Pour François Pélissier, le président de la CCI de Meurthe-et-Moselle, "l’enjeu est de conforter le terminal de Champigneulles comme une alternative crédible au trafic routier". À l’abandon en 2013, lorsque Réseau Ferré de France a attribué à la CCI de Meurthe-et-Moselle la gestion du terminal rail-route de Champigneulles, à proximité de Nancy, le site voit désormais passer 210 trains par an, pour 8 000 conteneurs pris en charge. Depuis 2013, la SE3M, filiale de la CCI chargée de l’exploitation, a totalisé 4 millions de tonnes de marchandises transportées.
Vers les 25 000 conteneurs sur le terminal
Les prévisions sont à l’avenant : 10 000 conteneurs transportés pour 2026 et 15 000 en 2027. "La capacité maximale du site tourne autour de 25 000 conteneurs", estime Quentin Giordano, directeur général du groupe Vigneron. Basé à Ludres, dans la métropole du Grand Nancy, le transporteur emploie 400 salariés et réalise 80 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 25 % grâce à ses activités dans le multimodal, incluant le chemin de fer ainsi que la voie d’eau.
Partenaire historique du terminal de Champigneulles, client de la première heure de la SE3M sous l’impulsion de son ancien dirigeant, Joël Vigneron, le groupe Vigneron pèse 80 % de l’activité du terminal de Champigneulles, et vient de franchir une étape en rentrant au capital de la société d’exploitation du terminal.
Une phase pendant laquelle la CCI a pris les risques
Jusqu’à présent, l’investissement pour redonner vie au terminal a été porté par la CCI de Meurthe-et-Moselle, actionnaire unique de la SE3M : "C’était la première phase, celle pendant laquelle nous avons pris tous les risques pour montrer que c’était possible", précise François Pélissier. Ce dernier précisant que la CCI a investi 1,5 million d’euros pour remettre à niveau le terminal. "Le danger, c’était qu’un gros acteur privé, de dimension internationale, confisque le terminal", estime l’élu consulaire.
Des transporteurs contraints de travailler ensemble
En 2023, Réseau Ferré de France a permis à la SE3M de poursuivre l’exploitation du terminal pour les 15 prochaines années. "C’est la deuxième phase, celle pendant laquelle nous allons accrocher les partenaires privés au projet pour monter en puissance", décrit le président de la CCI de Meurthe-et-Moselle.
En toute logique, le groupe Vigneron est la première entreprise de transport à prendre une participation au capital de la SE3M. En injectant près de 400 000 euros, le groupe de Quentin Giordano se retrouve propriétaire de 48 % du capital de la SE3M.
"Nous restons majoritaires au capital, car nous sommes l’acteur public, nous devons être le tiers de confiance capable de gérer les antagonismes", précise François Pélissier. Pour affréter des trains complets, les transporteurs sont en effet contraints de travailler ensemble, brisant ainsi une culture du secret chère à la profession.
Une activité structurellement déficitaire
"Les autres transporteurs intéressés par le terminal, pour faire du multimodal depuis le terminal de Champigneulles, sont les bienvenus", assure le directeur général du groupe Vigneron. Les bienvenus en tant que client de la SE3M, mais aussi au capital de la société d’exploitation : "Dans une fourchette de 10 %, nous pourrons accueillir d’autres opérateurs", assure le président de la CCI. Ce dernier estimant qu’il est nécessaire de "renforcer les capacités de développement" de sa filiale.
Une rémunération au "coup de pince"
La seule source de revenus de la SE3M est le "coup de pince" : un terme technique désignant l’opération consistant à charger ou décharger un conteneur d’un train. Facturé de 35 à 40 euros selon la demande, ce modèle économique permet de dégager autour de 500 000 euros de chiffre d’affaires. "En chargeant 25 000 conteneurs, avec un coup de pince à 40 euros, nous arrivons à 1 million d’euros de chiffre d’affaires", calcule François Pélissier. Sachant que la location des deux "stackers", ces gigantesques engins capables de manipuler les conteneurs, coûte 20 000 euros par mois à la CCI, somme à laquelle il faut ajouter la réservation de l’accès à la voie, soit 160 000 euros.
Trois destinations et la possibilité d’une écotaxe
Structurellement déficitaire depuis son lancement en 2013, l’activité de la SE3M a permis d’ouvrir la voie vers trois destinations depuis Champigneulles, à raison de deux trains par semaine par chaque destination : Miramas-Fos, dans le Sud, Hendaye, dans le sud-ouest de la France et Zeebruge, en Belgique.
Vers ce port belge connecté aux grands ports néerlandais, le groupe Vigneron a déjà fait la preuve de la pertinence économique du transport par la voie ferrée. "Nous opérons ce train à 100 % par nous-même", souligne Quentin Giordano. Chargé de bières en provenance de la brasserie de Champigneulles, de pâtes à papier ou encore de produits en aluminium classés comme dangereux venu d’Angleterre, ce train est désormais "rentable", assure le directeur général du groupe Vigneron. Et le dirigeant anticipe un surcroît d’activité sur le terminal si une écotaxe poids lourds est mise en place par la région Grand Est.
"Ce que nous ne voulons plus voir, ce sont des routiers étrangers qui traversent le pays en ne nous laissant que leurs émissions carbone", fustige François Pélissier, en rappelant que le niveau des émissions de CO2 du train, à la tonne transportée, est 14 fois inférieur à celui du camion.