Sarthe
"Il faut conserver des zones d’accueil disponibles comme celles où Amazon aurait pu s’installer"
Interview Sarthe # Création d'entreprise

Dominique Le Mèner président du Département de la Sarthe "Il faut conserver des zones d’accueil disponibles comme celles où Amazon aurait pu s’installer"

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Les Départements ont perdu leurs prérogatives économiques il y a dix ans. Le président de la Sarthe, Dominique Le Mèner, le regrette. Penser le développement économique à l’échelle de tout le département donnait selon lui force et logique pour attirer les différents projets des entreprises.

Député de 2002 à 2017, Dominique Le Mèner est le président du conseil départemental de la Sarthe depuis 2015 — Photo : La Sarthe

Il y a un an, vous étiez encore confiant sur le fait de parvenir à attirer le nouvel entrepôt d’Amazon en Sarthe. Le géant de l’e-commerce vient d’annoncer son implantation à Derval, en Loire-Atlantique… Quel est votre sentiment sur ce dossier ?

Il y a toujours un peu de déception de ne pas réussir à attirer de grands employeurs en Sarthe. Il y avait un millier d’emplois à la clé. Les communautés de communes et les villes concernées (la venue d’Amazon avait été étudiée à Allonnes, puis à Connerré, NDLR) n’ont pas réussi à le faire venir, notamment pour une question de foncier. Les paramètres des nouveaux PLU/PLUi (plans d’urbanisme) avec les Zan (zéro d’artificialisation nette) ont un peu déstabilisé l’ensemble des communes pour des projets de ce type de 20 à 25 hectares. Le développement économique n’est plus du ressort des Départements depuis la loi NOTRe. Dans mon rôle, je peux seulement être un facilitateur pour retenir ces projets ; je le regrette un peu. Nous travaillons cependant à l’attractivité du territoire. Nous le faisons par exemple depuis plusieurs années avec les campagnes de communication de Sarthe Me Up dans le métro parisien — "Lancez-vous en Sarthe".

Selon vous, la loi NOTRe datant de 2015 a en quelque sorte pénalisé une appréciation globale de l’économie du territoire ?

Oui, la vision économique du Département permettait une certaine cohésion dans les choix et orientations des différents projets. Nous avions par exemple déployé des zones d’activités au niveau des accès autoroutiers à La Ferté-Bernard, près de Sablé-sur-Sarthe, à Parigné-l’Évêque… Ce sont des zones qui font encore la différence pour attirer des entreprises. La Sarthe est comme une étoile à cinq branches : il y avait donc une répartition des dossiers économiques. Il faut conserver des zones d’accueil disponibles comme celles où Amazon aurait pu s’installer, pour accueillir de grands employeurs. Ils participent au final au développement économique et au renouvellement démographique.

Ce contexte peut-il renforcer une concurrence entre collectivités territoriales ?

Non, plus aujourd’hui. Les baisses de dotations couplées à la hausse des compétences obligatoires qui leur ont été attribuées ne leur donnent plus suffisamment de marges de manœuvre pour se concurrencer.

Au-delà du projet Amazon, de nombreuses plateformes logistiques ont été annoncées ces dernières années en Sarthe. Comprenez-vous les oppositions sur ces projets ?

Je défends l’arrivée d’activités qui créent des emplois, pas forcément de la logistique. Quant aux oppositions sur les projets logistiques, je rappelle que ce sont de "petits" projets, parfois sur 2 hectares, prévus sur des zones déjà destinées à accueillir une activité économique.

Malgré la loi NOTRe, quelles actions le Département de la Sarthe peut-il encore mener au profit du développement économique ?

Nous travaillons à mettre en place des infrastructures numériques et souveraines sur l’ensemble du territoire. Le Département avait pensé ce levier d’attractivité avec le déploiement de la fibre optique dès 2001. Et même si ce n’est pas notre mission première, nous agissons activement auprès des bénéficiaires du RSA dans le département. Nous avons ainsi diminué leur nombre de 13 400 à 11 500 bénéficiaires du RSA, avec un budget annuel de 75 millions d’euros (chiffres officiels sur la période de 2020 à 2024, NDLR). Mais pour les remettre dans le travail, il faut pouvoir proposer des emplois plus accessibles. Il faut être aussi conscient des enjeux et de l’importance des emplois de proximité.

Des entreprises sarthoises témoignent cependant de difficultés à recruter dans certains secteurs du département, jugés moins attractifs…

Ce n’est pas un problème dans les emplois non qualifiés. Il faut donc développer des activités que ces habitants puissent effectuer comme les métiers que proposaient Amazon… Cela ne sert à rien de vouloir développer uniquement des activités nécessitant l’emploi de cadres très qualifiés. Nous avons besoin d’attirer ce type de profils en Sarthe. Mais les bénéficiaires du RSA ou les personnes pas ou peu qualifiées ne vont pas tous aller travailler dans le high-tech.

Sarthe # Création d'entreprise # Créations d'emplois # Implantation # Attractivité # Collectivités territoriales