"Une bonne nouvelle. Elles ne sont pas si courantes !". Édouard Philippe, ancien Premier ministre et maire du Havre, n’a pas boudé son plaisir lors de la cérémonie officielle de la pose de la première pierre de l’extension de l’usine Siemens Gamesa. Augmentée de 12 700 m2, la surface totale du site de production atteindra à 78 300 m² à l’horizon 2026. Inaugurée en mars 2022, l’usine havraise de l’industriel germano-espagnol fournit actuellement les parcs éoliens marins de Dieppe-Le Tréport, Fécamp, Courseulles-sur-Mer, Saint-Brieuc et Yeu-Noirmoutier.
Viser le marché européen
L’Union Européenne s’est fixé l’objectif d’augmenter ses capacités d'éoliennes en mer d’au moins 60 GW d'ici 2030 et de 300 GW d’ici 2050. En investissant plus de 200 millions d’euros pour cette extension, Siemens Gamesa souhaite faire du site havrais "un pôle stratégique de production au service de l’ensemble du marché européen", présentait Yara Chakhtoura, présidente de Siemens Energy France & Siemens Gamesa Renewable Energy France. "Pour nous, "90 % du marché se trouve en Europe", ajoute-t-elle.
À l’issue des travaux d’agrandissement devant s’achever début 2026, c’est exclusivement une nouvelle génération de pales mesurant 115 mètres de long (contre 75 m et 81 m aujourd’hui), destinées à équiper la dernière génération d’éoliennes de 14 MW chacune, qui sera fabriquée. L’activité d’assemblage de nacelles sera abandonnée.
Pour accompagner cette transformation, le personnel suivra des formations dédiées, sans compter "la création de 200 emplois, directs et indirects, complémentaires suite à la montée en cadence", affirme la présidente, pour atteindre un effectif global de 1 600 personnes. "Avec le carnet de commandes très solide, nous allons être occupés pendant plusieurs années", confirmait Yara Chakhtoura. Voilà qui est de nature à rassurer les collaborateurs. On se souvient qu'en décembre dernier, le syndicat CGT avait initié un mouvement de grève pour dénoncer les conditions de chômage partiel prévu entre avril et septembre 2025 en raison de la prévisible fermeture temporaire des ateliers occasionnée par les travaux d'extension.
Sortir de la naïveté
Marc Ferracci, ministre chargé de l’Industrie et de l’Énergie, qui s’est joint à la cérémonie officielle, avait également une annonce à faire : l’imposition de "critères de résilience" dans les prochains appels d’offres de l’éolien en mer, de nature à défendre la souveraineté industrielle de la France. Une mesure visant à faire face à "une concurrence internationale souvent féroce, qui s’exerce parfois dans des conditions déloyales avec des producteurs notamment asiatiques très subventionnés par leurs États".
"Nous avons besoin de faire en sorte que les composants de ces éoliennes soient produits localement le plus possible, en nous fondant sur un règlement européen, le NZIA", a-t-il ajouté.
"Nous prenons la concurrence très au sérieux. L'industrie européenne et l'éolien en mer ayant des besoins extrêmement forts, il était très important qu'une concurrence loyale soit mise en place".
Enfonçant le clou, le ministre déclarait vouloir "sortir d’une forme de naïveté qui a parfois été celle de l’Europe dans la manière de mener sa politique industrielle et dans la manière d’articuler sa politique industrielle à la politique commerciale", réaffirmant sa volonté de produire en Europe et en France, et assumant ainsi une position protectionniste et favorisant les acteurs européens dans la commande publique.
Une initiative saluée par Yara Chakhtoura: "Nous prenons la concurrence très au sérieux. L’industrie européenne et l’éolien en mer ayant des besoins extrêmement forts, il était très important qu’une concurrence loyale soit mise en place".
Rappelons que la France ambitionne de tenir le cap de 18 GW raccordés d’ici 2035 via l’éolien en mer et de 45 GW d’ici 2050.