
Une réduction de plus de 1 000 tonnes équivalent CO2
En 2023, le site de Champigneulles a émis 602 tonnes équivalent CO2, soit un niveau 65 % inférieur aux émissions enregistrées en 2015, qui étaient de près de 1 700 tonnes équivalent CO2, pour les scopes 1 et 2 de son bilan carbone, soit les émissions directes de gaz à effet de serre de l’entreprise ainsi que les émissions indirectes liées à la production d’énergie. Et l’objectif pour 2030 est d’arriver "464 Teq CO2".
Remplacement d’une résine
Pour arriver à un tel résultat, l’entreprise a utilisé un levier majeur en changeant un procédé. "Nous avons remplacé une résine utilisée pour imprégner les stators", dévoile Jean-Christophe Demard, le chef d’exploitation du site GE Vernova de Champigneulles. Concrètement, l’imprégnation consiste à tremper le stator, la pièce fixe d’un moteur électrique, dans un vernis afin d’améliorer les échanges thermiques et réduire l’échauffement du moteur. "Nous avons changé notre recette, pour un produit moins polluant", détaille Jean-Christophe Demard.
Toujours une chaudière à gaz
Autre levier d’action, l’intégralité de l’usine a été équipée de LED. "Et en ce moment, nous sommes en train d’arrêter un groupe de moteurs fonctionnant au fioul", souligne le chef d’exploitation du site GE Vernova de Champigneulles, qui concède qu’il va être compliqué "d’aller plus loin" dans la décarbonation de l’usine. Le dernier gros poste d’émission est dû à l’utilisation d’une chaudière au gaz, produisant 5 000 MWh d’énergie essentiellement consommée par la plateforme d’essais du site.
"Pour rester compétitif, nous sommes absolument contraints de prendre le virage de la réduction de la consommation d’énergie. Ce sont nos clients qui nous le demandent, car ils seront bientôt contraints de compter aussi nos émissions dans leurs bilans", précise Jean-Christophe Demard, en faisant référence à la directive CSRD, pour Corporate Sustainability Reporting Directive, qui encadre le reporting extra-financier des entreprises sur tous les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.
Deux millions d’euros par an pour la compétitivité
Très mobilisé sur la question des contraintes réglementaires, assimilables selon lui à "un sac à dos chargé", Jean-Christophe Demard ne comprend pas l’obligation qui lui est imposée d’investir pour couvrir le parking de l’usine d’ombrières solaires. "Cela va me coûter 2,5 millions d’euros pour ne rien décarboner du tout ! L’énergie électrique que nous consommons est déjà décarbonée, grâce au nucléaire", s’agace le chef d’exploitation de Champigneulles.
Investissant en moyenne 2 millions d’euros par an pour peaufiner la compétitivité du site, montant auquel viennent s’ajouter 3 % injectés dans la R & D, Jean-Christophe Demard fait face à une concurrence mondiale en faisant évoluer la stratégie du site. "L’enjeu, c’est d’aller chercher toujours plus de valeur ajoutée", décrit le directeur de site. Il y a encore quelques années, l’usine de Champigneulles produisait près de 800 machines par an, avec les deux tiers des salariés attachés à la production. "Aujourd’hui, les deux tiers de l’effectif sont des fonctions support, quand le tiers restant est dans l’usine. Et nous produisons environ 150 machines par an", décrit Jean-Christophe Demard.
Des solutions pour l’électrification
Considérée par le groupe comme un centre de coût, l’usine ne comptabilise pas son chiffre d’affaires mais dégage environ 120 millions d’euros d’activité, un chiffre resté stable malgré le repositionnement stratégique. "Et nous allons continuer à monter en gamme, à aller chercher toujours plus de valeur ajoutée avec des projets complexes", décrit le directeur de site.
Travaillant déjà en 3 postes sur 8 heures et les vendredi, samedi, dimanche, l’équipe de GE Vernova à Champigneulles fait face à un afflux de commandes : à l’échelle du groupe, le montant s’élève à 116 milliards de dollars. "Oui, nous sommes bien positionnés sur l’électrification", se félicite Jean-Christophe Demard.
Que ce soit pour décarboner l’industrie de l’acier ou encore produire de l’hydrogène, GE Vernova veut désormais pousser une solution permettant de garantir la stabilité du réseau électrique et une moindre consommation. "L’enjeu, c’est que quand un industriel démarre un four à arc, tout le quartier autour ne soit pas plongé dans le noir", décrit Jean-Christophe Demard.