Préserver la ressource en eau, l’enjeu est devenu majeur pour le bassin roannais qui ces dernières années a décidé d’accélérer sur le volet de sobriété hydrique. "Nous avons la chance d’avoir deux barrages qui, lorsqu’ils sont pleins, nous permettent d’avoir un stock de plus de 10 millions de mètres cubes d’eau. Une eau en quantité mais aussi de qualité, très prisée des industriels textiles. Malgré cette richesse, nous nous sommes rendu compte avec les épisodes de sécheresse de 2022 et 2023 que nous n’étions pas à l’abri", rappelle le maire de Roanne et président de Roannais Agglomération, Yves Nicolin.
Récupération d'eaux usées
Face à l’intensification de ces épisodes climatiques et la pression croissante sur la ressource en eau, la Ville de Roanne a mis en place dès 2022 un plan de sobriété hydrique qui se traduit par de multiples actions : arrosage différencié et non systématique des espaces verts, plantation d’espèces moins consommatrices en eau, désimperméabilisation des sols… Un dispositif de récupération des eaux grises (eaux usées domestiques faiblement polluées) a également été mis en place au Nauticum, la piscine municipale de Roanne. Grâce à l’ajout de 5 cuves d’une capacité de totale de 15 m3, les eaux grises de la piscine connaissent une seconde vie (20 000 litres d’eau par jour).
Le projet exemplaire du centre aqualudique La Canopée
L’agglomération s’est également mise au diapason. En octobre prochain, l’intercommunalité lancera d’ailleurs le chantier de "La Canopée", un centre aqualudique qui va permettre de transformer l’offre sportive, ludique et bien-être du territoire. "On va doubler notre capacité par rapport aux bassins actuels. Théoriquement, on va consommer deux fois plus d’eau mais dans la réalité 80 % de l’eau sera recyclé en permanence et les 20 % restant seront utilisés pour du maraîchage bio que l’on va installer à côté du centre (plus de 2 500 m3 d’eau recyclée et valorisée, NDLR)", explique Yves Nicolin.
Ce grand projet devrait voir le jour au printemps 2028, moyennant un investissement 71 millions d’euros. La Canopée se veut l’exemple de gestion raisonnée de l’eau mis en place par le bassin roannais.
Michelin veut réduire de 80 % sa consommation d’eau
Les entreprises roannaises, et notamment les plus consommatrices, se sont elles aussi fortement engagées dans la voix du changement. Michelin a par exemple investi 2,6 millions d’euros sur son site de Roanne (836 salariés, 4 000 pneus fabriqués par jour) pour réduire sa consommation d’eau de 80 % à horizon 2027. Inscrit dans le cadre de son plan directeur énergie (5 M€ investis entre 2022 et 2027), cet investissement s’est traduit par le remplacement des tours aéroréfrigérantes, utilisées pour refroidir les process industriels de l’usine, par des Dry Coolers (système innovant de refroidissement sans eau).
"Cette réalisation nous a permis de réduire notre consommation d’eau de 50 % sur l’ensemble de l’usine, soit l’équivalent de la consommation de 250 foyers roannais par an, tout en réduisant notre consommation électrique de 30 % et avec 25 % de rejets d’eau usées en moins", se réjouit Vincent Minet, le directeur de Michelin Roanne.
D’autres actions ont été menées et seront menées pour réduire encore davantage la consommation d’eau de l’usine. "À horizon 2025, 65 % de notre consommation d’eau ne concernera plus que les usages sanitaires (toilettes, douches, boissons, cantine)", promet le directeur.
TAD va investir dans la sobriété hydrique
Diminuer sa dépendance à l’eau pour anticiper la multiplication des arrêtés sécheresse qui font courir un risque à l’entreprise, c’est aussi le leitmotiv de Teintures et Apprêts Danjoux (TAD). Basée au Coteau, près de Roanne, la filiale du lavallois Coisne et Lambert, va investir un million d’euros dans le remplacement de 2 de ses 21 machines de teintures. Prévu courant 2026, cet investissement va permettre au spécialiste de la teinture et des apprêts d’augmenter de 5 % ses capacités de production tout en réduisant dans le même temps sa consommation d’eau de 5 %. En parallèle, TAD (59 salariés ; 7,2 M€ de CA) planche sur "une solution qui permettra de capter la pollution à l’origine et de réduire la consommation d’eau de l’ordre de 20 à 25 %", confie José Bairros, le directeur de TAD. Un projet qui devrait mobiliser, là encore, un investissement de l’ordre d’un million d’euros.
Concertation avec les stations d'épurations
Pour aller encore plus loin dans la sobriété hydrique, le dirigeant réfléchit aussi à la Reuse (réutilisation des eaux usées traitées). "Pour aller vers cette solution il faudrait mettre a minima 3 millions d’euros sur la table. Techniquement, nous sommes en mesure de le faire car nous avons investi 1 million d’euros en 2015 dans l’installation d’un dispositif de traitement de nos rejets, qui est une première étape vers la Reuse. Cela nous a déjà permis de réduire de 50 % la charge de pollution de nos effluents et de plus de 80 % nos hydrocarbures", explique José Bairros.
Problème, outre le coût de la Reuse, fonctionner en quasi-circuit fermé, priverait la station d’épuration de la Roannaise des Eaux d’un volume conséquent d’eaux à assainir et donc de ressources financières nécessaires pour remettre à niveau un réseau de canalisations vieillissant. "C’est une réflexion globale que l’on doit avoir avec l’ensemble des acteurs", conclut José Bairros.