En cette mi-juin, dans la moiteur d’une nouvelle vague de chaleur, le parc éolien en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier (EMYN) est désormais pleinement opérationnel. Réunis en Vendée à l’occasion de son inauguration, les actionnaires, partenaires industriels et élus locaux ont célébré l’entrée en exploitation du parc, quelques semaines après l’installation de sa 61e et dernière éolienne, le 27 avril dernier.
Un investissement de 2,5 milliards d'euros
Le parc est exploité par EMYN, une société détenue par Ocean Winds, la coentreprise dédiée à l’éolien en mer créée par Engie et le groupe portugais EDP Renewables (EDPR), aux côtés du japonais Sumitomo Corporation, de l’assureur Allianz, la Banque des Territoires et Vendée Énergie. Attribué en 2014, le projet représente un investissement de 2,5 milliards d’euros. Ses 61 éoliennes Siemens Gamesa de 8,4 MW chacune développent une puissance totale de 500 MW, soit une production électrique équivalente à la consommation de près de 800 000 habitants, soit un peu plus que la population vendéenne.
Au-delà de ses performances énergétiques, le projet est présenté comme un symbole de la montée en puissance de l’éolien en mer français, en dépit d’un trou d’air dans la publication des appels d’offres de l’État. Après Saint-Nazaire en 2022, Fécamp et Saint-Brieuc en 2024, Yeu-Noirmoutier vient renforcer le portefeuille français de l’éolien offshore. La France compte désormais quatre parcs commerciaux en exploitation.
"Le parc de Yeu-Noirmoutier démontre que l’éolien en mer est désormais une réalité industrielle", a souligné Craig Windram, directeur général d’Ocean Winds, principal actionnaire du projet. Un constat partagé par l’ensemble des partenaires. Avec quatre parcs désormais raccordés au réseau de l’Hexagone, la filière française sort progressivement de sa phase de démonstration pour entrer dans celle de l’industrialisation, portée par plusieurs milliards d’euros d’investissements et un tissu d’entreprises désormais structuré autour de l’offshore.
Plus de 2 400 emplois mobilisés
Localement, le chantier a également constitué un important levier économique pour les Pays de la Loire. Plus de 2 400 emplois directs et indirects ont été mobilisés pendant la construction. Plus de 250 000 heures d'insertion professionnelle ont été réalisées et près de 200 entreprises régionales ont participé au projet.
Le port de Saint-Nazaire a occupé une place de choix dans le dispositif industriel. Les composants des éoliennes y ont été stockés et pré-assemblés avant leur installation en mer. La sous-station électrique offshore, élément stratégique du parc, y a également été construite par Atlantique Offshore Energy, la filiale dédiée aux énergies marines renouvelables de Chantiers de l’Atlantique.
Le gestionnaire du réseau RTE met lui aussi en avant les retombées locales du projet. "Plus de 60 entreprises vendéennes ont contribué à la construction du raccordement sur les trois années de travaux", a rappelé Khalid Abdallaoui, directeur des projets maritimes et interconnexions de RTE. L’entreprise souligne également les 12 000 heures d’insertion réalisées dans le cadre du chantier.
Souveraineté énergétique et économie locale
Pour les actionnaires du projet, le parc Yeu-Noirmoutier illustre également le rôle croissant des énergies renouvelables dans la stratégie énergétique française. Catherine MacGregor, directrice générale d'Engie, estime que le parc démontre la capacité des énergies renouvelables à être à la fois "un moteur économique pour les territoires" et "un outil de souveraineté énergétique". Même lecture du côté de la Banque des Territoires, qui voit dans le projet un exemple de développement conciliant production d'énergie décarbonée, ancrage territorial et indépendance énergétique.
L’inauguration a également été l’occasion de revenir sur les origines du projet. Président du conseil départemental de la Vendée et de Vendée Énergie, Alain Lebœuf a rappelé que le soutien des élus vendéens remontait à une période où la transition énergétique était encore loin de faire consensus. "Accepter ce parc en 2011, c’était un acte politique courageux", a-t-il déclaré. Une adhésion qui s’était construite autour d’une exigence forte des édiles vendéennes : que le projet bénéficie directement au territoire. "Nous ne voulions pas juste d’un parc imposé aux habitants sans contrepartie", a poursuivi l’élu, pour qui l’intégration du parc passait par les emplois, les marchés industriels et les retombées économiques locales.
Cette ambition se traduit aujourd’hui par l’installation d’une base d’exploitation et de maintenance sur l’île d’Yeu, aménagée dans l’ancienne criée de Port-Joinville. EMYN annonce la création de 80 emplois directs pérennes liés à l’exploitation du parc, dont 66 basés sur l’île. Et ce au minium pour 30 ans, durée moyenne d’exploitation d’un parc éolien.