Ce 19 septembre matin, une cérémonie au Palais des Congrès de Saint-Brieuc a mis un point final à la plus grande aventure industrielle qu’ont sans doute connu les Côtes-d’Armor : la conception et la construction du parc éolien en mer de la baie de Saint-Brieuc. Un projet à 2,5 milliards d’euros, porté par l’Espagnol Iberdrola via sa filiale créée ad hoc : Ailes Marines. Sur le terrain, 62 éoliennes d’une puissance totale de 496 MW, capables de fournir 9 % de la consommation énergétique bretonne. Un site en service depuis le 28 mai dernier.
Des courants de la vitesse d’un nageur olympique
Avant que ne monte sur scène, pour un discours en français, le patron du géant de l’énergie ibérique, Ignacio Galan, scruté par une vingtaine de journalistes de son pays, une vidéo "réalisée avec l’IA" et baptisée "Riders on the wind" a fait monter la température.
"Féroce", "impossible", "chimérique"… le ton était donné pour démontrer les difficultés rencontrées et les défis relevés par Ailes Marines. Plus prosaïquement, le projet né d’un appel d’offres de 2011 remporté l’année suivante par Iberdrola, a été confronté à des conditions "hors normes" : un vent très fort, bon pour l’exploitation, pénalisant pour la construction ; une houle très importante ; un marnage allant jusqu’à 12 mètres d’amplitude "avec des courants se déplaçant à la vitesse d’un nageur olympique"; une roche très hétérogène, alternant sable et roches "de toute nature" sauf… granitique, étonnamment. Et une pandémie mondiale.
Des obstacles humains
À ces obstacles naturels, se sont greffées les oppositions humaines : celles d’associations écologistes, les méfiances du Comité des pêches des Côtes-d’Armor mais aussi l’instabilité des interlocuteurs, notamment politiques. "L’une des clés du succès a été la stabilité des équipes d’Iberdrola sur le projet", a souligné Loïg Chesnais-Girard, pointant que depuis l’appel d’offres, 11 ministres en charge de l’énergie et 9 premiers ministres s’étaient succédé.
Des décideurs qui ont bien failli annuler le projet. "À deux reprises, il y a eu risque de suppression (du projet, NDLR), a témoigné Jean-Yves Le Drian, qui était le président de région lors du lancement du projet. Comme j’étais ministre de la Défense, j’ai pu argumenter…"
5 000 personnes mobilisées, de 20 nationalités
Tous les intervenants de la matinée ont rappelé les chiffres également hors normes du projet. Comme les 760 000 heures de travail qu’ont nécessité les travaux de raccordement du parc éolien, pour un coût total d’1,2 milliard d’euros, a souligné Régis Boigegrain, directeur exécutif de RTE. 1 700 emplois ont été mobilisés sur la fabrication, dont 500 en Bretagne, incluant 120 entreprises de la région… Au total, 5 000 personnes de 20 nationalités différentes ont participé au projet dans sa globalité. "Saint-Brieuc est devenu une référence mondiale d’excellence", s’est exclamé Stéphane Alain Riou, directeur offshore d’Iberdrola France.
La plus bretonne des Espagnoles
L’héritage industriel se retrouve également à Brest, où les "jackets" (supports) et tours des éoliennes ont été en partie fabriqués ou finalisés et où a transité matériel et parties des éoliennes. Et au Havre, où les nacelles et rotors ont été fabriqués et assemblés dans l’usine de Siemens Gamesa (constructeur des machines du parc éolien de Saint-Brieuc). Un outil pérenne puisqu’Ignacio Galan a annoncé que les turbines d’un parc éolien aux États-Unis dans lequel Iberdrola va investir 5 milliards d’euros, seront construites en France.
"Comme le dit le poète Xavier Grall, on ne naît pas breton, on le devient. Iberdrola est devenu la plus bretonne des entreprises espagnoles", a conclu Stéphane Alain Riou.