Alors que le gouvernement a lancé officiellement le 12 juin 2026 son 10ᵉ appel d’offres pour les projets de parcs éoliens en mer, les acteurs de la filière hydrolienne (production d’électricité grâce à l’énergie cinétique des courants marins) montent au créneau. Dans une lettre ouverte au gouvernement, une trentaine d’acteurs économiques (constructeurs, opérateurs, élus locaux…) mettent en demeure l’État de tenir ses engagements.
Une filière stratégique
"Nous, porteurs des projets pilotes hydroliens NH1 et FloWatt, industriels, sous-traitants et partenaires engagés dans la filière française de l’hydrolien marin, souhaitons alerter publiquement sur une situation devenue incompréhensible et préoccupante", écrivent les signataires. Selon eux, "la France a fait un choix clair : reconnaître l’hydrolien marin comme une filière stratégique au service de sa souveraineté énergétique, de sa décarbonation et de sa réindustrialisation". Un choix confirmé par la Programmation pluriannuelle de l’énergie, qui prévoit un premier appel d’offres commercial de 250 MW au raz Blanchard (entre le cap de la Hague et l’île anglo-normande d’Aurigny, dans le golfe de Saint-Malo) à l’horizon 2030.
Des dossiers au point mort
Or, "cette ambition ne pourra devenir réalité sans le lancement rapide des fermes pilotes, indispensables à la structuration industrielle de la filière et à la préparation des futurs déploiements commerciaux", alertent les signataires.
Malheureusement, à ce jour, les deux projets concernés au raz Blanchard (FloWatt, porté par la société montpelliéraine Qair et l’isérois HydroQuest, et NH1, porté par Normandie Hydroliennes SAS) sont au point mort. "Ensemble, ils représentent près de 30 MW de puissance installée", stipulent les auteurs de la lettre ouverte qui dénoncent "l’absence de mise en œuvre de décisions déjà prises par l’État !".
Ces projets ne sont pas bloqués par des difficultés techniques, réglementaires ou administratives ("les autorisations administratives et environnementales ont été obtenues et ne font l’objet d’aucun recours", affirment les signataires) ni par une opposition locale, les deux projets "bénéficiant d’un soutien politique transpartisan".
En revanche", ils sont en attente de la notification officielle des dispositifs de soutien auprès de la Commission européenne, préalable à la publication de l’arrêté tarifaire fixant le complément de rémunération de l’électricité produite", s’insurgent les signataires qui constatent que "sans cette étape attendue depuis janvier 2026, aucune décision finale d’investissement ne peut être prise, aucun financement bancaire ne peut être bouclé, aucun lancement industriel ne peut être engagé".
Accélérer l’électrification de la France
Rappelant l’engagement du président de la République Emmanuel Macron d’accélérer l’électrification des usages en France, de renforcer la souveraineté énergétique, et réindustrialiser les territoires, les signataires concluent qu'"il serait incompréhensible de voir s’affaiblir une filière française en cours de structuration, pourtant dotée d’avantages technologiques reconnus et d’un potentiel industriel significatif". Avec à la clef une perte de compétences, d’emplois et d’avance technologique.
"Les projets sont prêts, les industriels sont prêts, les territoires sont prêts"
"Nous demandons donc au gouvernement d’engager sans délai la notification officielle des aides d’État auprès de la Commission européenne, puis de publier l’arrêté tarifaire permettant le lancement des projets pilotes FloWatt et NH1", exigent les auteurs de la lettre ouverte en ajoutant "les projets sont prêts, les industriels sont prêts, les territoires sont prêts".
Les cosignataires de la lettre : Drew Blaxland, président de Normandie Hydroliennes SAS, Guirec Dufour, président de FloWatt SAS et directeur général de Qair France, Olivier Baron, directeur général d’Efinor – Groupe M, Benjamin Bon, président de BBTM, Brigitte Bornemann, présidente et directrice des Publications Mer-Veille-Energie et cofondatrice des Océanes Atlantique, Stéphanie Chapiteau, directrice déléguée de Normandie Participations, Martin Clark, directeur administratif et financier de Proteus Marine Renewables, Arnaud Dehondt, directeur technique et cofondateur de Cherbourg Manutention, Mathieu Dombre, directeur des Activités OƯshore, de TSM, Rémi Gruet, président d’Ocean Energy Europe (OEE), Thomas Jaquier, président d’Hydroquest, Martin Johannsmann, director business Unit Marine, président SKF Marine GmbH, Frédéric Kleindienst, directeur général du groupe Esaris Industries et président de SCM, Hugo Kühn, vice-président de Neopolia EMR, Marc Lafosse, président de l’Energie de la Lune, Delphine Lefrançois, déléguée générale de Normandie Maritime, Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président de la fondation Open-C, Nathalie Mercier-Perrin, présidente exécutive du Cluster Maritime Français (CMF), Cécile Monteil, directrice générale d’Horizon, Marc Moret, président-directeur général de Loiretech, Hervé Morin, président de Ports de Normandie, Hakim Mouslim, directeur OWC Europe et président d’Innosea, Patrick Mulot, directeur région Normandie groupe Vulcain et président de Naudin SAS, Jules Nyssen, président du syndicat des énergies renouvelables (SER), Nicolas Ottenwaelder, directeur général de FMGC, Serge Quaranta, président-directeur général de CMN, Fabien Thomas, directeur d’ABL (France), Laurent Vergnet, directeur général du groupe Qair, Alexandre Walh, directeur général d’AD Normandie, Pierre Warlop, directeur général France de Natural Power.