Invers est parti d’un constat. Aujourd’hui, l’Europe importe 70 % des protéines destinées à l’alimentation animale, que ce soit les tourteaux de soja ou les farines de poissons… Avec deux impacts : une forte dépendance à des pays tiers et un impact environnemental conséquent. En développant une filière d’élevage d’insectes produits localement dans des exploitations d’Auvergne-Rhône-Alpes, la jeune entreprise, créée en 2018 dans le Puy-de-Dôme, entend proposer une alternative.
Après avoir bouclé deux levées de fonds d’un montant total de 20 millions d’euros, Invers vient d’en lancer une troisième afin de poursuivre son développement. Deux nouveaux bâtiments d’élevage de vers de farine (ténébrions) ont aussi été inaugurés au printemps, dans la région. Un peu plus d’un million d’euros d’investissement à chaque fois, supporté par les agriculteurs partenaires.
L’entreprise compte désormais sept sites d’engraissement, à qui elle fournit les larves avant de les récupérer pour les valoriser. "Ces deux bâtiments vont nous permettre d’augmenter notre production de 30 %. Grâce à cette capacité supplémentaire, nous devrions atteindre l’équilibre financier l’an prochain", se réjouit Sébastien Crépieux, fondateur d’Invers. Pour cela, l’entreprise, qui comptait 35 salariés pour 3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, doit aussi continuer à travailler ses débouchés. Face à un contexte économique et géopolitique instable, mieux vaut se diversifier.
Produits à forte valeur ajoutée
Pour preuve, les récentes décisions de Donald Trump sur les tarifs douaniers ont fragilisé son marché historique (65 % de son CA aujourd’hui) de vente aux particuliers de vers déshydratés destinés aux oiseaux, poules et reptiles. "La Chine, notre seul concurrent sur ce segment, ne vend plus ses produits aux USA à cause de la hausse des taxes et les écoule donc sur le marché européen, ce qui fait chuter les prix de plus de 50 %. Nous avons désormais un gros problème de compétitivité et perdons des parts de marché", analyse l’entrepreneur.
Invers compte plus que jamais sur ses autres relais de croissance et notamment sur sa gamme "petfood", des croquettes pour chien et chat lancées en 2020. "Les particuliers dépensent beaucoup pour leurs animaux de compagnie, c’est un segment en forte croissance. Nos clients sont intéressés par l’intérêt nutritionnel des produits et par notre démarche responsable de fabrication. Cela permet de soutenir les agriculteurs qui se dégagent un revenu supplémentaire, environ 2 000 euros par mois", détaille Sébastien Crépieux qui travaille sur d’autres débouchés, notamment sur les poissons d’élevage ou les poules pondeuses.
Cap sur la nutrition humaine
Depuis cette année, Invers s’est surtout positionné sur un autre marché à forte valeur ajoutée… mais cette fois pour la nutrition humaine. Les protéines et vitamines présentes dans ses ténébrions entrent désormais dans la composition de compléments alimentaires développés par Nutri’earth et destinés aux personnes âgées ou sportives. En combinant ces différents marchés, l’entreprise anticipe une croissance de 50 % cette année. Une ambition qui peut étonner face aux difficultés rencontrées par les gros acteurs du secteur de la protéine d’insecte, comme Ynsect, placée en redressement judiciaire en mars ou Agronutris, en procédure de sauvegarde.
"Nos modèles sont très différents. Nous, nous sommes tournés vers l’écosystème agricole et avons construit la filière pas à pas ; là où eux ont développé de grosses usines regroupant la reproduction, l’élevage et la transformation ce qui est beaucoup plus compliqué à mettre en œuvre, et qui peut faire perdre très rapidement de l’argent en cas d’aléas", précise Sébastien Crépieux qui mise sur ce développement raisonné pour renforcer sa résilience.