Le projet Hexagone, une alternative souveraine à la bureautique de Microsoft avec de fortes ambitions
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Le projet Hexagone, une alternative souveraine à la bureautique de Microsoft avec de fortes ambitions

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Un consortium incluant des entreprises des Pays de la Loire, de Nouvelle Aquitaine et d'Occitanie vise à proposer l’offre complète d’une suite bureautique face à l’hégémonie de Microsoft. Entre la messagerie, la visioconférence, ou encore les espaces de travail commun, cette alternative se veut à la fois souveraine, pour les structures qui ont besoin de confidentialité, mais aussi moins chère pour un service équivalent.

Thomas Balladur, fondateur et directeur général d’Interstis, a positionné son entreprise en chef de file d’un consortium français, visant à développer une alternative à Microsoft dans le domaine des suites bureautiques — Photo : Benjamin Robert

Teams, Sharepoint, ou encore Outlook… tout le monde connaît ces outils du géant Microsoft. Pourtant, il existe des alternatives à la fois moins chères et souveraines pour les entreprises françaises. Ce sont les promesses affichées par l’entreprise Interstis (65 collaborateurs, 3,7 M€ CA 2024). Éparpillée entre le Creusot, Paris, Montpellier, et Nantes, Interstis a développé un espace de travail permettant de coéditer des documents, soit l’équivalent du célèbre Sharepoint de Microsoft.

Un consortium aux quatre coins de l'Hexagone

Fin 2023, elle a pris la tête d’un consortium de sept entreprises, nommé Hexagone, qui vise à bâtir une suite bureautique complète face au géant américain. "Nous avions besoin de nous associer à d’autres pour avoir une offre comprenant une messagerie, un système de visioconférence, ou encore un cloud souverain", énumère Thomas Balladur, cofondateur et directeur général d’Interstis. Le consortium se compose ainsi du nantais Tranquil IT, de l’éditeur de messagerie toulousain Bluemind, de la solution bordelaise de cybersécurité Parsec, ou encore du grenoblois Belledonne Communications, et des deux parisiens Xwiki et Outscale, qui est la marque cloud de Dassault Systèmes.

5 000 utilisateurs après moins d'un an

Fin 2023, ce consortium a été sélectionné par France 2030 pour mettre en place cette alternative, et l’offre a été lancée début 2025. Elle compte aujourd’hui une trentaine de clients, soit environ 5 000 utilisateurs. "Pour l’instant, il s’agit beaucoup de structures publiques, des mairies ou des SDIS, mais nous sommes aussi en discussion avec de grands groupes comme EDF, la SNCF et un groupe du CAC 40", ajoute Thomas Balladur.

L’élection de Donald Trump, un tournant

Lancé sur un marché énorme aujourd’hui englouti sans partage par Microsoft, Interstis s’attend ainsi à une croissance exponentielle, et vise déjà les 5 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 2025, puis 10 millions d’euros en 2026, et 20 millions l’année suivante, grâce à la traction d’Hexagone. "La nomination de Donald Trump a constitué un tournant. Auparavant, il y avait une envie de créer un champion européen souverain, mais ce n’était pas la priorité. Aujourd’hui, tout le monde a pris conscience de notre grosse dépendance aux États-Unis, et du besoin d’aller vers plus de souveraineté", lance Thomas Balladur.

Entre 30 et 50 % moins cher

Il faut dire qu’au-delà même de la souveraineté, les arguments pour basculer vers Hexagone ne manquent pas. "Nous sommes entre 30 et 50 % moins cher que Microsoft pour un service équivalent. Ce dernier profite aujourd’hui de son monopole avec 80 % du marché", poursuit le dirigeant. De plus, les formats mis au point par le consortium sont compatibles avec ceux de Microsoft, comme Word ou Excel.

Plusieurs suites collaboratives souveraines en concurrence

Deux autres solutions de suite collaborative souveraine ont été financées dans le même temps par France 2030, avec Wimi et Jamespot. "C’est à celui qui ira le plus vite à convaincre un gros donneur d’ordre de se lancer", prévoit Thomas Balladur. Hexagone vise ainsi d’être identifié comme l’alternative principale à Microsoft d’ici fin 2026, date à laquelle elle espère atteindre les 100 000 utilisateurs.

Se battre face au discours des Gafam

"Suivant le contexte géopolitique, les demandes de migration pourront être plus ou moins rapides", estime le dirigeant. Mais à ces conditions tarifaires, on se demande surtout pourquoi toutes les entreprises et autres structures ne basculent pas vers ces solutions alternatives, plus créatrices d’emplois locaux. "Le discours de lobbying des Gafam est puissant, et infuse l’idée qu’ils seraient les seuls à pouvoir fournir de telles solutions aussi complètes", lance Thomas Balladur. Des idées à battre en brèche, car à l’heure où les relations avec les États-Unis se tendent, la mise en avant de solutions alternatives n’a jamais semblé aussi nécessaire.

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